Des taurillons exportés de France, refusés de débarquer en Algérie, devront être euthanasiés .

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Le retour de 789 bovins partis de Sète en cargo bétailler, en raison d’un différend sanitaire entre les deux pays, témoigne des difficultés d’encadrement du secteur du transport d’animaux.

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Par Mathilde Gérard

Publié le 21 septembre 2022

« C’est un nouveau fiasco dans le transport maritime d’animaux, qui illustre les limites de la législation encadrant ce secteur. Partis de Sète (Hérault) le 3 septembre, à bord du cargo Nader A, pour être exportés vers l’Algérie, 789 taurillons ont été refusés au débarquement à leur arrivée au port d’Alger, le 5 septembre, et devront revenir en France pour y être… euthanasiés. Au cœur de cet imbroglio : un soupçon, par Alger, d’infection de trois de ces bovins à la rhinotrachéite infectieuse bovine (IBR), une maladie respiratoire virale, fortement contagieuse.

Pour le ministère de l’agriculture français, le blocage provient « d’une différence d’interprétation par les autorités algériennes sur le statut sanitaire de ces animaux ». Le ministère assure que si trois de ces taurillons présentaient un document stipulant une positivité à l’IBR, c’est parce qu’ils avaient justement été vaccinés contre cette maladie. Les échanges entre autorités françaises et algériennes n’ont toutefois pas convaincu ces dernières, qui ont refusé que les bovins soient déchargés au port d’Alger.

Après deux semaines où le navire est resté à quai, il a donc dû rebrousser chemin pour revenir vers la France. Le ministère de l’agriculture n’a pas confirmé le lieu de retour prévu, mais le Nader A devrait, selon les informations de l’ONG de protection animale Welfarm, revenir au port de Sète jeudi 22 septembre. Mercredi en fin d’après-midi, le cargo se trouvait au large de la Catalogne, d’après les données de géolocalisation du site MarineTraffic. L’issue pour les taurillons ne fait en revanche pas de doute : en raison de la circulation de la fièvre aphteuse en Algérie, une maladie dont est exempte la France, « les animaux seront éliminés à leur retour », explique le ministère de l’agriculture.

« Insuffisances réglementaires »

En effet, durant leur stationnement au port d’Alger, les bovins ont été affouragés avec du foin algérien, pour lequel un risque de contamination à la fièvre aphteuse ne peut être exclu. Si la France nie tout manquement dans ce dossier et assure que les animaux au départ de Sète étaient « sains » et que les certificats sanitaires avaient été « correctement transmis », ce différend avec l’Algérie témoigne des difficultés d’encadrement du secteur des transports d’animaux et rappelle un autre épisode : l’errance en mer de milliers de bovins, fin 2020 et début 2021, à bord de deux cargos, l’Elbeik et le Karim Allah, interdits d’accoster par plusieurs ports méditerranéens et contraints, au bout de plusieurs semaines, à revenir en Espagne, où les animaux avaient été euthanasiés.

Pour Adrienne Bonnet, responsable de campagnes de Welfarm, le sort des taurillons partis de Sète « est une nouvelle illustration des souffrances importantes endurées par les animaux durant les transports, notamment lorsqu’ils sont exportés vers des pays tiers [hors de l’Union européenne (UE)]. C’est un secteur pour lequel les insuffisances réglementaires sont manifestes ». En mai 2020, la Commission européenne reconnaissait dans un rapport qu’elle manquait d’informations sur l’état de santé des animaux et leur traitement à bord des navires de transport, la présence d’un vétérinaire à bord des cargos n’étant pas obligatoire.

« Actuellement, ni les Etats membres ni la Commission ne disposent d’informations ou de statistiques sur l’état de santé et le bien-être des animaux pendant les voyages en mer », écrivait-elle. Interrogé mercredi sur l’état de santé des taurillons, le ministère de l’agriculture n’était pas en mesure de répondre, indiquant simplement que « les animaux ont été abreuvés et nourris ». En revanche, ils n’ont pu être examinés par des services vétérinaires à Alger, et ne le seront qu’à leur retour en France, juste avant d’être abattus. Les autorités françaises ne pouvaient pas non plus préciser si des bovins étaient morts à bord du navire.

Cargos d’âge avancé

Le cas de ces taurillons témoigne d’une autre caractéristique du transport maritime de bétail : l’âge avancé des cargos affrétés pour ce commerce. Le Nader A est un navire âgé de 46 ans, quand les navires de marchandise commencent à être déclassés à partir de 20 ans en moyenne. Il bat par ailleurs pavillon du Togo, un pays classé noir par le « Memorandum de Paris » – MoU, un accord entre 27 pays pour le contrôle de la sécurité maritime. Un cas loin d’être isolé.

Le Togo détient le record de pavillons de navires agréés pour le transport de bétail par l’UE (18 pavillons), devant d’autres pays classés noir, comme le Panama ou la Tanzanie, selon une étude des associations Robin des Bois, Animal Welfare Foundation et Tierschutzbund Zürich. La dernière inspection du Nader A, dans le cadre du MoU, date de mars, et avait mis en évidence seize déficiences, portant notamment sur les dispositifs anti-incendie et la ventilation. Si on ignore si ces manquements spécifiques ont été corrigés, le ministère de l’agriculture indique qu’avant son départ le 3 septembre, le Nader A a été contrôlé : « On n’a pas eu d’indication de problème particulier lors de cette inspection. »

Au vu des limites réglementaires et de l’impossibilité de suivre et garantir le traitement des animaux durant les trajets en mer, de nombreuses associations plaident pour remplacer le transport d’animaux vivants par le commerce de carcasses, en particulier lorsqu’il s’agit d’exportations vers des pays tiers. Mais cette demande n’a jusqu’à présent pas rencontré d’écho favorable auprès des institutions européennes et a été écartée par le Parlement européen lors de discussions sur le sujet en janvier. La Commission européenne s’est toutefois engagée à proposer d’ici à la fin 2023 une révision de la législation sur le transport d’animaux. »

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