Édition du
30 September 2016

Brèves leçons d’un si long parcours

condoléances340e Jour du décès d’Aït Ahmed

le 04.02.16

Il y a maintenant 40 jours, le décès de Hocine Aït Ahmed éveillait les consciences de la classe politique en même temps que s’exprimait la tristesse de ses intimes, de ses camarades de lutte et de son peuple.

Les plus politisés comme ceux qui n’avaient à faire valoir que leur simple bon sens se demandent encore aujourd’hui pourquoi les idées d’un homme qu’on honore à sa mort avaient tellement été ignorées de son vivant. Le combat d’Aït Ahmed se situe au-delà de cette constatation, même si celle-ci nous en dit long sur ce que furent, au regard de la liberté et de la démocratie, ces 63 années qui nous séparent de l’indépendance de notre pays.

De tous ceux qui ont quitté notre monde, depuis 1962, aucune personnalité n’a suscité en même temps autant d’éloges proclamés, de reconnaissances avouées, mais aussi de sentiments refoulés de culpabilité. J’ai personnellement rencontré, pour la première fois, Si L’Hocine à la fin de l’année 1979. Je l’ai connu avec Ali Mecili qui sera lâchement assassiné à Paris quelques années plus tard, Mouhoub Naït Maouche qui avait un sens élevé du sacrifice, et Hachemi Naït Djoudi, un militant dévoué et un ami de longue date.

C’était une rencontre avec celui qui incarnait la personnalité qu’on nous avait rendue invisible sur la scène publique, le leader charismatique que nous reconnaissions par-dessus les censures, mais aussi et surtout l’Algérien qu’il nous était interdit de nommer. Quand on rencontre Aït Ahmed pour la première fois, on est frappé par ce qu’il porte de symbolique en vie et en politique et on est en même temps surpris par sa simplicité et son amabilité. Son exil prend alors sens en même temps que l’interdit de la clandestinité s’évanouit pour nous. Même si j’avais été toujours sensible à la chose politique, mon aventure militante commençait réellement ce jour-là et allait me marquer durant ces 35 dernières années.

Hocine Aït Ahmed avait, pendant sa longue vie de militant, transmis à ses compagnons la passion de la politique en même temps que la patience de l’action politique. Il incarnait l’image d’un leader politique en même temps que celle d’un homme de tous les jours ; ses interventions au cours des discussions étaient celles d’un militant parmi d’autres militants. Autre chose qu’un «zaïm» inatteignable qu’il n’avait jamais voulu être, il incarnait l’humilité en politique. Les différentes générations de militants du FFS, comme tous ceux qui l’ont approché, ont été au contact de cette éthique politique ; c’est ce qui explique certainement leur respect à son égard, y compris chez ceux que les conjonctures et les conjectures ont amené peu ou prou à choisir une autre trajectoire en politique.

La politique, la clandestinité et l’exil n’ont jamais été pour personne, et surtout pas pour lui, un long fleuve tranquille. Il aura donné sa jeunesse et sa vie à son pays, lui qui, dès les années 1940, parcourait à vélo les routes de la région de Tiaret pour structurer l’OS, transportait de Constantine au massif de Collo les armes destinées à la guerre de Libération à venir quelques années plus tard, organisait le «coup» de la poste d’Oran pour trouver l’argent nécessaire à l’acheminement des armes de la Révolution par une caravane à partir du désert libyen. Contre le viol des idéaux démocratiques de Novembre 1954, il aura choisi l’opposition politique au sein de l’Assemblée constituante dès le lendemain de l’indépendance, en même temps que Mohamed Boudiaf et Krim Belkacem, notamment.

Après de longues réflexions, il finit par décider, en septembre 1963, la résistance à partir de la Kabylie, avec les moudjahidine des wilayas de l’intérieur. C’est dire qu’Aït Ahmed alliait, toujours en ce moment, le nécessaire dialogue à la détermination de l’action. Après la prison en Algérie d’où il s’évada, Hocine Aït Ahmed va vivre un long et difficile exil qui prendra fin le 15 décembre 1989. J’ai le souvenir de notre rencontre, à Paris, à la veille de son retour en Algérie et au cours de laquelle nous avions évoqué les dispositions prises par le FFS pour l’accueillir.

Au travers de ses propos, il me paraissait toujours aussi sceptique quant à la volonté du pouvoir d’aller vers un véritable changement démocratique ; je découvrais aussi son soulagement de retrouver enfin son pays après tant d’années d’éloignement. Son retour en politique allait faire du FFS une véritable pépinière de la démocratie ; les nombreuses manifestations organisées dans les rues d’Alger, jusqu’à planter pendant plusieurs jours une tente devant le siège de la présidence de la République, furent des moments populaires enthousiastes et chargés d’espérance démocratique.

C’était cela faire porter le «droit d’avoir des droits» par le combat citoyen, jusque dans la cité. Pourtant, pendant toute cette période, les coups tordus contre lui et le FFS ne manquèrent pas, ni en mesquineries ni en violence, comme ce jour de 1990 lorsque, invité pour intervenir à l’université de Constantine, il fut l’objet d’une tentative d’agression de la part d’un groupe de perturbateurs envoyés pour l’empêcher de faire sa conférence au sein d’un colloque ouvert sur le changement démocratique en Algérie. Aït Ahmed a laissé aux Algériens l’expérience de son long combat et de nombreux messages dont ceux pour lesquels il traça les grandes lignes, aux derniers jours de 1991 : celui de la recherche du consensus et celui de la réconciliation historique à laquelle il ne cessera d’appeler.

C’est dans cet esprit que sera signé, avec Ahmed Ben Bella, en 1985, la déclaration de Londres ; que lors d’un rare passage à la TV algérienne, en 1990, il appela Mohamed Boudiaf à fédérer leurs forces pour construire un véritable Etat de droit ; que, pour éviter que l’Algérie ne sombre dans la violence, sera organisée la rencontre avec Mehri et Hachani, entre ce qui devait être les deux tours des premières élections législatives pluralistes ; qu’il s’adressera à un million d’Algériens venus manifester à son appel le 2 janvier 1992 ; que pour arrêter l’effusion de sang sera tentée la réunion de San’t Egidio.

Au centre de cette recherche du consensus et de la réconciliation historique qu’il voulait voir aboutir, il mettait en avant les idéaux démocratiques et les droits de l’homme ; il ne cessait de répéter en toute circonstance que le fondement de la démocratie réside dans la volonté populaire exprimée par les urnes ; c’est la raison pour laquelle il ne pouvait accepter que l’on accède ou que l’on quitte le pouvoir par la force. Tous ceux qui l’ont sollicité auront eu la même réponse.

En ce 40e jour de la disparition de Si L’Hocine, nous pensons à sa grande stature et à son long parcours, mais aussi à toutes les victimes de 1963. Nos pensées vont aussi à tous ceux qui nous ont quittés après avoir tant donné à leur parti et à leur pays, à notamment Ali Mecili, Hachemi Naït Djoudi, Rachid Toudert, M’barek Mahiou et Abdelhafid Yaha le combattant infatigable qui a, pendant de longues années, tout sacrifié pour l’indépendance de l’Algérie et l’idéal démocratique.  

Mohamed A. Lahlou

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3 Commentaires sur cet article

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  • omar
    5 février 2016 at 20 h 29 min - Reply

    rabbi yarhamhoum

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  • AMAR
    6 février 2016 at 18 h 57 min - Reply

    POST – INDEPENDANCE L ALGERIE ENTIERE N A PAS EU CETTE CHANCE D AVOIR EU PLUSIEURS AIT AHMED…….UN VRAIS SYMBOLE DE LUTTES POUR DECOLONISER LE PAYS MAIS AUSSI ET SURTOUT CONTRE CETTE JUNTE QUI A PRIS LE PAYS EN OTAGE ET QUI NE VEUT PAS LACHER MALGRE UN ETANG DE SANG…….SA DETERMINATION DANS LE

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  • AMAR
    7 février 2016 at 16 h 34 min - Reply

    suite/
    sa determination pour se reapproprier les libertes citoyennes font de lui la REFERENCE ALGERIENNE EN LA MATIERE …POUR LES PROCHAINES GENERATIONS…QUI SAURAONT UN JOUR QUE SI AHMED NE S EST JAMAIS ARRETTE DE LUTTER ………………

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