Édition du
25 September 2017

Tragédie Humaine et Pouvoir

 

Lorsque Ton Seigneur confia aux Anges: ‹Je vais établir sur la terre un vicaire ‹Khalifa›. Ils dirent: ‹Vas-Tu y désigner un qui y mettra le désordre et répandra le sang, quand nous sommes là à Te sanctifier et à Te glorifier? › – Il dit: ‹En vérité, Je sais ce que vous ne savez pas.› Coran (2:30)

Guerre et pouvoir sont le Janus de notre existence. La guerre fonde la tragédie humaine. Se poser la question de son origine, c’est se poser la question du pouvoir qui la façonne. Cette question est celle qui détermine dans son essence la nature du vicaire sur la terre, dévoilé par le Créateur aux Anges dans le verset cité plus-haut.

Mais se poser la question de l’origine de la guerre c’est aussi partir d’une constatation simple: on n’a jamais de pouvoir que celui qu’on vous reconnaît, de gré ou de force.

Quand bien même celui-là fût-il autoritaire ou de droit divin, ce pouvoir ne peut s’exercer que pour autant que celui qui le subit l’ait au préalable reconnu comme inévitable, nécessaire et dans l’ordre des choses.

Les philosophes classiques considèrent que le pouvoir comme étant un droit dont on serait possesseur comme d’un bien, et que l’on pourrait par conséquent transférer ou aliéner, d’une façon totale ou partielle, par un acte juridique ou un acte fondateur de droit qui serait de l’ordre de la cession ou du contrat.

Le pouvoir, c’est celui, concret, que tout individu détient et qu’il viendrait à céder, totalement ou partiellement, pour forger un pouvoir, une souveraineté politique. La constitution du pouvoir politique se fait donc sur le modèle d’une opération juridique qui serait de l’ordre de l’échange contractuel.

Dans une autre approche d’essence matérialiste il est postulé que le pouvoir a essentiellement pour rôle à la fois de maintenir des rapports de production et de reconduire une domination de classe que le développement et les modalités propres de l’appropriation des forces productives ont rendue possible. Dans ce cas-là, le pouvoir politique trouverait dans l’économie sa raison d’être historique.

On a alors un pouvoir politique qui trouverait, dans la procédure de l’échange, dans l’économie de la circulation des biens, son modèle formel. Le pouvoir politique aurait dans l’économie sa raison d’être historique, et le principe de sa forme concrète et de son fonctionnement actuel. Ce fonctionnement décline dans sa représentation la plus vile le concept de guerres économiques.

Si le pouvoir est bien en lui-même mise en jeu et déploiement d’un rapport de force, entrelacés à la trame de l’Histoire ; plutôt que de l’analyser en termes de cession, contrat, aliénation, au lieu même de l’analyser en termes fonctionnels de reconduction des rapports de production, ne faut-il pas l’analyser d’abord et avant tout en termes de conflits, d’affrontements ou de guerres.

Le mécanisme selon lequel le pouvoir fonctionne trouve son fondement dans répression. Il est alors la guerre ; la guerre continuée par d’autres moyens.

De ce fait, la politique est la guerre continuée par d’autres moyens. Ce qui voudrait dire que les rapports de pouvoir, tels qu’ils fonctionnent, ont essentiellement pour point d’ancrage un certain rapport de force établi à un moment donné, historiquement identifiable, dans la guerre et par la guerre.

Et, s’il est vrai que le pouvoir politique arrête la guerre, fait régner ou tente de faire régner une paix, ce n’est pas du tout pour suspendre les effets de la guerre ou pour neutraliser le déséquilibre qui s’est manifesté dans la bataille finale de la guerre.

Le pouvoir politique, dans cette vision, aurait pour rôle de réinscrire perpétuellement ce rapport de force, par une sorte de guerre silencieuse, et de le réinscrire dans les institutions, dans les inégalités économiques, dans le langage, et surtout dans les postures sociales.

On pourra alors avancer que la politique, c’est la guerre continuée par d’autres moyens ; c’est-à-dire que la politique, c’est la sanction et la reconduction du déséquilibre des forces manifesté dans la guerre.

Et surtout qu’à l’intérieur de cette paix, les luttes politiques, les affrontements à propos du pouvoir, avec le pouvoir, pour le pouvoir, les modifications des rapports de force dans un système politique, ne devrait être interprété que comme les continuations de la guerre.

On n’écrirait jamais que l’histoire de cette même guerre, même lorsqu’on écrirait l’histoire de la paix et de ses institutions.

Ceci voudrait dire encore que : la décision finale ne peut venir que de la guerre, c’est-à-dire d’une épreuve de force où les armes, finalement, devront être juges.

La fin du politique, ce serait la dernière bataille, c’est-à-dire que la dernière bataille suspendrait enfin, et enfin seulement, l’exercice du pouvoir comme guerre continuée – fondatrice de la tragédie humaine.

Défaire cette tragédie, dont il est à la fois la victime et le bourreau, est la seule mission duquel l’Homme fut investi.

Sa défaite dans ce combat est alors la défaite de tous les Prophètes et Sages passés, présents et à venir.

Khaled Boulaziz


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  • BOUDJELLAL
    18 avril 2017 at 19 h 25 min - Reply

     » Tout ce qui se conçoit bien s’énonce clairement « La Bruyère » ( les carctères ) j’avoue humlement que je ne comprends rien à ce galimatias et écrire aujourd’hui ses réfexions dans l’abstrait, c’est s’adresser à un auditoire conséquant ,
    surtout en ce temps où LA LANGUE DE MOLIERE A QUITE L’ALGERIE DEPUIS LONGTEMPS .
    I L NE FAUT PAS PRENDRE MA CRITIQUE POUR UNE FORME DE NUISANCE A VOS CAPACITES INTELLECTUELLES DIEU M’ENGARDE CE QUI ME CHAGRINE C’EST L’OPACITE DE VOS PROPOS QUI CONSTITUENT PEUT-ËTRE UNE
    CRITIQUE CACHEE DANS LE FLOU POUR LA GERENCE DE NOTRE PAYS ? CORDIALEMENT MOHAMMED*RACHID BOUDJELLAL




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