Covid-19 : en Algérie, la société civile s’organise face à la pandémie

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Concentrateurs d’oxygène, campagne d’information, collecte de nourriture… Des chaînes de solidarité se mettent en place, tandis que les autorités sont critiquées pour leur immobilisme.

Par Safia Ayache(Alger, correspondance)
Lemonde.fr
06/08/2021 

CORRECTION / Algerians wait to get free oxygen tanks offered by a private company for COVID-19 patients in the northern city of Blida on July 28, 2021. (Photo by Ryad KRAMDI / AFP)

Des liasses de billets, des bijoux en or et des pièces de monnaie étalées sur une table. L’image, diffusée le 30 juillet, a fait le tour des réseaux sociaux algériens, soulevant autant d’admiration que d’inquiétude. Elle montre le butin récolté, en toute légalité, par des jeunes d’Oum El Bouaghi, dans l’est du pays, pour aider l’hôpital saturé de leur ville et les malades atteints du coronavirus.

Depuis le début de l’été, l’Algérie connaît une augmentation sans précédent des cas de Covid-19 avec des pics records de contaminations et de décès. Mercredi 4 août, l’Algérie a officiellement frôlé les 1 500 cas et enregistré 34 morts en 24 heures, a annoncé le ministère de la santé. Un chiffre des contaminations quotidiennes en baisse par rapport à la semaine précédente, pendant laquelle le seuil inédit des 2 000 cas avait été atteint. Ces statistiques ne refléteraient pas la gravité réelle de la situation, selon les professionnels de santé.

Le gouvernement, accusé d’avoir mal anticipé le rebond épidémique après plusieurs mois d’accalmie, peine à faire face à cette troisième vague dopée par le variant Delta, à l’origine de 71 % des cas selon l’Institut Pasteur d’Algérie. Dans des régions comme Sétif et Skikda, dans l’Est, et Tlemcen, dans l’Ouest, les hôpitaux sont submergés. Critiquées pour leur immobilisme, les autorités se sont engagées à accélérer la campagne de vaccination et à doter les hôpitaux en matériels nécessaires, dont 15 000 concentrateurs d’oxygène commandés à l’étranger, a annoncé le premier ministre, Aïmene Benabderrahmane, le 29 juillet.

D’après les données agrégées par la Banque mondiale, seulement 8 % des Algériens ont reçu à ce jour une première dose de vaccin. Au total, 9 millions de doses mêlant vaccins Spoutnik V, AstraZeneca, Sinovac et Sinopharm ont été acheminées dans le pays. Mais près de 9,2 millions de doses supplémentaires sont attendues en août, a assuré M. Benabderahmane.

Le soutien de la diaspora algérienne

En attendant, la société civile et la diaspora algérienne s’efforcent de palier le manque. Les supporteurs du Mouloudia Club d’Alger, équipe de foot la plus populaire du pays, ont annulé les célébrations du centenaire du club, le 7 août, et promis de reverser les fonds collectés par les ultras et supporteurs aux malades du Covid-19. Des industriels, notamment dans le secteur agroalimentaire, ont également financé des dizaines de générateurs d’oxygène.

Les initiatives abondent surtout en ligne. Suivie par plus de 25 000 personnes sur les réseaux sociaux, Soumia S. a lancé avec une amie une cagnotte qui a atteint 1 milliard de centimes de dinars (environ 50 000 euros). Des dons qui leur permettent notamment de livrer de la nourriture aux médecins et aux gardes-malades qui veillent sur des proches hospitalisés. « Nous allons bientôt recevoir des concentrateurs de l’étranger. Nous commandons aussi des médicaments anticoagulants, des masques à oxygène, des fortifiants… Des personnes nous font des dons en nature comme de la nourriture et des couches pour les malades », explique la jeune femme, qui collabore avec une association locale pour la logistique et publie régulièrement les factures pour prouver les achats effectués et par souci de transparence.

Tous n’ont pas ses scrupules… Les arnaques et les faux numéros pullulent. Mais, « s’il n’y avait pas ces milliers d’associations qui essaient de combler le manque énorme de prévention et de matériel, la situation serait vraiment bien pire », assure Mehdi Boukari, membre de Medsa Al Jazair, une association d’étudiants en médecine créée en 2015. Pour endiguer la propagation du virus, cette dernière procède à des campagnes d’affichage en collaboration avec les administrations publiques, vérifie la disponibilité des praticiens et organise des téléconsultations pour soutenir les équipes médicales épuisées par des mois de travail.

Lutte contre les fausses nouvelles

A travers la « Mission Oxygène », les étudiants s’efforcent, eux aussi, de faire entrer du matériel médical – surtout des concentrateurs –, par le biais des membres de la diaspora. « Nous sommes en lien avec le ministère des transports et la compagnie aérienne nationale Air Algérie, pour tenter d’exonérer les voyageurs qui amènent du matériel des frais d’excédents de bagage », explique Mehdi Boukari, lui-même en troisième année de médecine.

Un avion-cargo Air Algérie est par ailleurs arrivé mardi à Alger, avec 20 tonnes de matériel médical neuf collecté par l’Association franco-algérienne de pneumologie (AFAP), basée en France. « Il comprend des concentrateurs d’oxygène de 5 et 10 litres, des appareils de pression positive continue, des appareils de ventilation non invasive, des aspirateurs de mucosités, des nébuliseurs et des lits médicalisés », détaille l’association dans un communiqué.

Une grande attention est également portée chez les soignants à la prévention, et notamment à la lutte contre les fausses nouvelles. « Depuis le début de la pandémie, nous publions des infographies sur la façon de protéger sa personne et sa famille. On sensibilise aussi le grand public au variant Delta et informons sur l’intoxication à l’oxygène. Dans nos vidéos, nos professeurs répondent aux questions que les gens se posent actuellement », souligne Imene Abouriche, vice-présidente de l’Association scientifique des étudiants en pharmacie d’Alger (ASEPA).

Cette mobilisation de la société civile, bien que saluée, fait aussi grincer des dents. Amina Afaf Chaieb, membre du mouvement citoyen et politique Ibtykar, qui s’inscrit dans le soulèvement populaire du Hirak, ne décolère pas. « Cette solidarité est à l’honneur des citoyens qui, par toutes les crises qu’a traversées l’Algérie, ont su être au rendez-vous. Mais le constat c’est qu’en face on a un Etat complètement défaillant, qu’on dénonçait bien avant le Covid. Toutes les sorties et mesures prises ont été mal pensées ou pas à la hauteur des enjeux », déplore la jeune femme, qui qualifie de « mépris » le silence dans lequel s’est muré le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, sur la situation sanitaire.

Safia Ayache(Alger, correspondance)

2 Commentaires

  1. Covid-19 : en Algérie, la société civile s’organise …oui, mais !!!
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    Les opérations de solidarité de la diaspora algérienne en France soumises à des conditions !!!

    L’Ambassade d’Algérie en France a informé que les opérations de solidarité sont soumises à des conditions dont “une autorisation d’acheminement des dons”.

    “Le dossier de demande d’autorisation doit comporter l’identité des donateurs (associations, collectifs, particuliers) et un agrément…

    “Le ministère de la Santé est le seul et unique destinataire des dons recueillis. Il se charge de la répartition des dont…
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    Eh bien , pour gérer les dons de la communauté Algerienne de l’étranger, ils sont fort et tout est sous contrôle, mais pour gérer la production et distribution de l’oxygène en Algerie, ils sont incompétant et passible de poursuites judicaires pour négligence criminel… Ajouté à la gestion chaotique des hopitaux…ou tout le monde est melangé , malade de covid, malade non covid , femmes enceintes, et les visiteurs….sans parler de l’absence des moyens de travail.

    Allez voire la gestion trés professionnel de la covid par nos voisins marocain…

  2. Il est vraiment temps de s’organiser plus concrètement sur le terrain avec une seule finalité non pas pour mettre à nu le « gang des généraux » mais pour les INCULPER officiellement ici en Algérie et à l’étranger. Eux et la poignée de criminelles qui les entoure dont des gouvernement étranger qui les couvre particulièrement la France et l’Espagne, la diasporas devrait multiplier les actions afin d’attirer l’attention de l’opinion publique de ces deux pays les peuples français et espagnoles doivent savoir ce qui se trament dans notre pays et la gravité de la situation (le cas de Brahim Laalami et la connivence du gouvernement espagnole, ainsi que le refuge de nos généraux en fuite en France et en Espagne et le blanchiment de l’argent voler au peuple Algérien .)

    Les Algériens de l’intéreur et l’exterieur (Diasporas) doivent collaborer pour sensibiliser la presse indépendante en relatant les faits travestis par les médias du gang . Les Algériens d’ici et d’ailleurs doivent collaborer pour confectionner des dossiers envers la justice locale et internationale , les preuves existent et sont irréfutables…Il ne s’agit plus de dénoncer et de prier il faut agir , Ce sont des généraux criminels qui agissent a visage découvert, (le salut n’emanera jamais de l’institution militaire muselée comme le reste du peuple par la poignée des généraux du commandement )

    Même l’aide matérielle et humaine rassembler par la Diaspora dans le dernier élan de solidarité fut bloquée par le gang et ses moukhabarat qui veulent tous contrôler de peur que la vérité ne soit connu par un plus grand nombre.

    Ce peuple veut vivre et doit vivre, aidons le pour s’organiser pour faire valoir ses droits et faire entendre sa voix , Comment ester en justice nos responsables défaillants , comment INCULPER des ministres qui reconnaissent leur responsabilité mais qui ne peuvent démissionner car une démission signifie leur mort au sens propre et figurer …même en tant que candidat aux dernières élections les candidats n’avaient pas le droit de se retirer et ceux qui osérent furent emprisonner. Comment juger ce président illégitime dont le mensonge est une vertu qu’il pratique à outrance et en direct dans toutes ces interventions (vidéo a l’appui).

    Les avocats de l’intéreur et les victimes ne peuvent agir ici en Algérie devant l’absence d’une justice libre et indépendante, une justice qui condamne un général a 20 ans de prison et qui le reçoit deux mois après avec un avion présidentiel…C’est a la diasporas d’ouvrir des cabinets d’avocats de juriste ou d’association pour la défense des algériens . Créer des institutions du genres et les dossiers vont pleuvoir sur vous tellement il ya des dossiers avec des preuves matérielles documents vidéo photos témoignages , ce qui s’est passer en Algérie cette semaine n’a rien à voir avec l’épisode des EEPAD en France où le drame de l’Italie au début , il l s’agit d’une démission volontaire de l’état et de ses commis et d’une non assistance à personne en danger. Quand il y a absence du directeur d’hôpital , du directeur de garde quand il n’ ya ni policier ni gendarme dans des hôpitaux ou les malades et médecins sont face à face et sans moyens quand la TV national nous montre des généraux sur des fauteuils entendant le discours d’un chengrhiha qui ne cite aucun mot sur la mort des algériens par asphyxie ya de quoi devenir fou..

    Il est vraiment temps d’inculper ces criminels et charognards au pouvoir qui font tout pour pousser le peuple vers la violence , la patience de ce peuple ne peut être éternelle…
    Comment mener des actions vers des instances judiciaires internationale ? Comment faire entendre la voix de ce peuple devant les organisations des droit de l’homme si ce n’est par l’aide de sa diasporas , juristes avocats journalistes et autres. Faut il créer des pétitions allant dans ce sens , toutes les initiatives sont le bienvenues et trouveront preneur côté peuple …Il est temps d’agir et d’inculper surtout

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