Édition du
24 June 2017

La langue du Coran, les périodes de la révélation et sa compilation

 

 

 

Par Tahar Gaïd

 

Le Coran est composé de versets qui composent des sourates au nombre de 114. Celles-ci sont de longueurs différentes. La plus longue (al-Mâïda = la Vache) comptent 286 versets et la plus courte 3 versets (an-Nasr = le secours). Les versets sont tantôt longs tantôt courts. Ils ont pour  particularité des extrémités qui comportent souvent des sortes d’assonances (sons se rapprochant les uns des autres). Cette singularité donne à la récitation du texte coranique un style original. La tête de chaque sourate, exception faite d’une seule, contient la formule (au Nom de Dieu le Tout Miséricordieux le Très Miséricordieux : la Basmala). Le Coran a été révélé, comme le précise la révélation, en une langue arabe claire. Pourtant, les linguistiques pensent que le texte coranique est construit de mots non-arabes d’où cette fausse accusation que certains de ses passages ont été formulés par la langue des populations non-arabes converties à l’Islâm.

 

Cette observation émane de certains orientalistes ou d’universitaires occidentaux qui se disent spécialistes en langue arabe ou en islamologie. Les uns et les autres relèvent des mots non-arabes. A cet effet, ils citent, par exemple, qanâtir sing. qintâr = quintal(S.3, 14), d’origine byzantine ; sundusu : soie (S.18, 31), d’origine persane. La conclusion qu’ils en tirent est celle-ci : Ces mots non-arabes ont été rajoutés, au texte originel qui était en « arabe pur », lors de la conquête de territoires perses et byzantins par les Arabes après la mort du Prophète. » Cette affirmation est discutable. Elle prête à sourire venant d’universitaires qui se targuent  de leur rigueur scientifique.

 

Al Qurtubî Al Ansârî a dit : « Il n’y a aucune divergence chez les Arabes à propos du fait que le Qur°ân contient des mots de constitution non-arabe et des noms de gens qui ne sont pas Arabes, comme Isrâ°îl, Jibrîl, ‘Imrân, Nûh et Lût. Cependant, ils sont en désaccord sur le fait de savoir s’il y a des mots, autres que des noms propres, qui soient non-arabes [aussi bien dans leurs constitutions que leur forme].

 

Al Qâdî Ibn At Tayyib [Al Bâqillânî], At Tabarî et d’autres pensent qu’il n’y a pas de mots non-arabes en lui et que le Qur°ân est exclusivement en langue arabe, et également que l’ensemble des mots que l’on peut y trouver apparentés à d’autres langues sont communs aux deux [langues], et qu’ainsi, les Arabes, les Perses, les Abyssins et autres, les utilisent communément.

 

Et certains ont dit que des mots n’appartenant pas à la langue arabe seraient bel et bien présents dans le Qur°ân mais que vu qu’ils sont très peu nombreux, cela n’empêcherait ainsi pas le fait que le Qur°ân soit d’un langage purement arabe et que le Prophète (p.p) parlait alors selon la langue de son peuple.

 

« Mishkat » (Sourate 24 – Verset 35) signifie « la niche », et « nasha°a » signifie « marcher dans la nuit » comme on le trouve dans « nâshi°ata-l-layl » (Sourate 73 – Verset 6) ; « qaswarah » (Sourate – Verset 51) signifie « le lion » et « kiflayn » (Sourate 57 – Verset 28) signifie « double ». Tout ceci est de l’abyssin. « Ghassâqq » (Sourate 38 – Verset 57) signifie « la faute » en turc. « Qistâs » (Sourate 17 – Verset 35 / Sourate 26 – Verset 182) signifie « balance » (ou équilibre) en grec. « Sijjîl » (Sourate 21 – Verset 104 / Sourate 15 – Âyah 74 / Sourate 105 – Verset 4) signifie « pierres » en perse. « Tûr » (Sourate – Verset 63 / Sourate 2 – Verset 93) signifie « la montagne » et « yamm » (Sourate 7 – Verset 136) signifie « la mer » en syriaque. Et « Tannûr » (Sourate 11 – Verset 40 / Sourate 23 – Verset 27) signifie « la surface de la terre » en perse.

 

Ibn ‘Atiyyah a dit : « La vérité concernant le contenu de ces mots est que leur origine est étrangère [à la langue arabe], mais les Arabes les ont utilisé et arabisé au point qu’ils sont désormais devenus arabes. A l’époque où le Qur°ân fut révélé dans leur langage, les Arabes s’étaient déjà imprégnés [de mots issus] d’autres langues suite au commerce et aux voyages. »

Ainsi de nombreux mots du Coran ont effectivement une origine non-arabe. Cependant, il est à faire remarquer qu’ils faisaient partie de la langue arabe avant la dernière révélation. La Parole divine reprenait ainsi les termes déjà usités par les Qurayshites. Ses prescriptions se révélaient donc bien intégralement en langue arabe.

 

Cette objection faite à la langue du Coran s’applique aussi, par exemple, à la langue française qui contient un certain nombre de vocabulaire d’origine arabe (algèbre), voire même anglaise (verdict), allemande (leitmotiv), italienne (sacoche) … Tous ces mots  étrangers appartiennent incontestablement, une fois assimilés, à la langue française. Pourquoi donc s’arrêter à la seule langue arabe pour « chercher des poux dans la tête d’un chauve ». De la même manière que les autres langues, il n’y a rien d’étonnant de relever des mots étrangers chez un peuple qui parle l’arabe avant l’avènement de l’Islam et qui a été longtemps en contact avec les populations voisines (Perses et Byzantins). Il n’y a rien de surprenant qu’emprunts et assimilations de mots étrangers soient des phénomènes courants dans l’histoire des langues.[1]

 

Voyons à présent si l’arabe du Coran correspond au seul parler des Quraysh. Au moment de l’apparition de l’Islam en terre d’Arabie, si les Arabes ne connaissaient d’unité politique, ils parlaient toutefois une langue commune : l’arabe. Il n’en restait pas moins que différentes versions de cette langue vernaculaire étaient pratiquées dans les régions de la Péninsule arabique. Des variantes distinguaient l’arabe de la région du Hijâz et celle de Najd, par exemple. Mieux encore, des différences se particularisaient au sein du même région. Ainsi, le parler des Quraysh se caractérisait par des spécificités par rapport au dialecte des Hawâzin, vivant pourtant à l’intérieur de la région du Hijâz. La Péninsule arabique ne se singularisait pas par rapport au reste du monde puisque nous retrouvons les mêmes phénomènes dans fans d’autres pays. Il en est ainsi en France des dialectes « gallo-romain » auparavant : langue d’oïl, parlée au Nord, langue d’oc courant dans le sud et franco-provençal en vigueur dans le Centre –Est du pays.

 

Le Coran a favorisé la fusion de ces différents parlers et a ouvert la voie à la formation de ce que nous appelons l’arabe classique. Mais, à l’origine, quel est le dialecte qui a prévalu et employé dans le Coran ?

 

Des ‘uléma, musulmans bien entendu, soutiennent que c’est l’arabe des Quraysh, tribu habitant la Mecque et à laquelle le Sceau des envoyés (p.p) appartenait. Ainsi, que nous l’avons dit plus haut, le langage qurayshite n’avait cours dans toute l’Arabie. Or, du moment que le Coran descendait en usant seulement de ce seul vocabulaire, cela signifiait qu’en dehors de la Mecque, les habitants des autres contrées ne comprenaient pas le sens de tous les mots de la révélation.

 

D’autres ‘uléma adoptent une position contraire et soutiennent que le Coran n’a pas été révélé dans le seul parler des Quraysh. Au contraire, la Parole de Dieu est descendue dans une langue arabe qui se superpose aux différents dialectes de la Péninsule. Cet aspect de la question pourra être clarifié en recourant à un avis autorisé, celui d’Ibn ‘Abbas, l’un des premiers commentateurs du Coran.

 

« La poésie est l’archive (diwân) des Arabes. Aussi lorsqu’il nous arrive de ne pas comprendre le sens d’un mot employé par le Coran, que Dieu a révélé dans la langue des Arabes, nous nous référons à leur archive et y recherchons le sens ». En effet, interrogé au sujet du sens de certains mots, il citait parfois un vers de la poésie antéislamique où ce mot a été utilisé. Questionné après la mort du Prophète (p.p) à propos de la signification de certains mots employés dans le Coran, Ibn ‘Abbâs disait parfois : « Ce mot signifie telle chose. Il relève du vocabulaire du dialecte des « Hawâzin » ou de « ‘Omane » ou encore de « Hudhay ».. » (Voir le livre : Itqân fî ‘ulûm al-Qurân Tome 1)

 

De son côté, Abû Bakjr al-Bâqillâni écrit : « Une partie conséquente du texte coranique a été révélée conformément au dialecte qurayshite. Le verset coranique disant que le Coran a été révélé « en langue arabe claire » indique apparemment qu’il a été révélé en sorte qu’il embrasse tous les dialectes des Arabes. Celui qui prétend que ce verset fait allusion au seul dialecte descendant de Mudar à l’exclusion de celles issues de Rabî’a, ou aux dialectes de ces tribus mudarites et de rabî’ites à l’exclusion de ceux pratiqués alors au Yémen, ou encore au dialecte des Quraysh à l’exclusion de ceux des autres, qu’il apporte des preuves. Le non « arabe » englobe au contraire et de la même façon tous les dialectes. » (Cité par Ibn Hajar, Fathu-l-Bârî, tome 9)

 

Il en résulte que d’éminents savants soulignent avec force que l’arabe utilisé dans le texte coranique n’appartient pas au seul parler des Quraysh tel qu’il était employé au début du 7 ième siècle. C’est plutôt une langue qui se superposait en quelque sorte aux particularismes des différents dialectes en usage à l’époque de la révélation.

 

Ceci dit à propos du vocabulaire coranique, il reste que des accents différents et que des formes morphologiques et syntaxiques différentes d’alors existaient entre les différentes régions de la Péninsule arabique. L’expression de ces différences dans la récitation du texte coranique avaient été rendues possibles  par le biais des ahruf ou qira.ât : les variantes de lecture que nous étudierons dans un chapitre spécial.

 

Révélation Mecquoise et Médinoise

 

Le Noble Coran est le Livre éternel de l’Islam. Il constitue l’âme de la da`wah islamique, la source motrice de sa doctrine, son lexique et le registre de son mouvement. Dieu accorda à Ses Prophètes des miracles en adéquation avec leur époque afin d’appuyer leur Message. Il donna à Moïse un bâton qui se transforma en un énorme serpent avalant les cordes des magiciens. De même, lorsqu’il mit sa main sur son côté puis la ressortit, elle était d’une blancheur éclatante, plus éblouissante que le soleil. Les Egyptiens avaient en effet excellé en magie et Moïse vint avec un miracle qui surpassait leur magie.

Jésus fut envoyé à une époque marquée par des progrès médicaux et des avancements dans le développement des remèdes. Dieu lui accorda alors des miracles dans ces mêmes domaines si bien qu’il put guérir l’aveugle-né et le lépreux, et ressuscita les morts, par la permission de Dieu. Muhammad, quant à lui, fut envoyé dans les terres des arabes, au milieu de personnes illettrées, excellant dans l’éloquence et les belles paroles, versifiées ou en prose. D’ailleurs, des rencontres culturelles et littéraires annuelles réunissaient, dans le marché de `Uqâdh, les poètes afin qu’ils exposassent au grand public leur production intellectuelle et littéraire. Lorsqu’un poème leur plaisait, ils le suspendaient à la Ka`bah pour l’inscrire dans la postérité et pour témoigner de leur fierté. Les arabes avaient coutume d’user de la prose rimée, de parler par phrases rythmées et donnaient beaucoup d’importance à la rhétorique. Ils jouaient sur la corde de l’émotion, employaient des procédés linguistiques et variaient leurs expressions, afin de séduire leur audience et l’éveiller.

 

La vie de Muḥammad (p.p) a été principalement partagée entre deux villes :

 

            La Mecque (Makka) : le Prophète de l’islam y passa la plus grande partie de son existence, depuis sa naissance, vers 570, jusqu’à son « émigration » (hijra, mot francisé en « hégire ») à Médine en 622.

 

            Médine (al-Madīna, littéralement « la ville [du Prophète] ») : Muḥammad (p.p) y séjourna jusqu’à son décès, survenu en 632.

 

La révélation coranique peut elle aussi être scindée en deux parties : une douzaine d’années à la Mecque (de 610 à 622) et une dizaine d’années à Médine (de 622 à 632).Traditionnellement, les 114 sourates qui constituent le Coran ont été réparties en deux catégories : mecquoises et médinoises. Le critère de cette classification peut être :

 

            Spatial : le caractère mecquois ou médinois d’une sourate dépend du lieu de sa révélation. Ainsi, les textes révélés à la Mecque sont considérés comme mecquois, ceux à Médine comme médinois. Notons que ce critère est peu utilisé car plusieurs passages ont été révélés ailleurs que dans ces deux villes.

 

            Temporel : le caractère mecquois ou médinois d’une sourate dépend de l’époque de sa révélation. Ainsi, les passages révélés avant l’hégire sont considérés comme mecquois, ceux après l’hégire comme médinois. Cette approche chronologique est la plus répandue car elle permet de classer tous le texte coranique et surtout de reconstituer son histoire.

 

Signalons qu’une sourate peut être intégralement mecquoise ou médinoise, mais peut aussi être un mélange de passages appartenant à ces deux catégories. Aussi, est-il plus pertinent – dans ces cas – de raisonner en termes de versets.

 

Reconstituer l’histoire d’un texte de plus de 600 pages (114 sourates, 6236 versets) révélé sur une période qui s’étend sur plus de deux décennies est une tâche ardue. Dans l’ensemble, les spécialistes musulmans y sont parvenus mais sans aboutir à un classement officiel qui fasse l’unanimité. De son côté, l’orientalisme s’est lui aussi penché sur cette question. On peut notamment citer les travaux de Theodor Nöldeke et de Régis Blachère

 

La « descente » du Livre sacré des musulmans s’est opérée par fragments et de façon non linéaire. Dans le Muṣḥaf, les sourates ne sont pas classées par ordre chronologique mais plutôt par ordre de longueur décroissant

 

Les premières révélations du Coran furent faites au Prophète (p.p) alors qu’il était à la Mecque Honorée. La révélation se poursuivit dans cette ville pendant treize ans, appelant les gens à embrasser la foi en Dieu et à vouer un monothéisme pur au Créateur. Le Noble Coran lutta contre l’adoration des idoles et des statues, rappela aux gens la Résurrection et le Jugement, projeta des images du retentissement de la Trompe [3], l’exode à partir des tombes, la distribution des registres des oeuvres, la pesée des oeuvres, le passage sur le Sirât, l’entrée des pieux au Paradis et la chute des mécréants en Enfer.

 

Par convention, les savants qualifient de mecquois le Coran révélé avant l’hégire et de médinois ce qui en fut révélé après l’hégire, en référence aux villes de la Mecque et de Medine. Les sourates mecquoises représentent environ 19/30ème du Coran alors que les sourates médinoises représentent 11/30ème, sur un total de 114 sourates. Quatre-vingt-deux sont mecquoises à l’unanimité, vingt sont médinoises à l’unanimité et douze sourates font l’objet de divergences quant à leur caractère mecquois ou médinois.

 

Les vingt sourates médinoises sont : Al-Baqarah, Âl `Imrân, An-Nisâ’, Al-Mâ’idah, Al-Anfâl, At-Tawbah, An-Nour, Al-Ahzâb, Muhammad, Al-Fath, Al-Hujurât, Al-Hadîd, Al-Mujâdalah, Al-Hashr, Al-Mumtahanah, Al-Jumu`ah, Al-Munâfiqûn, AtTalâq, At-Tahrîm et An-Nasr.

Les sourates qui font l’objet de divergence sont : Al-Fâtihah, Ar-Ra`d, Ar-Rahmân, AsSaff, At-Taghâbun, At-Tatfîf, Al-Qadr, Lam Yakun [6], Idhâ Zulzilat [7], Al-Ikhlâs et les deux sourates préservatrices. Les quatre-vingt-deux sourates restantes sont mecquoises.

Les sourates mecquoises sont généralement courtes, rythmées et riches en rimes. Les principaux thèmes qu’elles abordent concernent Dieu (son existence et son unicité), les récits des précédents prophètes et messagers de Dieu, la responsabilité de l’homme face à ses actes, la Résurrection, le Jugement dernier, le paradis, l’enfer, etc. La formule d’appel est du type : « Ô vous les hommes… ». L’islam et la mission prophétique sont à leur début : l’accent est mis sur le dogme. Quant aux sourates médinoises, elles se caractérisent par leur longueur (et celle de leurs versets). La prose est moins rythmée et présente moins d’assonances. Les sujets traités sont principalement d’ordre législatif et juridique. Les relations avec les Gens du Livre (juifs et chrétiens) sont aussi abordées. La formule d’appel « Ô vous qui croyez… » est fréquente. Ces révélations visent à organiser la nouvelle société des croyants et à structurer le jeune état musulman de Médine.

 

La révélation mecquoise s’adressa à ces Arabes. C’est la Parole de l’Audient, du Voyant, du Compatissant, le Parfaitement Connaisseur, qui créa l’homme et qui sait, mieux que quiconque, ce que l’âme de l’homme lui suggère. C’est ainsi que Dieu révéla le Coran, au paroxysme de l’éloquence. Plus encore, le Coran atteignit dans ce domaine un degré inaccessible, un rang hors concurrence. Quand les Arabes adressèrent à Muhammad toutes sortes d’accusations mensongères et racontèrent à son sujet bon nombre d’histoires – ils dirent tour à tour qu’il était magicien, poète, devin et qu’il inventait des légendes – le Noble Coran les défia de produire un Livre semblable au Coran, ou d’inventer dix sourates comme celles du Coran, ou même une seule ! Puis le Coran inscrivit dans l’éternité leur incapacité à faire cela et déclara ce défi, pour eux et les autres : « Dis : ‹Même si les hommes et les djinns s’unissaient pour produire quelque chose de semblable à ce Coran, ils ne sauraient produire rien de semblable, même s’ils se soutenaient les un les autres› »

 

Lorsque nous prenons connaissance des caractéristiques de chacune des cent quatorze sourates du Coran, la date de leur révélation ainsi que l’ordre dans lequel elles furent révélées, nous mesurons l’effort colossal fourni par les savants devanciers pour préserver ce Livre honoré et classifier les sourates selon divers critères : les premières sourates révélées et les suivantes, les sourates révélées nuitamment et celles révélées de jour, celles révélées en été et celles révélées en hiver, celles accompagnées d’un cortège d’anges et celles révélées simplement, celles qui sont elliptiques et celles à vocation explicative, celles qui furent révélées à Al-Juhfah, à Jérusalem, à Tâ’if ou encore à Al-Hudaybiyah.

Il s’en fallut de peu pour que chaque sourate possédât un registre spécial traitant de ses versets, la date de sa révélation, les circonstances entourant sa révélation, les prescriptions qu’elle contient, sa part de versets abrogeants et de versets abrogés, les versets explicites et les versets ambigus, les versets généraux et les versets spécifiques. Ils dressèrent également l’inventaire des versets médinois que recèlent les sourates mecquoises et inversement. Ils notèrent :

 

– les sourates emmenées de la Mecque à Médine et inversement,

– celles emmenées de la Mecque en Abyssinie,

– celles révélées à la Mecque mais considérées comme médinoises

– celles révélées à Médine mais considérées comme mecquoises,

– celles révélées à la Mecque à propos des habitants de Médine

– et celles révélées à Médine à propos des habitants de la Mecque, celles parmi les sourates médinoises dont la révélation s’apparente aux sourates mecquoises et inversement… soit plus de vingt catégories qui interdisent à celui qui les méconnaît et ne peut les distinguer de se prononcer à propos du Livre de Dieu le Très-Haut – selon les imâms des sciences du Coran.

 

Trois étapes pour la révélation mecquoise

 

Forts de notre connaissance du registre de chaque sourate, la date et l’ordre de sa révélation, nous pouvons répartir les sourates mecquoises selon trois phases distinctes.

 

La toute première phase dans l’histoire de la da`wah comporte les sourates suivantes : Al-`Alaq, Al-Muddaththir, At-Takwîr, Al-A`lâ, Al-Layl, Ash-Sharh, Al-`Âdiyât, At-Takâthur et An-Najm. Les sourates de cette période sont caractérisées par leur extrême concision, la brièveté des versets, l’harmonie des transitions, la variation du discours entre l’injonction, l’interdiction, l’interrogation et le souhait, le choix des termes, la matérialisation des abstractions, la personnification et l’attribution de mouvements, de vie et de discours à des objets inanimés. Les sourates sont alors autant de scènes évocatrices, de spectacles fantastiques et vivants, inscrits dans un appel à dessein trouvant son chemin vers les coeurs et s’écoulant à l’intérieur des esprits calmant leur orgueil, rectifiant leurs travers grâce aux vérités éclatantes qu’il expose à propos de l’univers et de ses scènes, la création, la résurrection, le commencement et le retour.
Le Noble Coran relate également dans cette phase de courts récits sur les prophètes précédents et les nations passées en guise d’avertissement aux polythéistes et à titre de soutien aux croyants. Il montre également que la religion est une dans ses fondements et ses croyances et que l’islam est un appel général embrassant l’ensemble de l’humanité.

La phase mecquoise intermédiaire comporte les sourates `Abasa, At-Tîn, Al-Qâri`ah, Al-Qiyâmah, Al-Mursalât, Al-Balad et Al-Hijr. Les sourates de cette période conservent la brièveté de leurs versets et le rythme des transitions, sauf que certaines sourates commencent à être plus longues, de même que certains versets s’allongent à leur tour. On peut dire que cette phase clarifie la précédente et détaille les questions qui y sont abordées. Pendant la première phase, le Coran aborde en effet la foi, le commencement et la résurrection, la rétribution, la révélation et le jugement, sans entrer dans les détails de ses questions, ni développer un argumentaire. Dans la phase intermédiaire, il passe en revue ces questions clarifiant l’idée sous-jacente, développant les arguments, apportant des démonstrations et citant des preuves historiques, cosmologiques et psychologiques pour appuyer son message et incliner les esprits par la sagesse et la bonne exhortation.

 

La troisième et dernière phase comporte les sourates AsSâffât, Az-Zukhruf, Ad-Dukhân, Adh-Dhâriyât, Al-Kahf, Ibrâhîm et As-Sajdah. Les sourates et les versets s’y distinguent par leur longueur et l’apparition de quelques lettres disjointes au début de certaines sourates. Le discours s’y adresse à l’humanité entière et non pas seulement aux habitants de la Mecque. On y expose certains sujets relevant du ghayb [9] tels que l’Essence de Dieu, les anges et les dijinns, les prophètes et les saints [10], les miracles et les prodiges. Cette phase illustre également la foi monothéiste dans un nouveau style ; on y rappelle également les vertus de l’obéissance à Dieu et à Son Messager, préparant le terrain aux prescriptions et obligations qui allaient être détaillées à Médine.

 

Je voudrais insister sur le fait que cette répartition émane d’une appréciation individuelle basée sur les caractéristiques prédominantes et non pas sur des qualités distinctives, car le Coran, que ce soit à la Mecque ou à Médine, du début à la fin, est la Parole de Dieu le Très-Haut le Tout-Puissant. Il sait parfaitement ce qui convient le mieux à chacun et voit parfaitement les besoins de l’audience. Ainsi était-il plus approprié de s’adresser aux habitants de la Mecque avec des versets courts et de les appeler à la foi et à la noblesse des caractères. Puis, Il leur apporta progressivement les preuves et étaya l’idée, tout comme ferait un enseignant pédagogue avec ses élèves en commençant par des sourates courtes, puis moyennes, et ainsi de suite, les instruisant graduellement et leur faisant aimer sa matière.

 

Cependant, on notera la présence de versets mecquois parmi les versets de certaines sourates médinoises sans pour autant que cela ne se ressente au plan de la cohérence et de l’harmonie. Au contraire, on est même étonné par l’unité du discours, la perfection des jonctions, la beauté et l’harmonie du rythme. Le Coran est ainsi comme un long collier aux perles régulières ou une loi posée dont les principes et les finalités sont fortement articulées.

 

On peut à loisir choisir une sourate du Coran et parcourir ses versets par la pensée et l’examiner de près par deux fois : comment débute-t-elle ? Comment se termine-t-elle ? Comment ses prémices s’allient-elles à ses conclusions et comment son début renvoie à sa fin ? En filigrane, on voit par ailleurs dans l’ensemble de la sourate une orientation précise conduisant à une finalité particulière, tout comme le corps possède une structure unie faite de divers organes dont les fonctions sont différentes mais collaborent pour la réalisation d’un même objectif. Ceci ne montre-t-il pas que l’agencement coranique n’est pas le fait des hommes mais plutôt l’oeuvre de l’Expert et Omniscient ? Vraie est Sa Parole : « Ne méditent-ils donc pas sur le Coran ? S’il provenait d’un autre que Dieu, ils y trouveraient certes maintes contradictions ! » (S.4, An-Nisâ’, les femmes, verset 82)

 

Raison de la fragmentation du Coran

 

Il est bien connu que le Noble Coran n’est pas descendu sur le Prophète (p.p) en un seul bloc, mais qu’il lui a été révélé par fragments tout au long des vingt-trois années de sa Noble Mission. « (Nous avons fait descendre) un Coran que Nous avons fragmenté, pour que tu le lises lentement aux gens. Et Nous l’avons fait descendre graduellement.» (S. 17, 106).

 

La sagesse de cette répartition réside aussi dans le fait que le Coran provient du monde céleste de l’Inaccessible (`âlam al-ghayb) pourvu d’une force et d’une intensité à la mesure de sa magnificence. `Â’ishah a dit : « J’ai vu le Prophète recevoir la révélation des jours où il faisait très froid et malgré le froid glacial la sueur lui perlait au front. »

 

Dieu a fait que la descente de Son Livre s’étala sur la durée de la mission prophétique si bien qu’elle apaisait son cœur et le raffermissait. Le Coran devint ainsi une provision continue procédant progressivement à l’éducation de la communauté musulmane en puissance tant par les préceptes que par l’action, et se renouvelant au fur et à mesure des événements. Chaque fois qu’une chose nouvelle survenait, la portion correspondante du Coran était révélée et Dieu exposait les prescriptions qui convenaient. «Et ceux qui ne croient pas disent : « Pourquoi n’a-t-on pas fait descendre sur lui le Coran en une seule fois ? » Nous l’avons révélé ainsi pour raffermir ton cœur. Et Nous l’avons récité soigneusement. Ils ne t’apporteront aucune parabole, sans que Nous ne t’apportions la vérité avec la meilleure interprétation.» (S .25, 32 et 33)

 

La lecture du Coran est un acte de culte, il représente en lui-même un défi pour les toutes les créatures ; il est préservé par Dizu, le Seigneur de l’Univers : «Et c’est certainement un Coran noble, dans un Livre bien gardé  que seuls les purifiés touchent ; il est une révélation de la part du Seigneur de l’Univers.» (S. 56, 77-80)

 

Qui a décidé du classement des versets et sourates du Coran ?

 

Le texte coranique a cette particularité qu’il a été révélé sur une période de 23 années au Prophète Muhammad (p.p). Or, le texte du Coran tel qu’il se présente à nous ne reprend pas l’ordre chronologique de ces révélations (ni en ce qui a trait au classement des sourates les unes par rapport aux autres, ni en ce qui relève du classement des versets à l’intérieur des sourates).

 

En même temps qu’au fur et à mesure de sa révélation, le Coran est conservé dans les mémoires des hommes et récité chaque jour dans les 5 prières obligatoires. Ses versets sont mis par écrit sous la direction du Prophète (p.p). Après chaque révélation, en effet, le Prophète (p.p) dicte à un de ses scribes aussi bien le texte de celle-ci que la sourate où il faut l’insérer.

 

La classification des versets les uns par rapport aux autres ne se fait donc pas selon l’ordre chronologique de leur révélation, mais suivant un ordre différent. Celui-ci suit les indications du Prophète lui-même (Al-Itqân, p. 189). Uthman, un des compagnons de ce dernier, devait raconter plus tard : « Lorsque plusieurs versets étaient révélés au Prophète, celui-ci appelait des personnes sachant écrire et leur disait : « Placez ces versets dans telle sourate, celle où sont mentionnés tels et tels sujets «  »

 

A l’intérieur d’une sourate donnée, les phrases qui en composent le texte coranique ne font l’objet d’aucune divergence entre les musulmans. Par contre, quelles sont les fins de versets, qui découpent ces phrases ; et, partant, quelle est la place de l’extrémité de certains versets, cela fait l’objet de divergences d’opinions pour 74 des 114 sourates du Coran (cf. Al-Itqân, pp. 210-217). Ainsi, en ce qui concerne la sourate Al-Ikhlâs (112ème sourate du Coran), cette divergence existe : selon certains ulémas, son texte est découpé en quatre, selon d’autres en cinq versets. Pour ce qui est de la sourate Al-‘Asr (103ème sourate du Coran), les ulémas sont d’accord sur le fait que son texte est composé de 3 versets ; par contre, ils divergent quant au fait de savoir où se situe l’extrémité du 1er et du 2nd versets : selon certains, le premier verset prend fin sur les mots « wa-l-‘asr« , le second sur « khusr« , et le troisième sur le dernier mot de la sourate ; selon d’autres, le premier verset prend fin sur les mots « khusr« , le second sur « bi-l-haqq« , le troisième sur le dernier mot de la sourate. Il est clair que ce genre de divergences n’entraîne aucune différence par rapport au texte coranique lui-même.

 

Le classement des sourates les unes par rapport aux autres :

 

Le classement de toutes les sourates les unes par rapport aux autres n’a pas été fait par le Prophète (p.p) selon l’avis d’Ibn ‘Atiyya, (Al-Itqân). Il ressort de certains Hadîths que l’ordre de certaines sourates seulement (les unes par rapport aux autres) avait été fait du vivant même du Prophète (p.p). Il semble ainsi qu’il l’avait fait pour les sourates allant de Qâf à an-Nâs (selon ce qui ressort d’une parole rapportée par Abû Dâoûd, n° 1393, et Ibn Mâja, n° 1345). Cependant, il ne l’a pas fait pour les sourates al-Anfâl et at-Tawba. C’est bien pourquoi la commission chargée par Uthmân de préparer des copies du Coran eut recours au raisonnement au sujet de ces deux sourates. Ibn Abbâs raconte ainsi : « J’ai dit à Uthmân :

 

– Qu’est-ce qui vous a poussé à prendre la sourate al-Anfâl – qui fait partie des mathânî – et la sourate Barâ’ah [= at-Tawbah] – qui fait partie des mum’în –, à les joindre l’une à l’autre, à ne pas écrire la ligne « Bismillâh ir-rahmân ir-rahîm », et à les placer toutes deux parmi les sourates as-sab’ at-tuwal ?

 

– Quand le Prophète (p.p), me dit Uthmân, recevait en révélation quelque partie du Coran il appelait quelque scribe et disait : « Placez ces versets dans telle sourate ».

 

«’Uthmân poursuit son explication : « La sourate al-Anfâl faisait partie des sourates à avoir été révélées dans les premières années de son installation à Médine, et la sourate Barâ’ah parmi les dernières à lui avoir été révélées. Le thème de ces deux sourates est voisin. Mais le Prophète est mort sans nous avoir dit [contrairement à ce qu’il faisait pour les autres sourates] si Barâ’ah faisait partie de al-Anfâl [ou pas]. C’est pourquoi j’ai joint l’une à l’autre, n’ai pas écrit la ligne « Bismillâh ir-Rahmân ir-Rahîm » et les ai placées parmi as-sab’ at-tuwal » (rapporté par Abû Dâoûd, n° 876, at-Tirmidhî, n° 3086, an-Nassâï, Ibn Mâja, authentifié par Ibn Hibbân : cf. Fat’h ul-bârî, tome 9 p. 29).

 

C’est-à-dire que, ne sachant pas s’il s’agissait de deux sourates distinctes ou bien d’une seule, la commission des Compagnons qui a préparé les copies du Coran ont eu recours à une solution intermédiaire, alliant les deux possibilités : Ils ont gardé deux dénominations différentes, montrant qu’il peut effectivement s’agir de deux sourates distinctes, mais ils n’ont pas écrit « Bismillâh ar-rahmân ar-rahîm » entre les deux, montrant qu’il peut tout aussi bien s’agir d’une seule et même sourate.

 

Conclusion : L’ordre du classement de tous les versets les uns par rapport aux autres a été indiqué par le Prophète (p.p). Par contre, l’ordre du classement de seulement une partie des sourates les unes par rapport aux autres a été indiqué par le Prophète (p.p) ; pour les autres sourates, l’ordre de classement que nous connaissons aujourd’hui est dû à des Compagnons.

 

Les compilations écrites du Coran

 

Un an après le décès du Prophète, la guerre du Yamâmah causa la mort de centaines de récitants du Coran, les chiffres variant de 70 à 450. Cet événement poussa le calife Abou-Bakr à rassembler l’ensemble du Coran en un livre unique, sous l’instigation du futur calife ’Omar, dit-on. [8] Ce fut la deuxième compilation. Ainsi, ’Omar ordonna que tous ceux qui possédaient un manuscrit de versets l’apportent pour que les versets soient ajoutés à l’ensemble et aucun verset n’était accepté, pas même s’il était apporté par un des scribes du Prophète, sans qu’au moins deux personnes témoignent de la validité du verset, c’est-à-dire qu’ils témoignent que ce verset avait été transcrit directement sous la supervision du Prophète. L’histoire et les commentaires du Coran sont en soi des preuves de l’extrême méticulosité qui fut portée au rassemblement du Coran à cette occasion.

 

Le scribe Zeyd, secondé par ’Omar Ibn al-Khattâb, fut choisi par le calife pour mener à bien cette compilation. Ce travail commença en l’an 13 de l’hégire (633) et dura quatorze mois. Cette compilation est le Coran tel qu’il est connu aujourd’hui. Une unique version fut donc préparée, et conservée par Abou-Bakr jusqu’à son décès. Puis ce fut le second calife ’Omar, qui le conserva, et finalement Hafsa, sa fille et épouse du Prophète. Le calife ’Othmân copia ce Coran en deux exemplaires et il fut finalement détruit – certains disent brulé, d’autres disent lavé, d’autres disent déchiré, par Marvan, le calife omeyyade – [9], mais il avait déjà été copié et distribué dès l’an 30, après la troisième compilation (qui a conduit à l’unification de tous les exemplaires) ; et c’est le Coran aujourd’hui existant dans la communauté musulmane qui veille sur son intégrité.

 

Les Corans personnels

 

Avant l’ordre de rassemblement des versets et sourates épars, il était courant, surtout pour les premiers musulmans et les Compagnons du prophète, d’avoir des Corans propres, c’est-à-dire des Corans comportant uniquement quelques versets ou sourates, qui n’étaient pas intégraux et dont l’ordonnance était également variable d’un exemplaire à l’autre. Ces Corans étaient des quasi-titres de noblesse et donnaient un prestige immense à leurs propriétaires. On cite 23 de ces exemplaires dont les noms des propriétaires soient parvenus jusqu’à nous. Aucune de ces compilations n’a été découverte à ce jour et les plus anciennes pages des Corans trouvées datent d’après l’unification. Durant ces années, les musulmans utilisèrent ces compilations souvent incomplètes éparses et certaines d’entre elles avaient également des spécificités graphiques basées sur les différences de récitations ou d’accents. Le Coran qui existe aujourd’hui est entendu dans l’accent mecquois des Quraysh et au moment de son rassemblement par Zeyd, un groupe de lettrés et de poètes qurayshites fut chargé de s’assurer de la justesse de la prononciation. Ces diverses compilations, surtout celles qui étaient intégrales, avaient chacune leurs défenseurs.

 

L’unification des compilations à l’époque du calife ’Othmân

 

Avec le développement et la diffusion de l’islam dans des pays non-arabophones et les difficultés de prononciation de ces peuples, ainsi que les particularités des différents accents arabes de la péninsule elle-même, une demande en traduction se montra très tôt, ainsi qu’une pression pour l’acception de toutes les prononciations existantes. D’un autre côté, les récitants avaient chacun leur propre manière de lire et chacun était libre de suivre l’une de ces récitations. Ainsi, des problèmes sérieux avaient surgi en matière de lecture coranique et de prononciation phonétique à l’époque du calife ’Othmân. Une organisation, un groupe fut mis en place, encore une fois sous la direction de Zeyd, pour unifier toutes les compilations existantes. Durant cette unification, toutes les compilations différentes, y compris la compilation d’Abou-Bakr, furent comparées ensemble.

 

Cette comparaison des différentes compilations fut le secret du succès de cette unification car à cette époque, chacune des compilations avait ses défenseurs qui s’accusaient mutuellement d’hérésie. De plus, parallèlement à la comparaison, la même méthode utilisée pour compiler le Coran à l’époque d’Abou-Bakr fut utilisée pour vérifier la validité des versets et sourates de chaque compilation. Ainsi, un nouveau Coran fut transcrit avec une grande attention, non seulement dans la vérification de l’authenticité des versets et des sourates et de leur ordonnance, mais aussi du choix de leur graphie. A l’époque, l’écriture arabe était encore en formation et chaque mot pouvait être orthographié de plusieurs manières. Les scribes se montrèrent très attentifs à utiliser exactement la même graphie pour chaque mot et ses dérivés et ainsi ce Coran fut aussi parfaitement homogène graphiquement. Quand il y avait des différences d’avis sur la phonétique d’un mot selon les différences de récitations, on transcrivait le mot avec une autre orthographe dans un autre manuscrit, pour ne pas mélanger les graphies.

 

C’est-à-dire qu’on conserva les différentes récitations à l’écrit de façon indépendante les unes des autres. Quant aux récitations, on n’accepta que celles qui étaient le plus en accord avec la récitation du Prophète lui-même. Malik Ibn Amir, qui était membre du groupe de vérification raconte : « Quand il existait une divergence d’opinion sur un verset, et si par exemple, ce verset avait été récité par le Prophète à une personne, on le transcrivait en laissant un espace blanc, puis on allait chercher la personne à qui le Prophète l’avait récité et ce dernier témoignait de la prononciation du Prophète. Son témoignage était vérifié et s’il était validé, le verset était définitivement transcrit. »

 

Ainsi, l’immense œuvre de transcription définitive du Coran à l’époque du calife ’Othmân se fit sans heurts et sans dissensions. Après la compilation définitive, le calife ’Othmân ordonna le rassemblement de toutes les compilations personnelles et de tous les manuscrits coraniques existants, puis il en ordonna la destruction totale. On sait qu’effectivement la plupart des manuscrits furent détruits à ce moment, mais certains ont refusé de rendre le leur et au fil de l’Histoire, certains de ces manuscrits ont parfois réapparus. Pourtant, les deux seules compilations intégrales dont on sait qu’elles n’ont pas été détruites à l’époque sont celle de l’Imâm ’Ali (quatrième calife), qui demeura dans sa famille et celle de ’Abdollâh. Deux siècles plus tard, le grand libraire et collectionneur persan Ibn Nadim, auteur de la plus ancienne bibliographie du monde musulman, dit avoir vu ce Coran chez Abou Yalâ, un des descendants du Prophète. Quant à la date exacte de cette compilation, les avis des historiens divergent, mais au vu des documents existants, cette compilation a probablement commencé vers la fin de l’an 24 de l’hégire ou au début de l’an 25 et s’est terminée avant l’an 30, soit sur une durée d’environ cinq années.

 

Cette œuvre du calife ’Othmân est sans conteste l’une des grandes victoires de l’islam. Au fil des siècles, d’incessants débats ont eu lieu autour du Coran et sur son contenu, mais les millions de musulmans, même aujourd’hui, n’ont jamais eu affaire à des versions différentes et il n’existe définitivement qu’un seul Coran.

 

 

 

 

 

 

[1] Pour ceux et celles qui veulent approfondir cette question d’emprunts de langes étrangères et les réponses qui y sont apportés, trouveront plusieurs textes en annexe.


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6 Commentaires sur cet article

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  • al_mansour oul mohamed
    27 avril 2017 at 19 h 50 min - Reply

    la vache = al baqara non al maida qui la table ou le repas.la plus courte sourat je pense que c est al kawthar 3 ayates.merci




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  • La langue du Coran, les périodes de la révélation et sa compilation | Presse et Actualité – Revue de Presse Généraliste
    29 avril 2017 at 12 h 50 min - Reply

    […] Cette objection faite à la langue du Coran s’applique aussi, par exemple, à la langue française qui contient un certain nombre de vocabulaire d’origine arabe (algèbre), voire même anglaise (verdict), allemande (leitmotiv), italienne (sacoche) … Tous ces mots  étrangers appartiennent incontestablement, une fois assimilés, à la langue française. Pourquoi donc s’arrêter à la seule langue arabe pour « chercher des poux dans la tête d’un chauve ». De la même manière que les autres langues, il n’y a rien d’étonnant de relever des mots étrangers chez un peuple qui parle l’arabe avant l’avènement de l’Islam et qui a été longtemps en contact avec les populations voisines (Perses et Byzantins). Il n’y a rien de surprenant qu’emprunts et assimilations de mots étrangers soient des phénomènes courants dans l’histoire des langues.[1] […]




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    • amar
      3 mai 2017 at 16 h 57 min - Reply

      Oui vous avez tout à fait raison cher Monsieur; un des éléments clés de l’islam c’est combattre l’égoisme quelqu’il soit; personnellement ayant moi même musulam je ne vois pas l’utilisation de certains mots arabes par d’autres langue » english or french » je dirait que je suis même fière de sa.




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  • amar
    3 mai 2017 at 16 h 52 min - Reply

    Esaalam aliyk’m ; barak allah fik ya cheikh pour cet article très bénéfique a mes yeux; au même temps je voulais juste le renforcer par quelques connaissances la je donne l’exemple d’un grand poète arabe avant la venue de l’islam ; il s’agit d’abou taib el moutanabi qui maitrisait bien le sujet arabe « grammaire’la venue de l’islam donc n’a fait que améliorer cette langue « el fosha » et l’a rendre jolie! » barak allah fik ya cheikh.




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  • aboumansour
    13 mai 2017 at 15 h 09 min - Reply

    Le Saint Coran : Qoriâ fi masr; Toubiâ fi Istanbul wa houfida fi el maghreb el arabi ainsi disent les grand savants, si on se réfère a la réalité certes les egypriens sont les meilleurs en matière de maitrise de langue, les turques quand t-à eux ont toujours prit de l’avance en matière de technologie, enfin les maghrebins ont démontrés a multiples reprises qu’ils sont les meilleurs dans les citation du coran.




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  • Abou Zawra
    11 juin 2017 at 17 h 36 min - Reply

    Il n y a pas de langues pures sans emprunt aux autres langues.Il n y a pas de langue tombée du ciel,toutes les langues sont des créations humaines.L’arabe écrit est la langue du Coran mais elle n’est la langue maternelle d’aucun algérien et d’aucun maghrébin.C’est le drame des pays dits arabes,une langue officielle et artificielle que personne ne parle en dehors de l’école et des langues populaires méprisées,sous estimées et sans statut.




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  • Congrès du Changement Démocratique