Édition du
4 December 2016

Pour un ordre moral, sécuritaire et culturel

 

 

Tahar GaïdPar Tahar Gaïd

 

L’Islâm est l’une des questions centrales dans la vie politique du XXe et XXIe siècles. Les spécialistes de sciences politiques et de sciences juridiques, des historiens, des journalistes de la presse écrite et télévisée s’intéressent à la pensée de l’islam non seulement à propos du terrorisme et de l’extrémisme politique mais aussi aux problèmes du devenir du monde musulman, de sa place et de son rôle  dans le processus du dialogue des civilisations. Nous devons raisonner sur les perspectives de transformation politique et sur l’interprétation de l’islâm à la lumière des réalités du monde contemporain. Et c’est essentiellement le sujet que nous allons traiter.

 

L’incompréhension de l’islam

 

D’une analyse lucide de la situation actuelle dans le monde musulman, nous déduisons que les sociétés musulmans ont traversé pendant une longue période une crise à la fois politique, sociale et culturelle. Cette longue agonie a porté atteinte à la pensée et au socle qui la soutient, à savoir l’éducation islamique. Parmi les raisons qui expliquent la faiblesse des Etats musulmans actuels, il convient de distinguer trois d’entre elles car elles sont essentielles. Il s’agit, sur le plan politique, de l’absence d’institutions vraiment démocratiques, celles-ci étant contrecarrées par la longue vie de régimes autoritaires. Ensuite, sur le plan social,  les sociétés musulmanes vivent une crise morale et spirituelle. Enfin, sur le plan culturel, les musulmans ont de leur religion une connaissance insuffisante. Commençons par le début.

 

Au XXe siècle, le monde musulman s’est manifesté sur la scène internationale dans un univers marqué par la colonisation et ses oppressions politiques et un nouvel impérialisme économique. Après leur accession à l’indépendance, les dirigeants de ces Etats musulmans s’étaient préoccupés à s’enrichir plutôt que de s’approcher de leur peuple pour mieux connaître ses aspirations et, partant, de s’attacher aux problèmes à même d’assurer son bien-être.  Pire encore, ces sociétés se sont libérées d’un oppresseur étranger pour subir l’oppression de leurs coreligionnaires.

 

Les facteurs du développement et de la prospérité économique tels que la démocratie, les libertés fondamentales et les droits de l’homme, la diffusion du savoir et l’éducation du peuple, l’égalité des chances, les salaires équitables favorisant une meilleure consommation, autrement dit la justice sociale et l’Etat de droit n’ont jamais été à l’ordre du jour.

 

Plus grave encore, c’est le problème de la religion, en principe soutenue par ses deux principaux piliers, à savoir l’éthique et la spiritualité, qui a perdu ses valeurs fondamentales.  Un tel manquement a participé à l’émergence de ces maux sociaux qui minent les sociétés. Un connaisseur de la vie et de l’œuvre de Fethullah Gûlen[1] a résumé ainsi sa pensée : « Aujourd’hui, le monde islamique n’existe pas réellement. Il existe des lieux où les musulmans vivent l’islam comme un mode vie, une culture, et non comme une foi. D’autres musulmans ont reformulé l’Islam selon ce qu’ils pensent – il ne s’agit pas des musulmans radicaux ou extrémistes, mais des musulmans qui vivent l’Islam à la façon qui leur convient. La condition préalable à l’Islam est que l’on croit « réellement » et que l’on vive en conséquence. Les musulmans doivent assumer les responsabilités inhérentes à l’Islam. Or, les sociétés appliquant cette idée et cette philosophie n’existent pas dans l’aire géographique de l’Islam., pas plus que chez les dirigeants. D’où l’ignorance du monde islamique, malgré l’apparition d’une certaine prise de conscience. »

 

                L’Islam est, de par le monde, vécu individuellement par les musulmans. Ceux-ci sont séparés les uns des autres. Pourtant, le monde islamique ne peut vraiment et authentiquement existé sur le plan national et sur la scène internationale que si ses membres travaillent coude à coude, résolvent leurs problèmes en commun, interprètent l’univers en fonction du Coran, interrogent ensemble le comment et le pourquoi des réalités objectives de leurs sociétés respectives et formulent ainsi des projets de constructions immédiates et prochaines.

 

Mais voilà, comme du monde islamique il n’y a qu’une caricature ou un squelette sans chair, chaque musulman se comporte comme s’il était seul, en dehors du circuit et du processus collectif du développement, avec ses propres idées et ses vérités personnelles. En somme, le monde musulman, dont l’Algérie fait partie intégrante, ne peut pas se targuer de faire fleurir en son sein une juste et saine compréhension islamique, fondée sur le Coran et la Sunnah, qui fasse consensus, approuvée par des intellectuels qualifiés en la matière et des savants compétents et ouverts au monde moderne. Sans cette condition, l’islam restera méconnu, le monde islamique handicapé sur le plan juridique, économique et culturel, absent sur la scène internationale.

 

Le vrai visage de l’Islam et sa déformation

 

                C’est en envisageant l’humanité et la vie humaine et en les prenant en considération que nous serons en mesure d’analyser correctement la religion, la démocratie ou tout autre système politique ou philosophique. A partir de cette optique, nous remarquerons que l’Islâm ne peut pas être comparé à la démocratie ou avec tout autre système politique, social ou économique parce qu’il a pour objet essentiel les aspects immuables et invariables de la vie et de l’existence. Tandis que les systèmes et les idéologies politiques, sociaux et économiques ne prennent en compte que certains aspects variables de notre vie concrète. C’est ainsi que l’Islam est le contraire des systèmes changeant et variant selon les périodes et les époques. Telle a été la préoccupation de l’Islam, elle l’est encore et elle le sera continuellement.

 

L’invariabilité de l’Islâm a été confirmée par l’histoire. En effet, dès la première moitié du XXe siècle, les sociétés islamiques ont été engagées dans des guerres d’indépendance. Durant ces longues périodes d’obscurité et de luttes victorieuses, l’Islam, dans son intégralité, a constitué le levain de l’union des musulmans et le levier de l’action commune. En faisant de l’Islam une arme dans ces guerres libératrices, les acteurs des combats l’ont érigé, à leur tour, en synonyme d’indépendance et souveraineté nationale et internationale. Cependant, en accédant à la lumière du jour, les dirigeants de ces Etats musulmans ne brandissaient le flambeau de l’Islam que pour les parades. Ils n’ont pas enseigné aux musulmans que l’Islam était leur véritable identité. Ces dignitaires ne se souciaient que de leurs privilèges sans jamais donner de l’importance aux gens qu’ils étaient sensés mener vers le bonheur et la prospérité. Leur attitude ne pouvait se traduire que par le mépris opposé à leurs populations. Ce qui était tout à fait contraire aux valeurs et aux traditions de la dernière religion révélée. Ces dirigeants, peu vertueux, ont dépouillé l’islam de sa cohérence, de sa morale et de sa spiritualité pour l’habiller hideusement d’une idéologie purement  politique et surtout sans âme. C’est ainsi que la Religion de Dieu est devenue, pour les dignitaires dissolus, un synonyme de politique des clans et de bas étage, mais, toutefois, à même de satisfaire leurs intérêts égoïstes, leurs ambitions sociales et leur enrichissement matériel.

 

Ce n’est pas parce que l’Islâm est une force religieuse, spirituelle et sociale qu’il faut s’en servir comme un instrument de la violence pour atteindre des objectifs politiques. Toute violence et tout moyen coercitif sont absolument condamnables. La brutalité ne règle pas les problèmes ; elle l’est envenime plutôt. C’est à la loi d’imposer le respect et, par voie de conséquence, d’instaurer l’ordre dans la société. Il n’est pas possible, en effet, d’établir des relations pacifiques dans un monde moderne en recourant à la force et à la répression.

 

L’Islam est une religion de paix. Il doit être vécu comme tel. Il est totalement faux de croire qu’en tuant une personne, les portes du Paradis s’ouvriront devant l’auteur de l’acte criminel. Il est aberrant de croire qu’en portant atteinte à la vie d’un humain, on obtient l’agrément de Dieu. Il est à rappeler que le suicide et l’assassinat sont condamnés par l’Islam. Il n’est donc pas possible de rester musulman celui qui s’engage dans la voie du terrorisme. Le vrai islam ne connaît pas ce qu’est la terreur et les moyens coercitifs pour obtenir des objectifs politiques. Tout activité terroriste est un coup mortel porté aux valeurs coraniques, donc à la paix, à la démocratie et à l’humanité entière. De nombreux versets nous incitent à favoriser l’instauration de la justice et de la paix. Il en est ainsi de ces exemples : « Pratiquez l’équité, et que la haine envers les autres ne vous incite pas à dévier vers le mal et à vous écarter de la justice. Soyez justes, car la justice est proche de la piété, et craignez Dieu. » (S.5, 8) ; « S’ils inclinent à la paix, fais de même. Confie-toi à Dieu, car Il est celui qui entend et qui sait. » (S.8, 61) ; « Ô vous qui croyez, entrez tous dans la paix, ne suivez pas les traces de Satan : il est votre ennemi déclaré. » (S.2, 208)

 

Au Coran s’ajoute les paroles du Prophète (p.p) pour signifier que l’Islam est une religion de paix et de tolérance. Nous citerons seulement le hadît dans lequel le Messager de Dieu (p.p) décrit les musulmans :ce sont des gens, dit-il, dont les autres sont à l’abri des agissements de leur langue et de leurs mains. C’est dire que les relations avec les musulmans se construisent sur la base de la sécurité et de la confiance .

 

La pensée de  Fethullah Gülen à propose du terrorisme est la suivante : « <Permettez-moi de répéter que l’Islam n’approuve pas le terrorisme sous quelque forme que ce soit L terrorisme ne peut servir à atteindre un but islamique. Aucun terroriste ne peut être un musulman et aucun vrai musulman ne peut être terroriste. L’Islam exige la paix : le Coran exige de tout vrai musulman qu’il soit un symbole de paix et un soutien actif des droits de l’homme fondamentaux ». Il a dit également en d’autres circonstances : « On peut avancer avec assurance qu’il n’y a pas de terreur en Islam. Terreur et Islam son totalement étrangers l’un à l’autre. ; la première ne peut approcher l’autre sans le dénaturer. Dans ce sens, les intentions des musulmans doivent être respectueuses de la loi quant à leur buts, idées et actions, car seul un chemin droit et autorisé peut les mener à leur objectif éminent. » Gülen est convaincu que l’éducation peut éviter cette dérive : « Le remède consiste à enseigner directement la vérité. »

 

Le problème de la  culture :

 

L’Algérie, depuis son accession à l’indépendance, a axé tous ses efforts sur l’industrialisa- tion, tout en accordant peu d’importance à la culture. Or, le développement économique ne peut pas se concevoir sans une production intellectuelle et morale. Certes, le pays parvient, plus ou moins, à progresser économiquement mais c’est au dépend de sa souveraineté car, dépourvu de technologie et amoindri par le faible taux de compétence des cadres et de qualification des travailleurs, il restera soumis aux contraintes de l’étranger et vivra à l’ombre de nouvelles formes de colonialisme. Le véritable progrès ne se mesure pas en fonction de la quantité ou même de la qualité des produits mais de leur levain, à savoir de la croissance du niveau culturel de sa société. Un peuple créateur et novateur est celui qui pense et réalise par lui-même. C’est celui qui forme des intelligences et crée des idées dans tous les domaines, Il aménage les configurations de l’art des sciences exactes et des sciences humaines et réfléchit à leur projection dans l’avenir.

 

C’est ainsi que, progressivement, ce peuple suscite une doctrine fondée sur sa foi et sa conscience religieuse et contribue à façonner de nouvelles valeurs historiques pour les inscrire dans le registre de l’émancipation humaine. A partir de ces considérations nécessaires, organisées autour de sa production scientifique et culturelle, il peut prétendre à son indépendance politique et participer au mouvement croissant de la civilisation universelle. Ainsi, il apportera au contenu matériel de cette dernière, sa touche morale et spirituelle.

 

Les anciens pays colonisateurs et les autres nations industrialisées, en perdant, d’une main, leurs intérêts de la veille, ils le récupèrent de l’autre, sans mauvaise conscience, en avilissant l’homme sans culture consistante, parce qu’il a été réduit en une simple machine consommatrice de biens industrialisés ou encore « à une élégance apparente, dit ‘Ali Shariati, qui ne dit rien de ce qu’il porte au fond de lui-même… Il est semblable, comme le dit le poète, Rûmî, à la tombe de l’impie, qui est extérieurement décorée et raffinée mais qui est frappée intérieurement de la colère de Dieu, alors que celle des croyants, qui sont abandonnées en apparence, sont intérieurement emplies de lumière. »

 

  La logique veut que lorsqu’une nation ou des nations rejettent notre culture, notre histoire et notre personnalité pour implanter les siennes dans notre société, nos dirigeants sont amenés à riposter de toutes leurs forces et non pas du simple bout des lèvres. Si la réaction d’une poignée de gens se caractérise par leur sincérité et leur bonne foi, il semble que la plupart se complaise dans cette situation au point de se demander s’ils ne souhaitent pas la pérennité de cet état, voire même d’encourager la culture de l’autre à s’imposer chez nous, sous le fallacieux prétexte que ce sont les exigences de la modernité qui nous le dictent. En vérité, nous, tous, n’avons pas les moyens de contrecarrer la politique silencieuse et sournoise de destruction de notre Moi. C’est que l’Occident est producteur d’idées envahissantes dès lors qu’il ne rencontre pas de barrières défensives devant lui.

 

Certains, dans nos milieux, adoptent le fatalisme comme critère de développement et, partant, se persuadent de la supériorité permanente du « blanc » sur les autres ethnies de la terre. D’autres, se contentent d’une attitude défensive, en  ressassant la gloire du passé pour mieux dissimuler notre inertie, pendant qu’une troisième catégorie accroche  son regard du côté des pétroliers du Moyen-Orient. Aussi, les nations industrialisées exploitent-elles cette conjoncture historique pour nous faire comprendre que la seule option à notre disposition consiste à prendre comme exemple leur système de valeurs et d’acheter leurs productions matérielles. C’est d’ailleurs ce que nous faisons et c’est ainsi que notre champ culturel est grignoté petit à petit par l’ogre matérialiste.

 

A la suite de l’absence, de notre part, d’une politique culturelle dynamique à même de se déployer sur tous les plans à la portée de la raison humaine, nous nous résignons à cette répartition du monde conçue par les grandes puissances : d’un côté se rangent les mondialistes de la matière pendant que de l’autre côté stagnent, ce que l’homme dit civilisé appelle, les partisans de l’absolu et de la métaphysique comme si l’Islâm n’était pas à la fois matière et esprit,  De son  analyse, il en déduit la supériorité de sa civilisation sur toutes les autres et, partant, de la nécessité d’une occidentalisation de l’ensemble du globe terrestre puisqu’il est producteur de la culture. Cette tendance de sa prééminence projette de vider de leur substance ce qui reste des autres cultures, y compris la nôtre. Sans une urgente élaboration d’une politique intellectuelle de longue haleine, nous n’aurons même pas la volonté de repousser l’envahissement des valeurs contraires aux nôtres.

 

Certains, si ce n’est déjà la majorité de l’élite de notre société, se sentent appartenir à une religion retardataire et à un peuple en arrière de plusieurs siècles par rapport aux nations dites modernes. Ils  préjugent  que  la culture de leurs ancêtres, avec son art et sa littérature, sont décadents, Ils éprouvent enfin un sentiment intérieur d’infériorité. Aussi s’efforcent-ils de se comparer à l’Occident dans sa manière de penser, de vivre et de se comporter. Le mal n’est pas dans ces aspects apparents de ces gens. Cependant, il y a danger lorsqu’ils  gîtent dans les reflets culturels qu’ils projettent dans nos pensées et, plus grave encore, dans notre  for intérieur.  Si certains trouvent cette opinion, quelque peu exagérée, ils verront que leur imitation aveugle de l’Autre, conséquent du vide culturel de leur environnement, conduira notre société vers la dérive, celle-ci étant déjà au bord de la noyade intellectuelle. Pour preuve, rares sont ceux qui, dans leurs discussions, sont capables de construire  une phrase entièrement en arabe ou en amazigh. Pire encore, ils arabisent les mots français pour exprimer leurs opinions. Il ne faut pas trop s’en étonner lorsque nous observons que la méthode d’enseignement dans nos écoles fait beaucoup plus appel à la mémoire qu’à l’intelligence.

 

En outre, nous enregistrons l’absence d’importation des nouveautés intellectuelles à travers le monde et de leur traduction si nécessaire. C’est un socle enrichissant sur lequel se concevront des constructions originales conformes à nos besoins immédiats et lointains. Enfin, nous faisons face à la cherté du livre qui a, pourtant, besoin d’être subventionné par l’Etat pour se mettre à la portée du chercheur en particulier et du lecteur en général.           

 

Dès à présent, nous sommes témoins d’une réalité indéniable. Faute d’une politique culturelle capable de nous préserver contre la mort lente de notre Moi, l’Occident se met à l’œuvre pour extirper une à une les racines de notre « fondement intérieur et culturel ». Il s’achemine vers la réalisation de son objectif avec succès car la politique globale menée depuis l’accession de l’Algérie à l’indépendance, a fait perdre aux Algériens leur capacité à produire des idées. Aussi s’accrochent-ils à cet Occident comma à une bouée de sauvetage. Certes, il existe, parmi eux, des intellectuels qui œuvrent, tant bien que mal, à s’opposer à la colonisation culturelle de leur société mais l’Etat ne met pas à leur disposition tous les moyens nécessaires en vue de l’épanouissement d’une vie intellectuelle féconde. Encore faut-il qu’ils se définissent clairement eux-mêmes, qu’ils inscrivent leurs travaux dans un projet ou une charte qui harmonise, avec tous ses contours, authenticité et contemporanéité, passé et présent, réalité présente et  perspectives d’avenir.

 

Ceci est important car, bien que nous appartenions au monde musulman et que nous sommes unis par les mêmes fondements coraniques et dépositaires de la même civilisation, il n’en reste pas moins qua chaque société islamique a ses particularités, ses besoins et ses priorités. Ce ne sont pas les matériaux qui nous manquent puisque nous avons à notre portée, entre autres, une religion avancée par rapport aux autres croyances, un  passé scientifique et littéraire que nous sommes censés érigés en un tremplin vers de nouveaux horizons. A cela, il convient d’ajouter l’expérience intellectuelle des nations industrialisées que nous devons savoir exploiter à notre profit. Pour cela, il faut que nous nous décisions à pratiquer cette politique de grande envergure. Mais malheureusement  nombreux sont les Algériens qui étaient hier et qui sont encore aujourd’hui, aux différents échelons de la hiérarchie étatique, réfractaires à notre patrimoine culturel. Cette culture se conçoit dans le cadre du renouveau de la pensée en recourant, entre autres, aux fondements de la pensée politique et sociale de l’islâm.

 

Dans cette perspective, la Législation divine englobe un vaste champ de données réceptif à l’effort intellectuel personnel ou collectif (al-ijtihâd) en vue de promouvoir, d’enrichir et de renouveler, si nécessaire, la pensée politique et sociale de l’islâm. Ces données s’impliquent dans la vie de toutes les sociétés musulmanes, quels que soit leur époque historique et leur zone géographique. Elles exigent même le renouvellement en fonction de l’évolution des générations car l’islâm, organisateur des règles religieuses et profanes, se veut être une assise sur laquelle se construit les aspects théoriques et pratiques de la civilisation.

 

Il se trouve que la sunnah, qui a pour objet d’expliquer et de clarifier le Coran, est aussi une source de la législation islamique. Elle participe à la mise en pratique des idées coraniques et de les implanter dans la vie des peuples et des nations. Il suffit de rassembler et de grouper les dires de l’Envoyé de Dieu par thèmes en fonction de leur espace politique et sociale. C’est ce travail que Madame Khadija an-Nabrâzî, spécialiste des sciences politiques et économiques, a entrepris. Il nous servira de référence de cette étude. Cette recherche est une nécessité vitale parce qu’elle ouvre la voie de l’ijtihâd indispensable devant l’évolution de la pensée politique et sociale dans le monde.

 

Le Prophète (s) a présidé aux destins d’une communauté. A cet effet, il s’était revêtu aussi bien des caractéristiques de l’homme politique que ceux du religieux. Il s’était représenté, sur le plan diplomatique, ne serait-ce qu’un seul instant, auprès de souverains voisins. Les occupations de nouveaux territoires lui apportant, à travers les butions, des moyens financiers pour subvenir, entre autres, aux besoins de la société qu’il dirigeait et de l’armée qu’il entretenait. En dépit de ces faits, qui revêtait un caractère politique, ‘Alî ‘Abdarrazaq a affirmé que la communauté muhammadienne n’avait qu’une seule particularité, à savoir la religion, à l’exclusion de toute intervention politique. Ce qui est quelque peu paradoxal, c’est le fait d’admettre que le Messager de Dieu (s) exerçait aussi sur les musulmans une autorité qui n’avait rien à envier à un chef de l’Etat.

 

Ce pouvoir politique ne pouvait être perçu comme une « parenthèse ». Pourquoi l’esprit de ce pouvoir ne serait-il pas considéré comme un modèle historique à reproduire en tenant compte des réalités de notre siècle? Au contraire, cette expérience du « premier chef de l’Etat politico-religieux » devait se perpétuer dans le temps pour différentes raisons. La principale porte sur le commandement divin qui indique que l’Envoyé de Dieu (s) doit être pris comme exemple dans notre comportement aussi bien individuel que communautaire. Certes, les Textes scripturaux ne se prononcent sur aucun système politique. Ils n’ont pas non plus condamné toute éventualité de nouvelles normes institutionnelles différentes de l’expérience prophétique. Il était donc loisible pour les dirigeants de reprendre à leur compte l’esprit (Je dis bien l’esprit) de l’expérience historique du Prophète (s) au contact d’autres expériences novatrices.

 

               

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

               

 

 

               

 

           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] Fethullah Gülen est né à Erzurum à l’est de la Turquie en 1941. C’est un penseur et un savant islamique ainsi qu’un écrivain prolifique et un poète. Il a été instruit dans les sciences religieuses par plusieurs maîtres spirituels et savants musulmans de grande renommée. Il a inspiré une génération de jeunes étudiants. Il préside un mouvement social et religieux qui s’est implanté dans plusieurs pays du monde. Son but n’est pas l’Etat mais la société, ce n’est pas la politique mais la personne humaine. Sa politique porte sur l’éducation et la formation des connaissances. Ses partisans sont politiquement des démocrates et culturellement des musulmans. Inquiété par le régime Kémaliste, il fuit la Turquie pour se rendre aux Etats-Unis où il vit actuellement. Par ailleurs, cet article s’inspire de ses idées.


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4 Commentaires sur cet article

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  • Pour un ordre moral, sécuritaire et culturel – Presse Algérienne – Revue de Presse et Journaux en Algérie
    28 avril 2016 at 10 h 52 min - Reply

    […] sociaux qui minent les sociétés. Un connaisseur de la vie et de l’œuvre de Fethullah Gûlen[1] a résumé ainsi sa pensée : « Aujourd’hui, le monde islamique n’existe pas réellement. Il […]

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  • Barhoum
    28 avril 2016 at 19 h 06 min - Reply

    Est ce on est un pays Musulman? on a le sentiment qu’on ets un peuple sauvage sans loi ni foi…elle est où la tolèrance de l’islam? si vous allez dans n’importe quel pays « Boudiste, iNDOU sIKH cHR2TIEN les gens vivent dehors et vont a leurs culte dans une heure très tard le soir en toute amn sécurité est ce que c’est le cas en algérie….bonne soirée on vit dans un Hissar depuis 62 c’est pire que partous même la palestine.

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  • AMAR
    29 avril 2016 at 14 h 40 min - Reply

    oui effectivement il a cesse d exister reellement c est a dire que son expression n est pas visible …n est pas comprise..et ne trouve ni l oreille attentive qui lui faut ni le cadre de son epanouissement…la culture dominante a impose aux pays musulmans « une capitulation culturelle » avec des PERES « DE LA NATION « CES sous traitants en charge d entretenir cette capitulation culturelle….
    tout le monde SURTOUT DES MINORITES INCOMPLETEMENT INTEGRES veulent une EVOLUTION DE L ISLAM …UNE EVOLUTION DE PREFERENCE SOLUBLE AVEC LA laicite!!! AVEC LES « l egalite par exemple des droits de la femme… » ALLEZ LEUR FAIRE COMPRENDRE QUE L ISLAM EN SOIT EST UN GRAND PROJET DE SOCIETE….ILS N APPORTERONT PAS L OREILLE ATTENTIVE QU IL FAUT…POURTANT A LA SOURAT ALI OMRANE par exemple MERIEM DISAIT …. »oua laissa eddhakara quel ountha… » et le male n est pas comme la femelle…LES MUSULMANS SONT VICTIMES DES SYTEMES QUI LES GOUVERNES ET D UN ORDRE INTERNATIONAL FAIT PAR LEURS COLONS ET POUR LEURS COLONS….LORSQUE L ON EVOQUE PAR EXEMPLE LA JOURNEE DE REPOS DU SAMEDI ET DIMANCE NOS APPRENTITS « ASSIMILES » diront que c est le WEEK END UNIVERSEL »!!!! lorsqu il sagit du VENDREDI ils diront que c est retrograde et que ca nous fait perdre des milliards de dollars eux qui ne sont meme pas capable d evaluer le nombre exact de chomeurs!! pourtant il ne s agit la que d un mode d organisation du travail…le sujet est complexe et necessite COURRAGE SERENITE ET RIGUEUR…DES CHOSES QUI NE SONT PAS ENCORE REUNIS POUR LE MOMENT!!!!

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  • djamel
    29 avril 2016 at 15 h 56 min - Reply

    C’est une analyse pertinente que à mon avis on lire et relire dans sa profondeur culturelle et spirituelle. Nous devons très bien médité cette pensée et éviter d’accorder de l’importance et du crédit à ceux qui utilisent l’islam pour accéder ou se maintenir au pouvoir. Nous devons par contre suivre ceux qui pensent et agissent comme des voyageurs et des passants dans ce bas monde. Un autre aspect important qui ne doit pas être négligé sous aucun prétexte est l’éducation, le prophète (ssl) dit je suis envoyé pour compléter la bonne éducation. L’éducation étant la base de toute réussite de la société humaine, car s’il y a éducation le reste viendra certainement.

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