Lettre ouverte à mon peuple : Je suis médecin, j’aime mon pays, j’aime mon sud !
Édition du
21 August 2018

Lettre ouverte à mon peuple : Je suis médecin, j’aime mon pays, j’aime mon sud !

Dr….. Psychiatre.

Je suis une jeune médecin spécialiste et je vais tenter de vous expliquer les quelques raisons pour lesquelles vous devez nous soutenir dans ce combat pour la justice et l’amélioration de notre système de santé et de la santé de notre chère Algérie !
Actuellement, je viens de finir mon service civil au sud mais je suis toujours en poste, et ce pour plusieurs raisons. J’ai choisi le sud, à vrai dire, je n’ai pas pu avoir le luxe de choisir vu que pendant le service civil, c’est le ministère qui décide des régions « où » tu peux aller travailler. J’ai fait mes bagages et j’ai quitté ma famille et mes amis, toute seule, oui je suis célibataire. Au départ, j’étais contente en me disant : « Je serai seule mais j’aurai comme seule ambition de soigner des gens qui ont grandement besoins de moi, des gens qui sont privés de médecins et qui se sentent abandonnés ». J’étais motivée en me disant que l’amour de mon métier me fera tenir tous les coups, que peut-être je vais pouvoir améliorer leurs états de santé et que ça vaut toutes les peines du monde.
Etre une femme célibataire seule n’est jamais une mission facile dans ce pays, mais au sud, j’ai été doublement respectée. J’en suis heureuse et fière. Je ne regrette jamais d’être venue travailler ici.
Tout cela ressemble à un conte de fée !

Chères concitoyennes ! Chers concitoyens ! On vous ment sur beaucoup de choses !!

Après mon DEMS, j’ai passé des mois au chômage et sans percevoir un sou à attendre un logement de fonction auquel j’ouvre légalement droit. Peuple ! On vous ment ! Il n’a y jamais eu assez de logements de fonctions pour les médecins spécialistes dans les régions éloignées, encore moins au sud. Ils sont pour la plupart inexistants ou simplement détournés en douceur par les administrateurs ! Je commence mon service civil avec un combat, des rapports pour « implorer » le ministère d’agir, en vain !
Quand je finis par l’obtenir, au bout de 06 mois, je le découvre dans un état lamentable. Il y avait l’équipement très basique avec une forte promesse d’amélioration, j’ai accepté de le prendre car j’avais hâte de commencer à soigner des gens et exercer mon métier.

J’ai perçu mon premier salaire après 4 mois de travail ; heureusement que ma famille était là pour me prêter de l’argent. Je suis médecin et à 31 ans je dois emprunter de l’argent ! Je ne fais pas l’exception, en service civil c’est devenu une tradition qu’on a finit par accepter ! On vous ment, nous n’avons aucune facilitation en partant au sud !
Les difficultés au quotidien étant médecin spécialiste au sud ? Y en a que ça :

1. Je suis psychiatre et le service le plus proche où je peux faire hospitaliser un malade agité, en pleine souffrance lui et sa famille, se trouve à 500km ! Ce n’est pas tout, car les autorités (Administration/Forces de l’ordre/APC) ne répondent pas toujours à nos demandes et ne s’impliquent pour assurer le transfert que lorsqu’il s’agit d’un cas d’extrême dangerosité. On s’en fout des malades mentaux et de leurs familles, ce ne sont pas leurs priorités ! Vous imaginez mon degré de désarroi et d’impuissance ? Il n’y a simplement pas d’infrastructures, aucun hôpital psychiatrique au sud, est-ce normal ? Comment pourrais-je soigner les gens ? Pourquoi l’état ne construit pas des hôpitaux au sud ?

On vous ment ! Il n’y a que des promesses !

2. J’ai été dans l’obligation de suspendre ma consultation durant 3 jours de façon tout à fait réglementaire, en plein mois de juin, à 48 degré, et de renvoyer à contre cœur des patients chez eux, jusqu’à 80km, pour la simple et bonne raison qu’il n’y avait pas de climatisation dans mon bureau. Un problème qui aurait pu être résolu en 1h de temps et pour lequel j’ai passé une semaine à demander sa réparation de façon tout à fait légal et légitime avant de suspendre la consultation. Quels sont les moyens mis à la disposition des médecins au sud ? Même pas un climatiseur dans une zone grand sud ?!!! Vous accepteriez de travailler dans des conditions pareilles ? Est-ce humain ? Accepteriez-vous que votre fille ou fils travaille dans des conditions pareilles ? On vous ment ! Nous travaillons dans des conditions lamentables ! Nous essayons chaque jour de faire de notre mieux et de garder le sourire ! Nous essayons de faire notre travail : soigner les gens !

3. On vous ment ! Nous ne sommes pas payés une fortune ! Notre salaire « du sud » nous suffit à peine à subvenir à nos besoins ici (tout coûte plus cher au sud par rapport au nord), sans compter les billets d’avion autour de 20.000da (faut bien rentrer et voir sa famille) et les factures d’eau et surtout d’électricité vu le climat extrêmement chaud : la climatisation prend une grande partie de notre salaire. Oui, nous payons toutes les charges et nous n’avons aucun avantage !

On vous berne !

4. La structure dans laquelle je travaille ne possède même pas les normes d’hygiène et de sécurité, j’ai un bureau préhistorique et les malades dans la salle d’attente n’ont pas mieux que moi. J’ai passé une grande partie de mon service civile à demander des améliorations afin d’être plus efficace et de pouvoir prodiguer les meilleurs soins qui soient aux malades. Seulement, tous mes cris de détresse envers les différents responsables sont restés muets. On vous ment! Personne ne nous écoute !

Je n’ai jamais demandé une villa luxueuse ou un bureau de ministre, non ! Il se trouve que même le minimum ici est un vrai luxe !
Je suis acquittée de mon service civil, c’est-à-dire que maintenant je peux démissionner et revenir « chercher du boulot » au nord, mais j’ai trop de peines quand je vois mes malades. Ce n’est pas de leur faute à eux, ni à moi d’ailleurs. Je suis partagée entre mon devoir et ma dignité !
S’il vous plaît ! Arrêtez de nous tenir responsables de la défaillance de notre système de santé ! Le combat des médecins est, avant tout, le combat d’un citoyen algérien qui demande à ce qu’on le traite mieux pour qu’il puisse mieux soigner ! On vous ment ! Nous n’avons jamais refusé de soigner nos citoyens du sud, nous refusons seulement de continuer à faire du bricolage sanitaire parce que nos autorités nous tournent le dos et nous laissent désarmés face à une population en souffrance réelle !

Les médecins se réveillent enfin et exigent leurs droits, il est temps que tous les algériens ouvrent enfin leurs yeux et comprennent que le changement est possible, il suffira seulement de nous soutenir et d’être solidaires avec nous dans notre combat et surtout de bien comprendre nos revendications. L’union fait la force !
Nous ne sommes pas la main étrangère, nous sommes les enfants d’un pays dont l’état de santé est fragile et gravement malade, et nous voulons une meilleure santé pour notre Algérie !


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15 Commentaires sur cet article

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  • Arturo
    12 janvier 2018 at 18 h 03 min - Reply

    Bravo tres bon parole¡¡¡¡¡¡¡¡¡




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  • Luolli
    12 janvier 2018 at 18 h 41 min - Reply

    L’état s’occupe beaucoup plus des affaires lucratives en parténariat avec des étrangers que du bien être du service publique




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  • halim
    12 janvier 2018 at 18 h 51 min - Reply

    Tous les secteurs universitaires sont dans la même situation ! c’est une question de volonté politique et non sociale qu’il faut sérieusement poser. Décideurs, dîtes-nous pourquoi vous ne voulez pas de la science pour l’Algérie? FEU Boudiaf, lorsqu’il a dit « par la science » quand il a posé la question : »par quoi nous dépassent les pays qui vivent heureux? », a reçu 2 balles dans la tête tirées par un berger et commanditées par un illettré, un non scientifique-décideur. La décision est tenue par des ignorants, il faut juste ré-inverser les valeurs et que la nature reprenne ses droits. Le dernier ministre français ou allemand est un écrivain ou un Professeur d’université. Ici, ça n’a même pas le niveau du primaire ou c’est un « docteur-acheteur d’un faux diplôme ». Il n’y a qu’à les entendre s’exprimer ; aucun niveau ! Ils ne peuvent donc pas raisonner. Tant que les valeurs sont falsifiées, médecins, physiciens, historiens, philosophes, mathématiciens, chimistes, littéraires, linguistes, économistes, psychiatres, dermatologues, …….. resteront le dernier souci des gouvernants algériens. L’ordre international les obligent à être ainsi et à faire ce qu’ils font depuis 62, mais il y a un minimum qu’ils avaient le pouvoir d’assurer : « aies peur de l’affamé quand il est rassasié! »…. Et ce n’est pas pour demain, croyez-moi ! Seul le peuple peut les renverser, mais le peuple ne peut pas être avec la science : ils l’ont « IGNORANTISE » et « INCONSCIENTISE » par l’école. ils ont su l’avoir avec l’ADL, l’ANSEJ et tout est gratuit : plages pour eux, cafés, … il faut prendre la rue et poursuivre seuls, chers scientifiques ! peut-être qu’ils partiront…




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  • Hamid Belaïd
    12 janvier 2018 at 19 h 53 min - Reply

    Magnifique intervention ! Il faut que la société civile, les citoyens en général soit solidaire des médecins, mas pas seulement des médecins mais de tous les algériens victime de la politique du pouvoir de 62 ! Il faut une mobilisation générale de la société pour tracer une feuille de route politique pour changer le système politique dans sa globalité et pas seulement pour changer la politique sectorielle du le Ministre de la Santé !

    Il faut une prise de conscience globale des citoyens et de la société civile. Et cela ne doit pas être seulement à l’initiative des partis politiques dits « d’opposition », qui ne sont plus crédibles hélas, comme le sont d’ailleurs les partis politiques alliés et complices du pouvoir !

    Il faut une nouvelle forme de mobilisation politique citoyenne pour construire avant l’été 2018 (donc c’est urgent) une plate forme politique pour faire face au pouvoir en place dans un objectif de vrai changement de gouvernance pour l’avènement d’un État de droit et de démocratie véritable ! C’est cette plate-forme de proposition pour une nouvelle gouvernance qu’il faut élaborer ensemble et qui devra être porté par un homme politique consensuel à désigner comme candidat à la présidentielle avec pour mission de réaliser ces objectifs s’il arrive à être élu !

    Ce n’est pas utopique comme proposition ! C’est une piste à discuter sérieusement entre partis d’opposition, dans la société civile, dans les associations et dès à présent car il est sûr et certain qu’aucun candidat proposé par un parti politique d’opposition quel qu’il soit et aussi intelligent et compétent soit-il,ne pourra vaincre le candidat du pouvoir ! Il y a urgence à réfléchir à cette option qui doit faire son chemin à tout prix car c’est vital avant la prochaine présidentielle!




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  • Ffccc
    12 janvier 2018 at 22 h 37 min - Reply

    Sachant que le diplôme de psychiatre est reconnu en France




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  • Dria
    13 janvier 2018 at 10 h 59 min - Reply

    Maintenez le cap, vous êtes sur la bonne voie et le peuple bien sur qu’il est de votre côté et solidaire de votre action.

    Ne faîtes pas attention aux clairons du pouvoir qu’on manipule et qu’on fait parler au nom du peuple.

    Au contraire appelé le peuple, par le biais de la société civile des associations, des syndicats a vous joindre dans une action pacifique nationale , ne laissez pas cette étincelle d’espoir disparaitre et ne laissez pas ce sang qui a couler sans avoir gain de cause, mabqach qad elifat, et ne croyez surtout pas aux fausses promesses de ce pouvoir en fin de règne.
    Vous êtes l’espoir de ce peuple agissez , nous sommes solidaire avec vous.

    Si vous aurez gain de cause c’est tout le peuple qui en tirera profit … Et sachez que vous avez déja gagner car vous avez oser agir au lieu de subir. Bon courage et ne baissez surtout pas les bras et tendez les au reste de la société, au PEUPLE le véritable POUVOIR




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  • rachi
    13 janvier 2018 at 11 h 42 min - Reply

    Chère consoeur .biensur ce que vous decrivez est une réalité amère .mais je peux vous affimer que votre sens du devoir qui vous honnofe risque d’être déçu .j’ai excerce en 1980 au titre Du sévice civil 04 années mais croyez moi il n’ya rien a espérer de l’administration de la santé et surtout pour le logt on va vous essorer vous utiliser a s’occuperde leurs proches et autres connaissances et vous embobiner avec des promesses jamais tenues bcp de confrères de ma génération ont subit l’humiliation d’expulsion. Pendant Que d’autres bien épaulés obtenaient des désistements de dupex. Et villas biens de l’état et cela dure a ce jour comme on dit une personne avertie en vaut deux. On étaient jeunes naïfs pleins de bonne volonté on afait la révolution agraireon étaient enthousiastes et fiers de servir comme pionniers et après tout cela par la discrimination et l’Injustice et l’Indifférence de la société on a l’ipression d’avoir été dupes Même boudiaf l’a été paix a son ame .




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  • brahim
    13 janvier 2018 at 11 h 44 min - Reply

    oui le titre de psychiatre est reconnu en France comme tous les titres des spécialités que le médecin français n’aime pas exercer.
    le médecin généraliste algérien doit ajouter 03 ans d’études en France pour devenir infirmier.
    la France faisait refaire une partie du cursus aux médecins algériens, pour qu’ils puissent faire une spécialité rejetée par les médecins français. Mais ce concours n’existe plus.
    C’est pourquoi, il faut se battre contre l’ignorance qui nous dirige, nous, tous les universitaires, et rester en Algérie pour développer notre si beau pays !




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  • Allouache
    13 janvier 2018 at 11 h 46 min - Reply

    Malheureusement ça a toujours été comme ça depuis des lustres ,je ne crois plus à rien dans ce foutu pays tant que ce système perdure




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  • zaalouni
    13 janvier 2018 at 12 h 06 min - Reply

    Bonjour ,
    Merci pour ce témoignage glaçant et sincère !! désolant qu’en 2017 on ne puisse pas réalisé le 1/4 de ce ce qu’il a voulu faire Franz Fanon!! malheureusement l’état de la psychiatrie en Tunisie n’est pas meilleurs.




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  • pepiniere
    13 janvier 2018 at 18 h 07 min - Reply

    Pour Info,un médecin spécialiste perçoit 72000 DA mensuellement. Faites votre calcul ,il doit vivre avec un mois et payer loyer,factures diverses d’eau,d’électricité ‘internet ,de téléphone et le LOYER.Il lui arrive d’acheter quelques baguettes de pain et un peu de fruits et légumes de saison;il est loin de vivre dans l’opulence que l’imaginaire des gens tend à avaliser.
    Aujourd’hui pour vivre heureux et décemment il faut brosser dans le sens du poil et crier à tue tête qu’on vit dans le meilleur des mondes possibles par la volonté de ceux qui tiennent les rennes de ce pays.




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  • Hussein
    14 janvier 2018 at 22 h 53 min - Reply

    Nous ne sommes pas la main étrangère, nous sommes les enfants d’un pays dont l’état de santé est fragile et gravement malade, et nous voulons une meilleure santé pour notre Algérie !

    il n’y a rien à rajouter … on dit que l’histoire se répète gâchons est-ce qu’elle ne se répète plus.




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  • imedrassen
    21 janvier 2018 at 11 h 09 min - Reply

    le médecin algérien n’a jamais fait d’analyse sérieuse sur son état global dans cette société ou le lettré et celui qui détient un certain savoir ont toujours subi des persécutions , du harcèlement , de l’emprisonnement et même des liquidations physiques de la part de personnes perverses qui éprouvent du bien en faisant du mal. Notre trés longue histoire coloniale a enfanté de l’ignorance extrême chez ces populations et qui semble persister comme un atavisme génétiquement transmis .
    les références médicales et thérapeutiques sont beaucoup plus associées au TALEB , au RAKI , à la CHOUAFA et à tout types de VAUDOU , bien référencés dans le livre TOTEM ET TABOU de Sigmund FREUD ; que d’approches rationnelles de sciences médicales ou autres.
    le médecin algérien nos doit intégrer dans sa rationalité scientifique , qu’il déclenche chez uen majorité d’algériens des complexes d’inferiorité, de frustration, etc… qui se manifestent par de pseudo-citations type (SAL EL MOUDJARAB OU MAT SALCH ETTBIB), qui exacerbent chez lui un comportement réactionnel très primaire teinté d’agressivité verbale et physique. méditez bien cette approche elle vous aidera à mieux comprendre la situation… car comme disait CAMUS ; ne pas nommer les choses c’est ajouter à la misère du monde !




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  • ghobrini
    2 février 2018 at 10 h 48 min - Reply

    et Tout ça avec quel salaire?,seuls eux seulement ont le droit d’augmenter leurs salaires(40 fois le SMIG) et avec une retraite au FSR




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  • sinaceur
    10 février 2018 at 7 h 34 min - Reply

    bravo pour votre courage, on est avec votre cause,que doit on faire




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