Édition du
22 June 2018

RÉPONSE D’UN INQUIET À UN DÉSESPÉRÉ

Libre Algérie

Par Farid Chaoui

J’ai lu avec beaucoup d’inquiétude le papier d’humeur de M. Daoud, posté dans les réseaux sociaux « que faire pour ce pays et pour le défendre »

Inquiétude qui m’amène à répondre et à exprimer ma profonde tristesse, car cet écrit traduit le complet désarroi d’un auteur dont j’apprécie assez le style, mais dont je plains beaucoup la souffrance.

En effet, la réaction de M. Daoud ne peut s’expliquer que par un sentiment plus puissant que la haine, plus dévastateur que la peur, plus cruel que la torture morale : la souffrance profonde d’un jeune algérien, pris en étau entre deux violences extrêmes celle de la guerre de libération dont la mémoire est transmise de génération en génération et 30 ans plus tard, celle de la guerre civile dont la cruauté a dépassé tout ce que l’humain a pu inventer dans ses pires folies.

Il vit le cauchemar de ces algériens intelligents, cultivés et sensibles, bourrés de talent qui pensent que leur malheur n’est dû qu’à une seule cause : les islamistes! Les « rats barbus » !!

Aussi en appelle-t-il tout simplement à la reprise du combat, à une 2ème guerre civile !

Evacuée l’Histoire, La colonisation, la guerre, Abane Ramdane, la Soummam, l’usurpation de l’indépendance, Boumedienne, le PAP, la guerre civile, Boutef et j’en passe. Non il suffit de nous armer de nouveau comme nous l’avons fait en 1992 pour supprimer la vermine et retrouver le nirvana.

Un problème pour commencer : qui est ce « nous » à qui Daoud fait appel? Il ne le définit pas, il procède par élimination : sont convoqués ceux qui ne sont pas des « rats barbus » et leurs acolytes « idéologues de la soumission ».

Qui reste ? Les purs, les inflexibles, le bras armé de la « démocratie » et de la « laïcité » ? Il faut vraiment que M. Daoud m’explique si je fais partie de ses heureux élus ou m’affecte-t-il à ceux qu’il désigne à sa vindicte ?

Nous serions donc trois races d’algériens Les « rats barbus », les « idéologues de la soumission » et « les autres, les bons » qui ne s’entendraient que sur une seule vérité : la guerre, l’extermination totale, la purification??

Comprenez mon inquiétude M. Daoud : vais-je éradiquer ou me faire éradiquer? Car je n’arrive pas du tout à me situer dans cette échelle apocalyptique. Où dois-je caser mes enfants, mes amis, ma famille pour être du bon côté du manche ? Quel sera notre cri de ralliement, quels sont vos critères de recrutement (barbe exclue bien sûr): gros bras et crâne rasé ?

Attention M. Daoud, la souffrance peut mener droit à la folie.

C’est vrai que nous traversons un cauchemar qui n’en finit pas, fait d’injustice, de hogra, d’usurpation et d’humiliations de toutes sortes. C’est vrai que l’échec cuisant du système éducatif accouche chaque jour de cohortes de jeunes garçons et de jeunes filles complètement paumés, perdus, sans repères, désespérés, cherchant avec angoisse une issue à leur triste vie. C’est vrai que le système judiciaire nous assigne au statut de sujets et d’éternels mineurs. C’est vrai que l’on meurt dans nos hôpitaux et que l’on se suicide chaque jour en se jetant éperdument à la mer. C’est vrai qu’il est très dur d’accepter tous nos lamentables échecs et c’est vrai aussi que chacun tente désespérément de trouver une valeur refuge : dans la pensée et l’écrit pour ceux qui ont eu le courage, la culture et le talent de s’y jeter, dans la religion pour ceux qui s’y accrochent, dans l’argent et le bling-bling pour les moins chanceux, dans aussi, hélas, la violence qui est le substitut de tout cet immense naufrage collectif.

Peut-être faudra-t-il, au moins pour ceux qui se reconnaissent dans le combat des idées, de travailler à inventer une solution qui rassemble et non des slogans qui divisent. Pour commencer dans cette voie nous avons tous besoin d’une thérapie pour nous extraire du sort qui nous a été infligé par l’Histoire de ce pays et que l’on tente de camoufler honteusement par les lois de la réconciliation.

Moi je ne sais pas user d’une arme, fut-elle celle de l’injure, encore moins celle du fer et du sang. Je sais un peu écrire, bien moins bien que M. Daoud, mais j’essaye chaque jour que dieu fait d’écouter, de comprendre, de prendre le soin d’analyser chaque chose, chaque geste et chaque parole de mes concitoyens. Ceux qui sont mes amis et ceux qui sont loin de l’être, parfois avec dépit et douleur, d’autrefois avec fortune, toujours avec humilité.

C’est peut être une déformation de médecin. Quarante ans de métier, naturellement, ça vous marque. Mais je préfère plutôt soigner que tuer. Une manie!

Je ne suis pour autant pas naïf et je n’admets me soumettre qu’à l’intelligence, à l’ouverture d’esprit et à la paix. Je sais où peut conduire le dogmatisme et l’ignorance, particulièrement lorsqu’ils tombent entre des mains expertes en instrumentalisation politicarde. Tous les algériens l’ont compris : ils l’ont vécu dans leur chair et, encore aujourd’hui, tous les jours, s’expriment, dans la douleur et la souffrance, les graves séquelles de cette terrible confrontation. Séquelles qui vont se transmettre de génération en génération, et risquent si rien n’est entrepris pour ré-inventer le savoir vivre ensemble, de désintégrer la société.

Nous sommes tous assis sur une bombe, qui, si elle explose de nouveau, va tous nous emporter, barbus-kamis ou déplumé-cravate!

Alors M Daoud, on allume la mèche ou on désamorce la bombe?


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7 Commentaires sur cet article

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  • said
    25 décembre 2017 at 19 h 42 min - Reply

    vous ecrivez . « Séquelles qui vont se transmettre de génération en génération, et risquent si rien n’est entrepris pour ré-inventer le savoir vivre ensemble, de désintégrer la société. »Mais monsieur Farid CHAOUI la société est deja desintegré, c est foutu , le mal a gangréné toutes les couches de la société.Seul un miracle peut nous sauver, l’ hypocrisie, la lacheté ,le mensonge ,la triche,la cupidité,etc sont incrustés dans nos genes.Tellement incrustés que nous ne reconnaissonas pas nos tares, on vit avec et c ‘est devenu notre seconde nature, j’observais dernierement les comportement des membres des bureaux de vote ,les assesseurs et ceux chargés du depouillement , le petit peuple quoi, et bien tous participaient a la triche,pourtant c etait des damnés.Ils ont été subjugués par le mensonge et la cupidité s en etre capable de prendre conscience, Comme l’ ont été les allemands qui ont soutenu en masse hitler et qui ont participés aux pires monstruosités




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  • Soussou
    25 décembre 2017 at 23 h 48 min - Reply

    Bravo,Mr le professeur F. Chaoui pour ce rappel,ce constat,peut être même ce diagnostic.
    Faudrait-il peut être beaucoup de contributions pareilles pour secouer un peu nos consciences avant qu’il ne soit trop tard.
    Car,comme vous le savez bien,l’homme s’il n’est pas animé par une bonne conscience est parfois cruel vis à vis de son semblable,le condamnant au bûcher parce qu’il n’est pas sur la même ligne idéologique que lui et cela quelque soit l’éducation ou le niveau d’instruction de cet homme.
    C’est ce que l’on appelle « l’essentialisme »!qu’il soit racial,culturel ou religieux.

    Les exemples tout au long de l’histoire de l’humanité ne manquent pas.
    En Europe à la fin du XXème siècle de pires crimes ont été commis.
    Voilà un psychiatre qui est censé faire un diagnostic au mal qui rongeait sa société,lui prescrire un remède,si c’est possible ou une pause de réflexion sérieuse.
    Non seulement qu’il ne le fait pas ou s’abstient de le faire par incompétence.Non,il prend la tête du camp adverse,celui des exterminateurs de toute une frange d’un même peuple(parce que celle-là a une autre vue de l’esprit,une autre culture,une autre religion)pour raser et exterminer son concitoyen.
    On appelle cela,tout simplement,la haine de l’autre.

    Et que c’était le « psychiatre » avec ses gestes désordonnées et ses rodomontades décousues d’insomniaque discourant jusqu’au petit matin qui ont été à l’origine des pires crimes commis en Europe à la fin du XXème siècle.
    Et que c’était cet énergumène ,aliéné qui avait besoin de soins et de correction!
    C’est ce qu’il est entrain de subir jusqu’à la fin de ses jours.
    C’est ce sieur de Radovan Karadzic,âgé aujourd’hui de 70 ans,condamné à 40 ans de prison par le TPI de la Haye pour génocide à Srebrenica.
    Ou 12000 personnes ont été tuées à Sarajevo par les tirs incessants des forces serbes de Bosnie.Tandis que 8000 autres,essentiellement des hommes adultes exécutés sommairement,avec le »consentement » de Karadzic selon le juge.




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  • jenoubi
    26 décembre 2017 at 0 h 02 min - Reply

    Vouloir convaincre un éradicateur est aussi simple que de convaincre un taliban.




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    • Meriem
      26 décembre 2017 at 11 h 17 min - Reply

      et vouloir convaincre un eradicateur fasciste(et je suis gentil car ils faudrait inventer un terme pour qualifier les abominables monstres de chez nous)c ‘
      est comme si on tentait de raisonner un nazi




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  • lyes Laribi
    26 décembre 2017 at 20 h 09 min - Reply
    • Wahid
      27 décembre 2017 at 19 h 50 min - Reply
      • Mohamed Boukadoum
        3 janvier 2018 at 0 h 52 min - Reply

        La violence,même,au service service d’une cause juste a toujours profité aux opportunistes et aux lâches ( clan d’Oujda ) car seuls les éléments les plus sincères vont aux premières lignes et se font faucher avec d’innombrables autres innocents.Et les violents ,en mal de légitimité ,ne peuvent gouverner qu’avec l’autoritarisme et la corruption.
        Le Pr Chaoui est admirable par son courage ,et , son intelligence supérieure n’a d’égale que son humilité ( une qualité rarissime sous nos cieux où la suffisance s’allie naturellement à l’insuffisance).
        Cependant,le cri d’angoisse de Kamal Daoud est facilement compréhensible quand on réalise l’immense étendue de la lame de fond du tsunami islamiste au sein de la société incluant l’armée .Que faire ? Tous les citoyens convaincus que le salafisme et autres courants de pensée islamiste prônant le dogme d’ une religion collectiviste imposée doivent s’organiser à tous les niveaux de la société pour contrecarrer cet empoisonnement en profondeur de la société.En dénonçant nommément ces prêcheurs mercenaires et leurs discours mortifères dans les quartiers,les villages ,à travers la presse et les réseaux sociaux.
        Sciemment,le régime favorise l’abrutissement des masses comme faisait le colonialisme en encourageant les pratiques de superstition du maraboutisme.La violence n’a pas sa place dans cette lutte.
        K Daoud ,malgré son indéniable talent,a tort de minimiser l’importance de la mémoire historique dans la genèse d’une nation.La mémoire,la langue, le terroir,le folklore ,les croyances communes forment le ciment d’une nation.Or les « rats barbus » veulent effacer toutes traces de ce qui n’est pas religieux dans la mémoire car le dénominateur commun du ciment de leur Oumma ,c’est leur version anti-historique de la religion.




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    Congrès du Changement Démocratique