« L’ URBANISME » DU SYSTÈME.

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Liesse SI-CHAÏB
Architecte

Il faut dire que « Haouch Er Rih » n’est pas la première horreur de cet « urbanisme des pouvoir publics » et ne sera sûrement pas la dernière , tant que durera cette gestion autoritaire et militaire de la chose politique qui exclut les compétences et ignore le recours aux avis des experts avant les prises de décisions.

« Haouch Er Rih » nous rappelle juste que cette « réalisation » reproduit sur un même site toutes les erreurs commises dans la construction des grands ensembles et toutes les erreurs qu’il ne faut plus faire dans la conception de ce genre de projet.

Je me rappelle que pendant mes études déjà ,nous étions sensibilisés sur ce genre de projet et les profs. avec leurs étudiants discutaient et se moquaient de ce qui se faisait à Bab Ezouar.

On parlait de « Cités dortoirs » , de ces villes qui étaient des « enfers climatisés » pour les habitants , et on prenait connaissance des études faites sur la sociologie de l’habitation et où des experts français remettaient en cause les solutions proposées pour régler le problème de la crise du logement et exprimaient leurs « inquiétudes des conséquences lointaines des plans élaborés trop hâtivement.. ».

Nous étions donc , très tôt sensibilisés sur les « développements des troubles psychologiques et sociaux » dans ces types habitations.

Logiquement , normalement , ces expériences catastrophiques auraient dûs être depuis longtemps banni du paysage urbain , malheureusement quarante plus tard nous reproduisons les mêmes désastres.

Pourquoi?

Tout simplement, d’abord à cause d’un système de gouvernance qui considère que nous ne sommes qu’un peuple « te3 matrag » qui ne comprend pas les choses sérieuses , et qui engage le pays sur des choix et des options (politiques, économiques, urbanistiques,…) écartant les compétences et les avis contraires émanant des experts concernés préférant s’entourer « d’experts » dociles et obéissant dans l’exécution des ordres venant d’en haut.

Est-ce qu’on crée des structures de recherche à qui on a confié un travail critique sur ce qui se fait et dont on exige des propositions innovatrices pour la résorption des ces problèmes ? NON

Est-ce qu’on implique l’Université ,les enseignants et les professionnels indépendants dans ces questions? NON.

Bien sur , il ne s’agit pas ici d’écarter la responsabilité des architectes , des profs d’université , et avant tout des « ordres » des architectes qui ne sont pas à la hauteur de leur responsabilité professionnelle et intellectuelle ne contribuant pas à une lecture critique de la situation et n’ayant pas le courage d’interpeller les pouvoirs publics sur ce genre de question.

Ici , la préoccupation est à la gestion des carrières et à l’ascension sociale.

Mais cet état d’effacement des différents « ordres » des architectes » est aussi la conséquence justement de la gestion autoritaire des « décideurs » qui excluent l’émergence de structures professionnelles indépendantes et préfèrent placer les plus obéissants et les moins récalcitrants à la tête de ses organisations.

Quand un Wali , un directeur d’OPGI ou n’importe quel Maître d’Ouvrage te demande un nombre de logements n, choisit le site et qu’il te donne une surface de terrain x , il a déjà décidé de la typologie du bâti et a pratiquement arrêté le plan de masse , laissant très peu de place à une quelconque liberté de conception.

La crise du logement ne se règle pas en « casant » les gens ni en justifiant ces choix par l’urgence.

Or la qualité d’un Maitre d’Ouvrage est très très importante dans la production architecturale car « Pour faire un bon projet il faut avoir un bon Maitre d’Ouvrage » (Renzo Piano).

La responsabilité des choix portés sur les lauréats des concours incombe aux maitres d’Ouvrage ce qui pose des questions sur les critères qui motivent ces choix .

Liesse SI-CHAIB (Architecte).

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