Édition du
22 June 2017

Portrait d’un tueur en costume cravate.

 « Bachar, moi ou le chaos », portrait d’un tueur en costume cravate

Notre choix du soir. Antoine Vitkine tente de percer le mystère d’un homme qui n’avait pas vocation à accéder au pouvoir et s’attache à le conserver sans état d’âme (sur France 3 à 22 h 30).

LE MONDE | |Par Christophe Ayad

DOCUMENTAIRE SUR FRANCE 3 À 22 H 30

Mais qui donc est Bachar Al-Assad ? La marionnette d’un pouvoir occulte, un dictateur plus sanguinaire encore que son père Hafez ou un réformateur trop naïf dépassé par les événements ? Antoine Vitkine consacre un long documentaire à ce « dictateur impénétrable à l’allure de cadre supérieur » qui est au carrefour de presque toutes nos hantises du moment : la crise des migrants, le terrorisme djihadiste, les convulsions d’un Proche-Orient en pleine recomposition et nos relations avec Vladimir Poutine. Bachar Al-Assad est un miroir odieux de l’Occident : un tueur en costume cravate, qui maîtrise tous les codes de la communication moderne mais applique un mode de gouvernement hérité d’un autre âge.

La toute première scène du film, tournée par une équipe française en 2009 et montrée ici pour la première fois, résume bien le personnage. On l’y voit se rendre en voiture à l’opéra de Damas avec sa « glamoureuse » épouse Asma. Il conduit lui-même sa Mercedes gris métallisé, à l’instar du quidam qu’il aurait sans doute aimé rester. Tout sonne faux et pourtant tout est vrai, comme dans une émission de télé-réalité. Asma dit à son mari : « Mets ta ceinture de sécurité, sinon tu pourrais te faire arrêter par la police ! » Il rit d’une voix de fausset, avant d’expliquer avec le léger zézaiement qui lui est caractéristique qu’il se déplace sans escorte, parce que son pays est sûr. Bachar, dictateur ingénu.

Duplicité permanente

Là est tout le paradoxe de cet ophtalmologue de formation, propulsé au rang de prince héritier par la mort de son frère aîné, Bassel, dans un accident de voiture il y a exactement vingt-trois ans. Autant Bassel incarnait jusqu’à la caricature le « chef » arabe, viril et autoritaire, autant Bachar se veut différent. Il voudrait qu’on l’aime, d’où son extrême prévenance envers ses hôtes et son souci permanent de l’image et de la communication, sa difficulté à dire non. D’où, aussi, cette duplicité permanente que dissèque l’homme d’affaires Firas Tlass, un ancien intime passé à l’opposition.

Cette civilité, chez Bachar, se double d’une peur permanente de ne pas être à la hauteur. Stephen Hadley, ancien conseiller à la sécurité de la Maison Blanche, le résume d’une phrase : « Bachar n’a de cesse de prouver qu’il est à la hauteur de son père. » Pour le plus grand malheur des Syriens, il a largement dépassé son père en termes de bilan macabre. Comme le dit en substance Bouthaïna Chaabane, la conseillère média du chef de l’Etat : « Vous pensez que Bachar est comme vous parce qu’il porte un costume et une cravate, mais ­détrompez-vous, il est syrien, comme nous. » Un hommage ­particulièrement maladroit.

Bachar Al-Assad en mai 2015 en visite dans une école de Damas

C’est moins le cas en matière de diplomatie. Certes, Bachar Al-Assad, dans la plus pure tradition familiale, a réussi à transformer la contestation intérieure de 2011 en un problème international, comme le faisait déjà son père au Liban, en imposant l’idée que sans lui, le chaos s’imposerait en Syrie – ce qui est déjà le cas en fait. Mais, là où le père Hafez veillait toujours à garder la haute main sur ses alliés, le fils Bachar est complètement à leur merci, au point que Vladimir Poutine a imposé au régime des discussions en face-à-face avec l’opposition armée, lors des négociations d’Astana qui doivent s’ouvrir lundi 23 janvier. Avec l’Iran et le Hezbollah libanais, le rapport de force s’est également inversé : c’est Bachar Al-Assad qui est ­l’instrument de leur politique et non le contraire. Comme le résume bien l’historien Henry ­Laurens, Hafez Al-Assad avait réussi à transformer la Syrie moderne d’enjeu en acteur du Proche-Orient. Bachar a fait le trajet inverse.


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2 Commentaires sur cet article

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  • Nordine
    25 janvier 2017 at 15 h 50 min - Reply

    l’héritage de son pere il l’applique à la lettre les assad font partis d’une ethnie cele des nuseyrite une branche rawafidh (chiite) ses arrières parents des deux cotés étaient lors de l’occupation du Liban et de la Syrie de 1920 à 1936 étaient engagés parmi ceux qui faisaient la « police française » à Damas en particulier.
    ça ne vous rappel rien ? n’est pas la même pratique avec notre pays ? les fromages sont ils sortis sans assurés la continuité du pouvoir français ? les français n’ont ils pas mis les plus dévoyés, les plus impies, les plus dégueulasses de leurs populations ?
    Devinez ???
    La réponse on la vie ……..




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  • Djamel
    13 février 2017 at 19 h 52 min - Reply

    -Quelques remarques sur la famille Assad et sur le drame syrien . 1) Assad père le alaouite était un dictateur et un grand criminel. Il a rasé des villages entiers avec leurs populations et bien sûr uniquement des villages sunnites(le massacre de Hamma par exemple a fait selon les droits de l’homme 40 mille morts, quelques milliers selon le pouvoir). 2) Il faut le rappeler les Sunnites représentent 80% de la population syrienne, le reste de la population comprend 10% de Chrétiens et 10% de Alaouites, des kurdes et des druzes. 3) Toute l’armée syrienne après l’accession de Assad père au pouvoir, à la suite d’un coup d’État en 1970, a été dirigée par des officiers alaouites principalement, et presque tous sectaires.
    -Assad fils, après la mort de son père est placé au pouvoir au grand dam du peuple. C’est de l’Assad père copié collé. Ainsi,la famille Assad avait carrément squatté la Syrie avec ses habitants pendant plus de 40 ans. Le peuple n’en voulait plus et ne pouvait plus piffer ce pouvoir qui semblait s’éterniser de père en fils, et c’est normal. Encouragé par le printemps arabe, le peuple se révolte naturellement. Assad fils, aveuglé par le pouvoir (le pouvoir grise, le pouvoir enivre, le pouvoir aveugle, le pouvoir corrompt dit-on) et refusant toute transition pacifique, qu’il aurait pu accompagner d’ailleurs, encouragé par l’Iran réprime son peuple dans le sang. Les charognards occidentaux et sionistes à l’affut n’ont pas laissé passer l’occasion, ils infiltrent les différentes factions de l’opposition et les arment. La suite tout le monde la connait, des millions de morts et de blessés, un pays détruit, des millions de réfugiés et un drame de tout un peuple que nous suivons en direct. La Syrie devient un protectorat d’un Poutine sous les ordres de l’oligarchie mondiale sioniste et messianique. La famille Assad ayant refusé de puiser sa force de son propre peuple, elle l’a puisera ainsi de l’ennemi. Les adeptes du Grand Israël exultent, bientôt ils construiront le temple de Salomon et pourront annexer les territoires allant du Nil à l’Euphrate , tel que prophétisés par la bible juive. Nous, les arabes, leur facilitons grandement la tache, à ces adeptes du Dejjal.
    Assad n’a pas compris que « l’eau la plus pure qui puisse exister quand elle stagne, elle pourrit nécessairement ».
    Cela est le problème de la majorité des pays arabes et des pays sous développés. Un pouvoir illégitime qui refuse de puiser sa force du peuple, fatalement déviera tôt ou tard vers l’autoritarisme et la dictature sanguinaire, sa force il devra tôt ou tard la puiser de forces occultes toujours antinationales.
    Comprendrons-nous la leçon et pourrons-nous éviter la même catastrophe sachant que les mêmes charognards sont à l’affut ?




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