Édition du
19 January 2017

Tu seras médecin ma fille !

maternité1Tel était le voeu de ma mère médecin elle aussi.
Alors que j’avais 5 ans, j’étais scolarisée en première année primaire, on était en plein milieu de la décennie noire, l’Algérie était socialement très malade, économiquement pauvre, politiquement impuissante, gangrenée par le chômage et le terrorisme religieux, le niveau de vie de l’Algerien moyen avait baissé, le peuple terrorisé par la peur et la pauvreté avait fuit les villages pour se rassembler en masse dans les villes, à 40 km à l’est d’Oran, dans un village au
nom de « Port Aux Poules, ma mère tenait un cabinet médical, elle était aimée de tous, elle soignait des dizaines de malades par jour pour une pièce de monnaie, un kilo de sardine ou du pain fait maison, ma mère était bénévole malgré elle dans ce village, elle était toujours à l’ecoute, toujours au petits soins pour ses malades, elle bossait sans repit, de jour et tard la nuit, les weekend et pendant les fêtes aussi .

Les femmes venaient accoucher chez ma mère, leurs maris lui promettaient un bon chèque, quelques billets en dinars ou quelques kilos de poissons ,une fois bébé né entre, les maris s’éclipsaient avec leurs heureux événements jurant de revenir avec l’honoration de ma douce maman, chose promise chose jamais due.

Les années passées et ma maman était toujours au service de ses patients, très fière de son métier, de ce qu’elle portait à la société, elle comptait toujours pas ses heures dans son cabinet, je voyais ma mère avec tellement d’admiration, de respect et de fierté oui avec beaucoup de fierté, j’avais tellement de chance d’avoir cette maman, tellement de chance de passer toutes mes pauses déjeuner et mes heures après l’école dans son cabinet médical, oui à cinq ans je savais déjà que j’allais devenir médecin!
« Tu seras médecin ma fille » me disait elle après chaque trimestre scolaire.

À 10 ans, à 15 ans je savais déjà ce que j’allais choisir comme spécialité après mes sept ans de médecine générale.

À 17 ans j’étais à la faculté de médecine d’Oran.

À 24 ans j’effectuais ma première année de spécialité au CHU d’Oran.

Et là je suis toujours mon périple, un périple rude, fatiguant, difficile… finit le monde des bisousnours où tout est parfait, bienvenu dans le système de santé Algérien, un système noyé entre le déni et la paranoïa.

Bienvenu dans les hôpitaux universitaires algériens, où rien ne va mais on se dit que tout va bien, où tout manque mais on dit que nos hôpitaux sont équipés de tout, où la gratuité des soins s’arrête à la gratuité de la main d’oeuvre,la gratuité du médecin et de l’infirmier.

Ces derniers sont tellement gratuits qui ne sont épargnés nul part, ces héros de la santé sont bafoués,mal respectés , agressés, violentés par 40 millions d’algériens. Nous somme harcelés, agressés physiquement tous les jours dans nos propres lieux de travail.
Nous sommes dénigrés par notre propre ministère.
La politique du ministre de la santé est basée sur le défi et le dénigrement.

Que dit on des médecins dans les salles d’attentes des hôpitaux et dans les cafétérias?
Que dit on des médecins en attendant ses bilans au laboratoire de l’EPSP et dans le taxi?
Que dit on des médecins dans le parking de l’hôpital et dans les réseaux sociaux?
Que dit on des médecins en se rendant au rendez vous chez le gynécologue et chez son coiffeur ?
Que dit on des médecins en achetant sa baguette chez son boulanger ou au marché du vendredi ?

Le médecin, oui le médecin, rien que le médecin !

Le médecin est devenu le bouc émissaire d’un système de santé pourri et gangrené.
Oui faute de le dire, le système de santé a brillé par son échec!

« Médecin » est devenu sur la langue du voyou, du mathématicien et du parkingueur !
« Le médecin » est le sujet préféré de « femmes Algériennes » et de « secret de femme ».
On parle des médecins sur « diridarek.com » et sur « achats ventes ».
La mégère parle des médecins, la femme instruite parle des médecins !

Tous n’aiment pas le médecin, le boucher, le taxieur, le raki, zaabit & co, le coiffeur, le vendeur de légumes, le professeur de science, la caissière, le boulanger, l’entraîneur de foot….

Dans ma salle de GYM on n’aime pas les médecins, chez mon coiffeur aussi!
Dans la Daira quand je vais refaire mon passeport on dit qu’on aime pas les médecins , au commissariat qu’on je suis allée faire part de mon agression IDEM!

Mais le paradoxe c’est que tous veulent être médecins, tous veulent voir son enfant médecin, même la fille du boucher du coin ou le fils du policier.

Nos hôpitaux sont délabrés, sales, mal équipés, mal gérés est ce la faute des médecins?

Le manque de moyens, de matériel, de médicaments, d’hôpitaux tout ça c’est la faute du médecin ?

La charge que subit nos hôpitaux,les chambres d’hôpitaux pleines à craquer, c’est la faute au médecin ?

La médecine n’est guère un médecin et un malade ou un médecin et un infirmier, le médecin comme l’infirmier sont qu’ un maillon d’un système complexe.

Le système de santé est un ministre,un ministère, des gestionnaires chevronnés, des économistes, des experts en logistique, des pharmaciens, des négociateurs du marché du médicament et de l’équipement médical, des informaticiens, des ingénieurs, des administrateurs compétents, des diététiciens, des psychologues, des biologistes, des restaurateurs, des sociétés de sécurité et d’hygiène…. les médecins et les infirmiers ne sont que la partie émergente de l’iceberg.

Réfléchissons un peu, soyons rationnels, mettons-nous dans la peau de ces gens qui sauvent nos vies avec peu de moyens, ces gens que tout le monde leur a tourné le dos continuent à se battre malgré les difficultés.

Par Dr.FEDJER Amina


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4 Commentaires sur cet article

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  • rachid dahmani
    8 janvier 2017 at 8 h 09 min - Reply

    Bonjour à tous,

    Je dirais la même chose de l’ingénieur, de l’architecte, du pharmacien et du vétérinaire…en fait je dirais la même chose de tous les universitaires pas rien que les médecins. Mais puisque nous y sommes, tous ces médecins, ces ingénieurs, ces universitaires en général ont contribué à la déchéance totale du pays comme tout le reste d’ailleurs. En fait chacun veut tirer son épingle du jeu. Tout le monde se dit ça n’arrive qu’aux autres. Après moi le déluge. Je m’en sort d’abord après on verra. On ruse pour se sortir d’affaire. Puis par la suite on vient faire les constats. Le pays va mal et tout est décortiqué à la loupe mais sans mettre le doigt sur le véritable problème du pays, ou du moins sur le juste nécessaire qui permettrait de dénouer le problème une fois pour toute. Car tous savent ce qui sera nécessaire d’endurer et pour un bon moment, tous savent le sacrifice à faire pour le bien de tous…et tous ne « veulent pas », ne « peuvent pas », ne se plaignent pas …l’égoïsme revient au galop dans la nature de l’être humain. Bonne journée à tous.

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  • Ali SBIH
    8 janvier 2017 at 14 h 55 min - Reply

    Bonjour Rachid,

    On a tous rêve d’être ; sauf que la vie s’est vite chargée de remettre de l’ordre dans tout ça.
    Le reste est un contrat à la vie à la mort? avec les mirages de la vie ,l’illusion de réussir sans se mouiller ,les chats eux le comprennent à la naissance

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    • rachid dahmani
      9 janvier 2017 at 7 h 45 min - Reply

      Bonjour Ali,

      Heureux qui comme les chats. Ils se servent et se font servir aussi parfois. Ils n’ont pas à faire de sacrifices aussi, ce qui les rassures…remarque ils ont tout compris déjà comme tu dis. Heureusement que, relativement à nous les êtres humains, tout est fini, limité…rien ne dure. On aura beau « réfléchir » se fricoter les méninges, rien n’y fera, ça cessera tôt ou tard d’une manière ou d’une autre. Certains auraient voulus être l’éphémère et voler juste un jour. Bonne journée l’ami.

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  • Belkacem
    8 janvier 2017 at 16 h 18 min - Reply

    Merci au Dr FEDJER Amina de m’avoir donné l’occasion de m’exprimer sur ce sujet, mais j’ai décidé de me contenter d’une extrapolation que je veux bien partager avec mes amis internautes à qui je demande la permission de m’étaler sur un sujet qui me tient à cœur, celui de notre école sinistrée. Toutefois, je précise bien que je n’ai aucune envie de polémiquer puisque mes propos vont être destinés à la critique constructive et non pour provoquer l’ire de qui que ce soit. Je remercie, à l’avance tous ceux et toutes celles qui accepteront de me lire et de partager ou non mes idées.
    Par ailleurs, à l’avance, je m’excuse platement auprès des rares étudiants qui peuvent se targuer d’être des universitaires dignes de ce nom ; moi-même sur mes cinq enfants universitaires, je ne reconnais ce « statut » qu’à deux d’entre eux, un médecin spécialiste et une avocate, les trois autres, deux licenciés et un ingénieur d’état, ne m’ont jamais convaincu d’avoir poursuivi de hautes études à cause de leur niveau d’éducation médiocre, tout au plus. Merci de votre patience !
    Revenons à nos moutons, comme dirait l’autre ! D’après moi, c’est mon opinion et je l’assume totalement, ce ne sont pas nos diplômés qui sont à plaindre, au contraire, c’est le système bancal et TOUS CEUX qui, d’une manière ou d’une autre, ont une once de responsabilité dans ce pays de Cocagne qui sont les coupables de ce désastre et qui sont appelés à répondre de la médiocrité ambiante qui règne dans tous les secteurs du pays et en particulier le système scolaire dans sa globalité – (Du primaire à l’universitaire en passant par le moyen et le secondaire)- qui est la colonne vertébrale de tout état digne de ce nom.
    En effet, et c’est mon point de vue, la faillite du système éducatif a bel et bien commencé à partir de l’avènement de la tristement célèbre « École fondamentale », c’est-à-dire depuis 1976. Force est de reconnaître que durant les années antérieures à cette date fatidique, même lorsqu’elle –(L’école algérienne)- ne comptait que sur les modestes « MONITEURS » dont le seul bagage reposait souvent sur le seul modeste diplôme qu’ils avaient, je veux parler du « CERTIFICAT D’ÉTUDES PRIMAIRES » que l’élève décrochait en classe de fin d’études ; même avec ce très MODESTE DIPLÔME, l’école se portait bien et elle réussira à former les premiers cadres de la Nation qui allaient prendre la relève pour réaliser des miracles dans tous les domaines.
    Mes propos peuvent étonner ou choquer, je n’ai aucune envie délibérée de heurter la conscience de qui que ce soit, mais je sais de quoi je parle et je mesure bien mes paroles. L’histoire retiendra que les moniteurs et les rares instructeurs qui prirent la relève des enseignants français qui avaient quitté le pays précipitamment au lendemain de l’indépendance du pays, ces authentiques pionniers qui sont vite tombés dans l’oubli puisque personne n’en parle ni en bien ni en mal, ils avaient réussi le pari insensé de remplacer les instituteurs qui étaient partis, ils le firent avec cœur et abnégation et beaucoup parmi ceux qui sont des cadres avérés aujourd’hui peuvent témoigner qu’ils avaient fait des miracles et que c’est bien grâce à eux qu’ils réussirent dans leurs études.
    L’école algérienne et toutes les autres structures qui s’en apparentent ont commencé à péricliter avec les nouvelles directives de l’école « FAWDAMENTALE » ou « FARDHAMENTALE » qui allaient sonner le glas de tout le système éducatif. Ça commencera par les taux de passage et des redoublements qui étaient fixés d’avance par la tutelle au dam des enseignants qui étaient tenus d’appliquer et de respecter les directives qui viennent d’en haut ; NUL n’avait le droit de rouspéter ou de critiquer cette manière de faire qui relevait du caractère sacré des instructions ministérielles. Et puis c’était du domaine du TABOU que d’en parler ou de le dénigrer, c’est commettre un acte blasphématoire qui peut vous valoir d’être taxé de réactionnaire ou celui d’individu dangereux et rétrograde.
    Puis, l’affaire du passage réglée, il fallait penser au moyen de bidouiller les résultats des examens qu’il faillait impérativement et toujours revoir à la hausse pour prouver que l’école fondamentale était un choix judicieux et bénéfique puisqu’elle était capable de donner des résultats MIRACULEUX. Et c’est ainsi que des résultats records étaient atteints, même au Baccalauréat qui était la clef de voute sur laquelle il fallait opérer et c’est ainsi que, bizarrement, chaque année, les résultats étaient meilleurs que ceux de l’année d’avant alors que tout n’était que MENSONGES sur MENSONGES pour plaire et tromper la galerie qui croyait aux sornettes de ceux qui se plaisaient à tout maquiller pour peu que le peuple tombe dans le piège, les yeux ouverts.
    Et comme les résultats du BAC ont une incidence directe sur les places disponibles à l’université et comme il fallait CASER tout le monde, pour laisser place à ceux qui allaient se déverser dans le flot continu des nouveaux étudiants, mais surtout pour laisser place aux futurs arrivants qui se bousculaient dans les lycées, la seule et unique « SOLUTION » consistait à « DISTRIBUER » des diplômes bidon à bouts de bras – (Licences, Ingéniorats, doctorats, D.E.U.A, etc. …)-, des diplômes sans aucune valeur puisque leur « titulaire » étaient souvent des analphabètes trilingues incapables de rivaliser avec d’anciens titulaires du brevet d’autrefois. (Avec tous mes respects pour les rares étudiants dignes de ce nom). Telle est la triste vérité que d’aucuns refusent de reconnaître.
    Avec l’espoir de n’avoir égratigné aucun de mes amis internautes par mes propos que j’ai voulus sincères et objectifs, je me contenterai de ces quelques phrases en laissant le soin à mes compatriotes de donner leur point de vue sur cette épineuse question du système éducatif algérien.
    Et si jamais mes critiques vous paraissent acerbes, c’est seulement parce que je suis aigri par la situation plus qu’alarmante à laquelle est arrivée notre société et en particulier l’école qui reste le principal creuset où se forgent les générations futures ; cette école sinistrée dont a sciemment et volontairement programmé la faillite totale et irréversible pour pouvoir asseoir son autorité sur un peuple abruti et abêti que seule une éducation effective aurait pu sauver de la soumission. Elbordji.
    P.S. : J’aurais bien aimé parler des diplômes qui avaient été gracieusement DISTRIBUES à des cancres dans le cadre des cours du soir et des autres qui avaient été DONNES en guise de récompense pour les anciens maquisards qui profitèrent des bonifications spéciales de points dans le cadre des avantages accordés aux anciens Moudjahiddines. Et puis pourquoi s’étonner de telles anomalies ubuesques puisque nous sommes le pays des miracles où tout doit être différent de ce qui se passe ailleurs. Elbordji.

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