Crédit Suisse : en Algérie, les habitudes helvétiques de figures de l’Etat militaire .

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24 Heures
Fuite de données à Credit Suisse – En Suisse, le secret bancaire entrave la liberté de la presse | 24 heures

. »Enquête« Suisse Secrets » | L’ancien président Bouteflika, l’ancien ministre de la défense Khaled Nezzar et des grands noms de la lutte pour l’indépendance ont détenu des comptes à Zurich.

Au terme de dix ans de procédures, le général Khaled Nezzar, 84 ans, pourrait être renvoyé devant un tribunal suisse pour répondre d’accusations de « complicité de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité ». Khaled Nezzar, ancien ministre de la défense, était l’un des hommes forts du régime, en 1992, au début de la guerre civile qui a ensanglanté le pays dans les années 1990. Si ses avocats ont assuré qu’il viendrait se défendre en cas de renvoi de l’affaire devant le Tribunal fédéral, son ultime audition par le ministère public, début février, vient clore la relation particulière qu’entretenait l’octogénaire avec le pays helvétique.Le général y avait ses habitudes.

L’enquête « Suisse Secrets » révèle qu’il détenait un compte bancaire chez Credit Suisse, actif de février 2004 à mai 2013. L’ancien chef de l’armée algérienne était pourtant dans le collimateur du Tribunal fédéral depuis 2011, la juridiction l’ayant déjà déclaré, à cette date, passible de poursuites pour « crimes contre l’humanité ». En dépit de ces allégations publiques, la banque suisse n’a pas jugé utile de tenter d’en savoir plus, poursuivant sa relation commerciale avec l’ancien homme fort du système algérien.En février 2004, Credit Suisse avait ouvert le premier de ses deux comptes, marquant le début d’une relation de près de dix ans au cours de laquelle Nezzar a déposé au moins 2,1 millions de francs suisses (soit 1,4 million d’euros en 2005).Ni son salaire – un général de haut rang touche l’équivalent de 3 000 euros par mois aujourd’hui, et c’était beaucoup moins à l’époque où M. Nezzar officiait – ni sa fonction ne semblent justifier ce montant.

Il aurait été en outre illégal de sortir cette somme d’Algérie. Contactés, les avocats de Khaled Nezzar réfutent les accusations de « complicité de crimes ». Ils estiment que « les sources des fonds de [leur] client proviennent exclusivement d’activités légitimes et légales et donc, par définition, non liées à une quelconque suspicion de crime, que notre client nie fermement avoir commis ».500 comptes de personnes domiciliées en Algérie

La législation algérienne interdit pourtant aux Algériens résidents de constituer des avoirs financiers, monétaires ou immobiliers à l’étranger à partir de leurs activités dans le pays. Sauf à y être autorisés par la banque centrale et dans le cadre strict de transferts de capitaux liés au financement d’activités complémentaires à leurs activités locales : la nécessité pour une entreprise de financer son développement à l’international, par exemple.

Partant de là, tout résident algérien qui dépose son argent à l’étranger pour son propre compte viole la loi. Or, à partir des années 1970, Credit Suisse a accueilli une partie des élites algériennes, qui ont ouvert des comptes nominatifs. D’abord en leur nom puis au nom de leurs proches : un patrimoine qui se lègue de père en fils et en fille. Au total, l’enquête « Suisse Secrets » fait apparaître quelque cinq cents comptes appartenant ou ayant appartenu à des personnes morales ou physiques qui ont déclaré être domiciliées en Algérie.

On y retrouve notamment l’ex-président Abdelaziz Bouteflika, mort en 2021 après avoir régné à la tête de l’Etat algérien de 1999 à 2019. L’enquête « Suisse Secrets » révèle qu’il fut lui-même titulaire d’un compte dans la banque zurichoise, entre 1999 et 2011, crédité à hauteur de 1 million d’euros. Un patrimoine jamais déclaré, malgré les obligations qui s’imposaient à celui qui fut résident suisse durant son exil des années 1980, au cours duquel il s’est livré à des activités de conseil aux Emirats arabes unis.Outre MM. Nezzar et Bouteflika, les données contiennent les noms de plusieurs figures de la lutte pour l’indépendance, dont d’anciens membres ou compagnons de route du ministère de l’armement et des liaisons générales (MALG). Fondée pendant la guerre, cette entité est l’ancêtre des services de renseignement qui structurent le pouvoir et la vie politique en Algérie depuis l’indépendance, en 1962.

Parmi ceux-là : Abdelkader Bessaïh, militant de la première heure et compagnon des chefs du FLN, dont le frère fut l’un des dirigeants du MALG. Mort en 2016, Abdelkader Bessaïh avait ouvert un compte chez Credit Suisse en 2006, abondé jusqu’à près de 6 millions d’euros.

Rente pétrolière et corruption

L’homme d’affaires et de l’ombre Abdelkader Koudjeti, ancien comptable d’Abdelhafid Boussouf – considéré comme le père du MALG – et proche de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika, a, lui, disposé d’un compte entre 2011 et 2014.

Parmi d’autres figures, on trouve le général Hocine Benmaalem, ancien commandant de région militaire et chef de cabinet à la présidence de la République. Dans un pays où rente pétrolière et corruption font souvent bon ménage, plusieurs titulaires de comptes ont eu un lien avec Sonatrach, la puissante société nationale des hydrocarbures.

Reda Rahal, l’ancien patron de la filiale Enageo, a ainsi pu dissimuler un compte doté de plus de 300 000 francs suisses à la justice algérienne, qui enquêtait sur ses biens présumés mal acquis – des fonds « hérités de son père », a-t-il assuré à nos confrères de Twala.

Le même Credit Suisse a hébergé un compte richement doté, ouvert en 1980 au nom de l’un des vice-présidents de Sonatrach, Sadek Guellal, un membre du MALG mort en 2010. Plus récemment, Nacim Ould Kaddour, fils d’Abdelmoumen Ould Kaddour, l’ancien PDG de la compagnie entre 2017 et 2019, a déposé plus de 5 millions d’euros dans la banque zurichoise entre 2005 et 2009. Sollicité par le collectif de médias de « Suisse Secrets », il n’a pas donné suite à nos questions. Aujourd’hui incarcéré en Algérie pour détournement de fonds, Abdelmoumen Ould Kaddour est une figure symbole des scandales de corruption qui ont émaillé le long règne de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika. »

2 Commentaires

  1. Vous detaillez PLUS que Jeune Afrique et les Media int. qui ne
    s´interessent PAS á DZ en particulier! Jeune A. dit que le compte de feu le Pres. Bouteflika avait autour de 400€ á la fin.

    TANT MIEUX & Merci (á la Suisse aussi) pour l`INFO!
    On n´est plus au Cirque de Mehenni, le MAK, les feux de foret au Bled ou á Malibu et « Louisa Hanoune a dit »!

    Les Media DZiens DEVRAIENT reprendre les Suisse Secrets POUR RECUPERER ce qui est INDU, INFORMER les DZiens et BATIR
    l´Etat de Droit et 1 ETAT! Si j´ai bien vu, ils ne l´ont PAS fait!

  2. Vous constater pas qu’il y a une contradiction! d’une part on juger les criminels étrangers et d »autre part on acceptent l’argent des criminels étrangers dans nos banque connaissant bien la Suisse c’est exactement son comportement durant la 1èr guerre mondiale et la seconde, tantôt avec les allier tantôt avec les nazis, cette dictature intelligente ne mérite pas un article.
    observation : la Suisse distribue plus de 50 interdiction jour y compris a nos ressortissants sans compter les expulsions des mères pères de famille ayant épousé un Suisse ou une suissesse?! ils sont sans concorde, voilà le monde se ressemble….

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