Édition du
21 November 2017

Avec ou sans Tariq Ramadan, ses combats politiques demeureront les miens

https://blogs.mediapart.fr/francois-burgat

6 NOV. 2017

PAR 

BLOG : LE BLOG DE FRANÇOIS BURGAT

Pas plus que les crimes de DSK n’ont apporté la “preuve” des vices du socialisme dont il était alors le champion, ou ceux des prêtres pédophiles celle d’une perversité inhérente au dogme chrétien, ceux de Tariq Ramadan, – s’ils devaient être établis – ne sauraient le moins du monde être inscrits au débit de ses convictions politiques, que je continue à partager.

L’affaire Tariq Ramadan est bien évidemment affligeante, d’abord pour les victimes, si leurs accusations sont confirmées, et bien sûr, pour ses proches et pour ses amis. Elle l’est également parce que la nécessaire recherche de vérité sur les accusations portées contre lui  est désormais mêlée pernicieusement à la tentation de discréditer le combat politique qu’il incarne. La confusion sciemment entretenue entre les termes judiciaires, moraux et politiques du débat ne sert pourtant ni la justice ni la vérité. Pour pouvoir y répondre sereinement, il convient de les démêler. C’est à la justice qu’incombe la tâche, si difficile soit-elle, d’établir ce qu’il en est de la part d’ombre de la personnalité de Tariq Ramadan. Pourtant,  la cohorte opportuniste de ses adversaires de toujours, spécialistes de la défense de la femme… à condition que la violence vienne d’un musulman,  s’autorise déjà à  jubiler sur l’air  de  « on vous l’avait bien dit qu’il avait un double discours! »  Je retrouve ici cette mauvaise foi sans limite à laquelle ils m’ont habitué.

Car le débat n’a jamais été celui-là. Il a toujours porté très exclusivement sur la question de savoir si – chez les musulmans de France ou d’ailleurs – Tariq jouait le rôle d’un agent de la radicalisation islamiste. J’ai toujours affirmé qu’il n’en était rien, bien au contraire.  Et cette conviction demeure plus que jamais la mienne. Si besoin était, la preuve de son bien fondé est donnée avec éclat par l’absence chez les djihadistes francophones  de la  moindre trace de son influence !

Si Tariq Ramadan se retrouve demain discrédité, ce sera seulement du fait des actes qui lui sont aujourd’hui reprochés, et non du fait des causes pour lesquelles il s’est battu politiquement. Pas plus que les crimes de DSK n’ont apporté la “preuve” des vices  du socialisme dont il était alors le champion, ou ceux des prêtres pédophiles la preuve d’une perversité inhérente  au dogme chrétien,  ceux de Tariq Ramadan, –  s’ils devaient être établis –  ne sauraient le moins du monde être inscrits au  débit  de ses convictions politiques.

Pour le reste… disons que,  toute tristesse bue,  mon mépris profond pour les adeptes des raccourcis manipulateurs demeure intact. Leur humanisme à géométrie variable (plus prompt à criminaliser “les violences du Hamas contre les femmes”  que celles, infinies, de l’occupant israélien contre… la société toute entière) usurpe tout simplement le combat féministe au service d’un agenda sectaire.

Pour regarder l’avenir,  disons enfin que, avec ou sans Tariq, ses luttes contre la liberté d’expression à deux vitesses ou contre la citoyenneté de seconde zone réservées aux croyants musulmans de France et d’Europe  (les seules qui me concernent puisque je ne partage pas sa foi) demeureront plus que jamais les miennes. Et celles, je le sais, de millions … d’autres, musulmans, juifs ou chrétiens, croyants ou non croyants, hommes ou femmes.

François Burgat, politiste, Aix-en-Provence


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12 Commentaires sur cet article

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  • Soussou
    6 novembre 2017 at 17 h 27 min - Reply

    Persister dans cette voie de falsification »scientifique » de la réalité de notre monde arabo-musulman en particulier et de notre monde d’aujourd’hui en général,c’est faire le jeu des grandes puissances dominantes de ce monde et rien de plus.

    Parce qu’un intellectuel,doit être libre dans ses idées et ne doit pas suivre,comme un « ignorant-djahel »,le courant idéologique à la mode et les pensées dominantes du moment.
    Et c’est cela qui,en principe,fait évoluer les sociétés.




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  • BENDI
    6 novembre 2017 at 19 h 15 min - Reply

    Bonsoir,
    Très bonne analyse argumentée, en effet les fameux « Intellectuels faussaires » donnent de la voix opportunément, les médias bien-pensants leur servent la soupe allègrement.
    Il est désolant que les médias en vue en France soient à ce point formatés sur des lignes idéologiques précises, ils ânonnent à longueur de journée les « éléments de langage » idoines, chuchotés par les idéologues en chef.

    En effet laissons la justice faire son travail dans la sérénité, et ne portons pas de jugements hâtifs quant à l’affaire Tariq Ramadan.




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  • essalem
    7 novembre 2017 at 9 h 57 min - Reply

    Le Jugement précoce ne sert a rien, Tarik Ramadan frère de Hani Ramadan est un homme intègre bien instruit il a toujours donner des cours il fut très dynamique, personnellement je ne le connait pas seulement a travers la télé débats etc…en revanche son frès ainé Hani est tout – a fait différent un homme honnête intellectuel éduqué se comportant d’un très haut niveau d’éducation, dans le temps les algériens ont toujours eu dans son coeur une place a part, j’aime beaucoup hani….connaissant bien Hani si s’avère que son frère a fait ce que lui reproche je peux affirmer qu’il ne le reconnaitra plus car pour lui un frère est avant tous un frère dans la conviction est la foi….




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  • Mitiche
    8 novembre 2017 at 7 h 24 min - Reply

    Bravo F.Burger.comme on dit chez nous:il ne vous manque que la chahada (que Dieu n ‘ est qu’ ‘ Un et que Mohammed est son messager)




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  • BENDI
    9 novembre 2017 at 14 h 08 min - Reply

    Réponse à Monsieur Mitiche,
    « il ne vous manque que la chahada »
    C’est terrible de croire que la droiture ne peut émerger que d’une personne ayant proféré la profession de foi musulmane, c’est d’une vacuité conceptuelle sans nom!
    Sans rancune




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  • Harbellou N.
    9 novembre 2017 at 17 h 41 min - Reply

    Ça c’est nos vieilles qui le disent, façon de parler concernant la droiture des occidentaux,elles le racontaient, les pauvres ,même pour leur bourreau d’hier.c’est dire la pensée trouble de ces gens fragiles et dominés qui ont l’esprit ailleurs.




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  • Nacer
    10 novembre 2017 at 20 h 41 min - Reply

    Burgat est-il naïf? Ou sous-informé?
    Le seul combat qui mobilisait Tarek Ramadan, c’est sa petite personne, son image, ses intérêts individuels et familiaux: c’était évident dès ses premières apparitions télévisées!
    Burgat aurait rendu un grand service à cet orateur en lui conseillant d’approfondir sa connaissance de l’Islam avant de jouer au porte-parole autoproclamé de jeunes dont il a utilisé la soif de connaissances de leur religion, mais sans la satisfaire pleinement.




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  • Yasmine
    11 novembre 2017 at 18 h 27 min - Reply

    En matière de « combats politiques », le respect des musulmans en France devrait être parmi les priorités.
    Dès son irruption dans l’espace médiatique français, Tarek Ramadan s’est autoproclamé « représentant des jeunes musulmans de France ».
    Respecter les musulmans en France et les règles de la démocratie aurait dû amener Burgat à rappeler T. Ramadan à un peu plus d’humilité. Mais il ne l’a pas fait, malgré la convivialité répétée notamment à Doha, et ses silences valaient approbation. Voilà donc un « combat politique » que Burgat aurait dû mener avec une meilleure perspicacité.




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  • Tsoufiq 18
    11 novembre 2017 at 19 h 00 min - Reply

    De deux choses l’une ; Soit Tariq est innocent ( ce dont personnellement je doute fort)auquel cas il doit investir les plateaux télé comme iol aime tant à le faire auparavant pour laver son honneur et celui de tous ceux nombreux qui voyaient en lui un intellectuel musulman moderniste et démocrate qui se sentent trahis;
    S’il est par contre prouvé qu’il a fait cequi lui est reproché son cortemnent porte un nom ;  » PREDATEUR SZXUEL »; Toutes ses tartufferies sur l’Islam ne sont que des pretextes pour attirer des jeunes femmes en detresse dans son lit;
    Utiliser la foi et la religion pour ce faire est d’une bassesse et d’une lacheté sans borne;
    J’espere sincerement pour lui qu’il est clean;




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  • BENDI
    12 novembre 2017 at 18 h 26 min - Reply

    Bonjour;
    J’ai toujours observé que celles et ceux qui détestaient Tariq Ramadan se comportaient comme des « Affranchis », eux savent! ils ont une lecture empruntée au lynx, leur acuité est ésotérique, ils savent dénicher l’imposteur et son imposture et nous invitent à partager leur détestation.
    Ceci étant dit Monsieur Ramadan est bien sûr critiquable, et l’on est en droit de ne pas partager sa vision du monde, mais de grâce argumentons sérieusement!
    Quant à cette malheureuse affaire de mœurs, gardons un peu de dignité et ne pronostiquons pas du style « s’il est ceci ou cela », car c’est une manière feinte de distiller son fiel.
    la justice doit passer un point c’est tout. La présomption d’innocence doit primer.




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    • bof
      13 novembre 2017 at 9 h 42 min - Reply

      Bonjour; Vous évoquer la Justice???!! il y a une justice en Europe? mais arrêter! prenez le cas de la Suisse fais gaffe si t’as pas un Avocat bien payé! les juges Suisses détournent les lois en fonction de la nationalité du prévenu et du plaignant je vous donne un exemple si Un Suisse ou une Suissesse porte plainte contre un algérien ce dernier n’a aucune chance d’avoir un procès équitable, m^me ses plaintes auprès de la police sont refusés alors SVP arrêter de nous faire croire que la justice passe avant, il n a pas de justice et je parle en connaissance de cause.




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  • Abdelhaq
    14 novembre 2017 at 22 h 57 min - Reply

    La justice d’un Etat de droit, comme la France ou la Suisse, est de toute façon infiniment plus impartiale que celle du Qatar qui protège politiquement et financièrement T. Ramadan depuis ses premières apparitions sur les plateaux de télé où il dénonçait, sans rire, « une triple dépendance-théologique, politique et financière. »




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