Édition du
26 September 2017

Indignons- nous !

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El Watan le 11.09.17

Stéphane Hessel, humaniste engagé, qui a fait sien le combat contre toutes les oppressions, qu’il n’a cessé de mener jusqu’à l’âge de 95 ans, et a exhorté les hommes et les femmes à s’indigner pour recouvrer leurs droits bafoués et spoliés, doit se retourner dans sa tombe, au vu des exactions, des persécutions et de la terreur instaurées par sa «protégée» Aung San Suu Kyi, qui symbolisait la résistance à la dictature militaire au pouvoir en Birmanie.

L’échange à travers une longue interview, entre Hessel et la «dame de Rangun» a été consigné dans un livre paru en 2011 et que j’ai eu l’occasion de lire. Cette femme pour qui Stéphane Hessel (lui-même résistant au nazisme) confessait  une énorme admiration, participant à lui créer avec d’autres une stature internationale lauréate du prix Nobel de la paix en 1991. Conscients de sa notoriété, les généraux d’alors ont instrumentalisé sa libération pour donner l’illusion d’un geste d’ouverture et desserrer ainsi l’étreinte de la communauté internationale.

Après ses années de privation, voilà que cette dame accède aux fonctions suprêmes dans son pays. Et lorsque Hessel l’interpellait sur le rôle du bouddhisme dans la lutte qu’elle mène, elle répond que celui-ci «est la forme de religion la plus pacifique qu’on puisse imaginer. Le bouddhisme, a-t-elle appuyé, ne promeut, ni n’encourage aucune forme de violence. Je pense donc que tous les êtres humains ont cette même nature qui leur permet d’envisager la paix comme quelque chose de très souhaitable. Et que la meilleure paix qui soit n’est pas celle que l’on obtient par la violence. Ce n’est pas celle qui conduit au cimetière, mais c’est la paix fondée sur l’entente, la compréhension mutuelle, le fait d’apprendre à vivre avec des gens qui sont différents de vous». Fieffée menteuse !

Au nom de quel dieu assassine-t-elle aujourd’hui avec acharnement ses supposés compatriotes, les Rohingyas, poursuivant sans états d’âme  la politique ségrégationniste et de «purification» ethnique. Pourtant, les Rohingyas sont depuis des lustres privés de leurs droits, de leurs terres et même de leur identité, faisant d’eux des apatrides. Et cela par le seul fait qu’ils sont musulmans, constituant une minorité (2%) de la population globale bouddhiste. A l’appel de la courageuse autre prix Nobel de la Paix 2014, la jeune Pakistanaise Malala, qui l’exhortait à agir et à prendre position dans cette expédition punitive, qui s’apparente à un génocide, Aung San Suu Kyi s’est murée dans un silence coupable. Puis elle a justifié les massacres en qualifiant les persécutés de «terroristes», un mot en vogue qui a bon dos, employé à tous les temps par une vieille dame indigne du prix Nobel, qui veut se dédouaner de ses crimes : Hessel, résistant français au nazisme, serait-il lui aussi un terroriste ?

«La dame de Rangun» a troqué la paix, pour laquelle elle a été distinguée, contre la terreur, la violence et la désolation, elle qui se targuait d’être une pacifiste devant Hessel, en montrant un visage conciliant alors qu’en réalité, il est hideux et cruel.
Dans sa course effrénée d’extermination d’un peuple meurtri et sans défense, Kyi a tiré profit du silence effarant des médias occidentaux, pourtant si prompts à dégainer la caméra et le micro pour défendre les idéaux du «monde libre», basés sur l’égalité et la défense des droits de l’homme. Et pendant ce temps, que fait la communauté musulmane ? Elle détourne son regard, enlisée qu’elle est dans son déclin et sa déchéance, baignant dans une léthargie mortifère dont elle n’a pas l’air de se relever de sitôt.

Quant à Hessel, s’il avait vécu et vu, il ne se serait sûrement pas contenté de son fameux slogan «Indignez-vous ! ».
Il se serait révolté face aux dérives de celle qui, à l’instar d’autres, ne mérite pas le Nobel de la Paix qu’elle étrenne honteusement.
Indignons-nous !

Hamid Tahri

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UN COMMENTAIRE

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  • Emery
    12 septembre 2017 at 21 h 14 min - Reply

    Il faut supprimer le prix Nobel de la paix,puisque les humains sont versatiles.




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