Édition du
11 December 2016

La grève des huit jours : la victoire à la Pyrrhus du CCE.

 

algA l’approche du débat onusien sur la question algérienne en février 1957, la direction de la révolution, incarnée par le CCE (comité de coordination et d’exécution), issue, pour rappel, du congrès de la Soummam, aimerait démontrer au monde entier l’adhésion du peuple algérien au combat libérateur.

Contrairement à ce que colporte la propagande colonialiste, tentant vaille que vaille de présenter la révolte comme étant le fait de quelques égarés, le FLN soutient qu’il n’est que le représentant du peuple algérien en guerre. Cette stratégie correspond évidemment à l’idée que se fait Larbi Ben Mhidi de la révolution : « Mettez la révolution dans la rue et vous la verrez reprise et portée par des millions d’hommes.  »

De toute évidence, de l’avis des membres du CCE, une action de grande envergure à Alger est plus efficace, notamment en termes de retombées, qu’une série d’attentats dans les régions les plus reculées du pays. En plus, l’implication des citadins creuserait le fossé entre les deux communautés, pied-noir et algérienne. Ce qui va immanquablement exacerber la rupture et provoquer, par la même occasion, la généralisation de la guerre.

Ainsi, en se basant sur un rapport de la fédération de France du FLN, Abane Ramdane croit à une victoire à court terme. « Il semble que l’État français d’ici 6 mois ne sera plus en mesure de faire face aux dépenses militaires. Il s’ensuivrait en cas de continuation de la guerre d’Algérie, la faillite de l’État français », écrit-il dans sa lettre du 24 juillet 1956 aux représentants extérieurs du FLN.

Cependant, en se lançant dans une telle voie, les dirigeants de la révolution sont contraints de rompre avec le caractère –lequel a fait la force du mouvement dans la capitale –clandestin du mouvement. En d’autres termes, la grève des huit jours incite les militants clandestins à agir et à organiser le mouvement de grève sans se cacher. Cette stratégie, selon Gilbert Meynier,  » allait être marquée par une grève générale de longue durée qui obligerait forcément des milliers de gens à se démasquer du fait de leur absence au travail ou de la fermeture de leurs boutiques.  »

Mais, après plus de deux ans de guerre, est-ce qu’il n’est pas temps que le mouvement change de stratégie en assumant une guerre généralisée ? Le rassemblement de toutes les forces vives, dans un congrès national réuni à la Soummam du 20 août au 10 septembre 1956, étaie cette thèse. D’ailleurs, les membres du CCE sont confiants quant à l’adhésion massive à leur appel à la grève générale à partir du 28 janvier.

Ainsi, bien que l’armée française ait les pleins pouvoirs, ce qui annonce par ricochet une répression aveugle de toute manifestation, les Algériens répondent massivement à l’appel du CCE. Contrairement aux allégations mensongères des défenseurs du système colonial, « aucun historien digne de son nom ne pourra sérieusement croire les allégations d’arrière-garde des auteurs Algérie française pour lesquels seule la « terreur FLN » contraignit les gens à faire grève », argue Gilbert Meynier.

Toutefois, bien que l’adhésion des Algériens aux instructions du CCE ne fasse aucun doute, cette démonstration et ce défi, dans le cœur même du système colonial, ont un prix. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la répression qui s’abat sur la population est terrible. Les arrestations massives, suivies de la corvée de bois, battent alors leur plein.

Pour Gilbert Meynier, « le secrétaire général de la préfecture d’Alger, Paul Teitgen, grand résistant, qui avait quinze auparavant été torturé par la Gestapo à Nancy, ne put que constater la ressemblance entre les méthodes colonialistes françaises et celles des nazis. Il décompta minutieusement 3024 cas de personnes définitivement disparues dans le département d’Alger du 28 janvier au 2 avril 1957 et qui ne furent pas retrouvées.  »

Dans cette répression innommable, un pilier de la révolution, en l’occurrence Larbi Ben Mhidi, est arrêté. En fait, le quadrillage des quartiers d’Alger conjugué à des opérations musclées conduisent inéluctablement au démantèlement des réseaux FLN. Bien qu’il y ait de la relève à chaque disparition, force est de reconnaître que celle de Ben Mhidi va peser lourdement sur la suite du conflit. Avec sa disparition, Abane Ramdane perd un allié incontournable pour le maintien des principes soummamiens, notamment la primauté du politique sur le militaire.

De la même manière, cette répression incite les dirigeants du CCE, encore en liberté, à quitter le territoire national. Si pour Abane Ramdane ce repli doit être momentané, il n’en est pas de même des autres dirigeants qui pensent au retour que lorsque l’Algérie recouvrera l’indépendance. En tout cas, ce départ à l’extérieur remet ipso facto le principe soummamien de la suprématie de l’Intérieur dur l’Extérieur.

Par conséquent, à partir du moment où la direction de la révolution doit s’ériger à l’Extérieur, il n’est pas sûr que ce soient les rescapés de la bataille d’Alger –Ben Youcef Ben Khedda, Saad Dahlab, Krim Belkacem, mais sans Abane Ramdane assassiné par ses frères de combat le 27 décembre 1957 –assureront la direction du pays. Car, en prenant le risque de s’éloigner de l’esprit de la Soummam, les hommes forts du CCE, notamment les 3B, ouvrent la voie à la prise du pouvoir par la force. Du coup, plusieurs chefs ont renoncé bien avant le cessez-le-feu à la lutte en vue se préparer à la course finale pour le trône.

Pour conclure, il va de soi que la grève des huit jours de fin janvier 1957 a marqué des points décisifs sur le plan diplomatique. En revanche, sur le plan interne, la révolution a fait un pas en arrière en annulant, dans le premier temps, les résolutions de la Soummam en août 1957 et, dans le second temps, en établissant le rapport de force comme seul caractère pour accéder au pouvoir.

Aït Benali Boubekeur


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3 Commentaires sur cet article

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  • Dria
    23 janvier 2016 at 17 h 38 min - Reply

    C’est la seule ARME PACIFIQUE et efficace qu’on peut utiliser pour mettre à nu ce régime de despotes. Malheureusement nous n’avons pas l’équivalent du CCE pour donner le mot d’ordre ou d’organiser cet événement salvateur.

    En y réfléchissant plus profondément, même si on réussi un tel événement mais qui va prendre la RELÉVE..?? Des hommes intégres, un nouveau gouvernement constitué par des Algériens qui n’ont pas trompé dans le systéme …s’ il en existe vraiment pourquoi on ne les voit pas pourquoi on les entends pas … Qui sait quî nous garantie que le pouvoir ne sera pas squatter une nouvelle fois comme ce fut le cas avec le groupe d’Oudjda. C’est un risque minime, car si on réussi à organiser une GRÉVE on pourra la RECONDUIRE autant de fois que cela le nécessite jusqu’à ce qu’on trouve les Hommes qu’il faut.

    En y penssant réellement je me dit que ça vaut la chandelles d’essayer, le premier objectif étant de se débarrasser des supplétifs et pseudo harki aux commandes du pays qui concottent une constitution élaborer au  » val de grâce  » qui ne permet pas à un binational de se présenter aux élections présidentielles, alors qu’eux mêmes sont à la solde de la France néocoloniale .

    Si la situation est claire pour tous qu’attendons nous pour induire un changement afin d’assainir et d’améliorer la situation du pays, le CHANGEMENT ne peut se faire avec des écrits , des voeux pieux, des slogans..

    C’est à l’ensemble des algériens et algériennes ayant prit conscience de la situation, et qui croient au changement réel d’œuvrer pour la concrétisation d’un tel événement, cette masse silecieuse qui constitue la vraie l’opposition, mais pour qu’ elle soit opérationnelle , il faut qu’elle bouge…

    Mais du moment que ça bouge pas, ça ne veut pas dire qu’elle n’existe pas.

    Je vais être praggmatique en demandants aux algériens et algériennes aux lecteurs de LQA.
    Croyez vous a l’efficacité d’une grêve générale ? Si non pourquoi
    Si oui ? Qui doit faire l’appel d’après. Vous? Ne faut il pas créer une coordination allant dans se sens.

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  • AMAR
    23 janvier 2016 at 20 h 52 min - Reply

    NOUS SOMMES DANS UNE IMPASSE MON CHER AMIS ! quand on n ‘hesite pas a sacrifier PLUS DE 200 000 PERSONNES(QUELLES Q UELLES SOIENT C EST UN GRAND GENOCIDE!) et quand SURTOUT DES JOURNALISTES ALGERIENS ONT ETE INVITES A SOUTENIR CETTE BARBARIE ET A EN GARDER LE SILENCE..) A LA LUMIERE DE TELLES COMPORTEMENTS DES GOUVERNANTS ET DE LEURS SUPPLETIFS IL PARAIT RAISONNABLE QU UNE OPPOSITION PACIFIQUE NE POURRA QUE SE TERMINER PAR UN AUTRE BAIN DE SANG!
    la balle est surtout entre les mains des intellectuelles …c est surtout a eux qu incombe la noble mission d animation des masses et leur mobilisation vers un militantisme intelligent et fecond……..apres PLUS DE 53ANS DE REGNE SANS PARTAGE…DE FAILLITES ET D APPAUVRISSEMENT DE TOUTES LES RICHESSE CE SYSTEME S ABSTIENT ENCORE A NOUS RESTITUER NOTRE CITOYENNETE…QUELLE PREUVE NOUS FAUT IL DE PLUS????

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  • AMAR
    23 janvier 2016 at 21 h 16 min - Reply

    LES ALLEMANDS ONT ETE SEDUIT PAR LES CAPACITES ORGANISATIONNELLES DU FLN DURANT SA LUTTE DE LIBERATION NATIONALE!! nonobstant les querelles intestines voire les trahisons …il a montre au monde entier la determination de ces fellagas a se decoloniser contrairement a certains temoignages ..remontons en arriere et c etait surtout dans les annees (54/61 ..)OU MEME DE GRANDS MOYENS DE COMMUNICATIONS ONT ETE MOBILISE POUR DEROUTER COMPLETEMENT LA PUISSANCE COLONIALES ….LA LUTTE ETAIT PLURIELLE AUCUN FRONT N A ETE EPARGNE…la cause algerienne a ete portee partout dans le monde..l equipe du fln a seduit DE NOMBREUX PAYS…AUJOURD’hui c est avec la meme detrmination que l on doit agir pacifiquement et vec la conviction d y arriver….

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