يومية الجزائر
Édition du
12 November 2019

Combien de millions d’Algériens faut-il mobiliser pour convaincre le régime de partir ?

Ait Benali Boubekeur

Après la grandiose mobilisation du 1er novembre 2019, le peuple algérien a tranché : c’est à lui de fixer le cap de la République et non pas aux fonctionnaires. Comme tous les peuples débarrassés de la tutelle, il veut bâtir ses institutions. D’ailleurs, depuis le 22 février 2019, il ne cesse de réclamer les articles 7 et 8 de la constitution, puisque le pouvoir de fait ne veut pas soi-disant s’éloigner de « la légalité constitutionnelle ».
Et pourtant, dans le fond, tout au long de la période postindépendance, aucune équipe dirigeante ne peut se prévaloir de la légitimité populaire.

À en croire Mohamed Harbi, dans sa contribution à la veille du 1er novembre 2019, le putsch du 19 juin 1965, perpétré par Houari Boumediene, a enterré le rêve démocratique. « Le pouvoir du commandement sera dès lors dictatorial. Nous assistons aujourd’hui à sa mise en place. C’est à ce pouvoir de prouver que nous nous trompons », écrit l’éminent historien.
De toute évidence, si le peuple avait affaire à un régime démocratique, il n’y aurait pas besoin de telles grandioses mobilisations pour avoir le droit de participer effectivement à la vie politique du pays. En tout cas, un peu partout dans le monde, des régimes cèdent pour des pressions moins importantes de la rue.

Pour certains, ils ne sont pas des modèles en démocratie. Le dernier en date est l’exemple libanais. Après 13 jours de mobilisation, le gouvernement Hariri remet son mandat au peuple libanais.
En Algérie, le régime ne veut rien céder. En dépit des manifestations par millions, le régime maintient la mascarade électorale, prévue le 12 décembre prochain. La commission « indépendante »des élections, présidée par un cacique du FLN, donne le quitus à cinq candidats. Quatre d’entre eux sont issus du FLN et du RND, les deux partis les plus corrompus de la planète. Le cinquième est un islamiste, fervent défenseur de Bouteflika.
Donc, tout porte à croire que le régime ira jusqu’au bout. Ceux qui parlent d’un plan B ne mesurent pas la détermination des dictateurs à conserver le pouvoir et les privilèges qui vont avec cet exercice.

Même si ce scrutin ne suscite aucune adhésion populaire, le régime n’éprouve aucune gêne. Ils sont prêts à exercer le pouvoir même avec moins de 1% du corps électoral. Pour celui qui a participé à façonner les institutions actuelles, en l’occurrence Gaid Salah, cela ne choque guère. C’est plutôt le changement qui le choquerait où le dirigeant devrait se soumettre à la volonté populaire.
De son côté, la majorité du peuple algérien –on parle de 23 millions de manifestants le 1er novembre 2019 dans les quatre coins du pays –ne veut plus être un acteur passif de la vie politique.

D’autant plus que cette démission a failli provoquer la faillite du pays. Bien que le nouveau pouvoir de fait parle d’une nouvelle étape, sur le terrain, les pratiques du régime ne changent pas. De 1962 jusqu’à la feuille de route de Gaid Salah, le régime ne veut associer personne à la gestion des affaires du pays. Les dirigeants décident d’abord du plan d’action et ensuite ils convoquent le peuple en vue d’entériner leur choix.
Cette fois-ci, la majorité du peuple algérien dit non. Pour bâtir de nouvelles institutions, elle exige le départ de ce pouvoir défaillant et vicié. Car, il ne respecte ni le peuple ni la démocratie.

Désormais, la balle est dans le camp du pouvoir effectif. Pour sauver des intérêts privés, ira-t-il jusqu’à réprimer à grande échelle en vue de se maintenir ? Quant aux candidats de la honte, peuvent-ils se présenter devant le peuple en sachant qu’ils n’ont aucune marge de manœuvre devant le pouvoir réel ? Ce sont ces questions qui nous tiendront en haleine jusqu’au 12 décembre 2019.


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