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23 June 2017

« Panama papers » : le business offshore de l’Algérien Ali Haddad et de ses partenaires turcs

Les archives du cabinet Mossak Fonseca révèlent que le patron des patrons algériens est le bénéficiaire d’une compagnie immatriculée aux îles Vierges britanniques.

Qui ne connaît pas Ali Haddad, PDG du groupe algérien ETRHB Haddad et président du Forum des chefs d’entreprise (FCE), le patronat algérien ? L’homme de 52 ans, incontournable en Algérie au point qu’Emmanuel Macron, alors candidat à l’élection présidentielle française, l’a rencontré le 14 février lors de sa visite dans le pays, est dans les petits papiers du président, Abdelaziz Bouteflika… mais également dans les « Panama papers », ces fichiers provenant des archives du cabinet panaméen Mossack Fonseca, spécialiste de la domiciliation de sociétés offshore.

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Selon les documents et courriels obtenus par le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung et le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) sur lesquels ont travaillé plus de 100 rédactions (dont Le Monde), Ali Haddad apparaît comme le bénéficiaire économique d’une compagnie enregistrée par Mossack Fonseca en novembre 2004 aux îles Vierges britanniques. Kingston Overseas Group Corporation (KOGC) est administrée par son fondé de pouvoir, Guy Feite, un Français établi au Luxembourg, qui gère par ailleurs une société offshore au Panama pour le compte d’Abdeslam Bouchouareb, le ministre algérien de l’industrie et des mines. Sollicités à plusieurs reprises, ni Ali Haddad ni Guy Feite n’ont souhaité répondre aux questions du Monde.

Coquille vide

KOGC dispose d’un compte ouvert dans une agence de la banque HSBC située dans le luxueux quartier de Knightsbridge, dans le centre de Londres. Selon les documents en notre possession, le revenu déclaré au titre de l’année précédant l’ouverture du compte, en février 2008, était de 67 000 livres sterling (environ 88 000 euros à l’époque) et le revenu prévu pour les douze mois suivant l’ouverture du compte était de 2,43 millions de livres sterling. Avant l’ouverture de ce compte, une autre compagnie gérée par Guy Feite, Campbell Management Inc., a été désignée pour administrer KOGC.

Spécialisée, selon ses statuts, dans les investissements immobiliers, KOGC est elle-même, depuis janvier 2005, l’administratrice d’une autre compagnie offshore, panaméenne celle-là, également fournie par Mossack Fonseca à Guy Feite : Markham Financial Services Corp. Cette dernière est, depuis le 23 avril 2009, associée dans une autre coquille vide domiciliée au Nevada, aux Etats-Unis : Marbury International Business Group LLC. Le montage est parfait et le nom du patron du groupe ETRHB Haddad n’est apparu qu’à l’occasion d’un inventaire réalisé par Mossack Fonseca, qui a contraint Guy Feite à communiquer dans un courriel datant du 13 avril 2010 les noms des bénéficiaires économiques de quelque 70 compagnies administrées par sa société, la Compagnie d’étude et de conseil (CEC). CEC a alors informé son fournisseur de compagnies offshore qu’Ali Haddad était le bénéficiaire économique de KOGC.

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Créé à la fin des années 1980, l’Entreprise des travaux routiers, hydrauliques et bâtiments a été restructurée en 2004 pour prendre la forme qu’on lui connaît aujourd’hui. ETRHB Haddad est désormais le premier groupe privé de travaux publics d’Algérie. Ali Haddad détient près d’un cinquième des actions du groupe, où il est associé avec ses cinq frères. Ils ont 16 % chacun, les 4 % restants étant répartis entre les six frères à travers Housing Construction Haddad, une société de promotion immobilière.

Un chiffre d’affaires multiplié par cinq en huit ans

ETRHB Haddad s’est diversifié en investissant dans la fabrication de matériaux de construction, l’importation, la transformation et le négoce de bitume, la promotion immobilière et le tourisme. Il est également présent dans le secteur des services, avec la location de matériels de travaux publics ou la gestion de deux petits hôtels dans la ville d’Azeffoun, en Kabylie. Ali Haddad est par ailleurs propriétaire, depuis 2010, de l’Union sportive de la médina d’Alger (USMA), un club de football évoluant en première division, et détient un groupe médiatique composé de deux quotidiens et de deux chaînes de télévision. Selon des documents en notre possession, Ali Haddad a acheté en décembre 2011 l’Hôtel Palace (ex-Ritz) de Barcelone. Aginyo, Invesiones y Gestiones Inmobiliarias, S.L., société qui appartient à Ali Haddad et dont la gérante s’appelle Radia Bouziane, l’a acheté à la société espagnole Inmobiliaria Sarasate pour 67,6 millions d’euros.

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Le groupe a connu son essor avec l’avènement d’Abdelaziz Bouteflika, bénéficiant, d’après une lettre de présentation publiée sur le site du groupe et signée par Ali Haddad, de commandes publiques d’un montant global de près de 200 milliards de dinars (près de 2 milliards d’euros) au titre du seul programme complémentaire de soutien à la croissance économique (2005-2009) coïncidant avec le deuxième mandat du président – soit près de 5 % dudit programme. Le capital social du groupe, qui était de 1,5 milliard de dinars en 2004, est passé à 8,8 milliards de dinars en 2009, tandis que son chiffre d’affaires, qui s’élevait à 7 milliards de dinars en 2006, a frôlé la barre des 39 milliards de dinars en 2014, et atteint 41 milliards de dinars en 2015.

Ces chiffres n’empêchent pas le groupe d’accumuler des retards dans certains projets confiés par les pouvoirs publics, à l’instar du stade de Tizi Ouzou, lancé en 2002 avec, à la clé, une autorisation de programme de près de 35 milliards de dinars, ou plus récemment la réhabilitation du tronçon de 33 km de l’autoroute est-ouest reliant Lakhdaria à Bouira, un projet à 10 milliards de dinars où il est associé avec l’entreprise publique Altro.

Des tubes en acier surfacturés par un fournisseur turc

Pour honorer les gros contrats qu’il n’a pas la capacité d’exécuter, le groupe ETRHB Haddad a eu recours à la sous-traitance, notamment par l’intermédiaire d’entreprises espagnoles et turques. En la matière, les « Panama papers » sont instructifs. Ainsi, selon les documents obtenus, la sous-traitance d’une partie des prestations liées au raccordement de la station de dessalement de Tafsout Honaine au réservoir de Lalla Setti, dans la wilaya de Tlemcen, et au projet de dérivation des eaux de l’oued Al-Harrach, dans la wilaya d’Alger, a donné lieu au transfert de plusieurs millions de dollars à l’étranger.

Pour les besoins des deux projets, un contrat à 10 millions de dollars (environ 9,2 millions d’euros) a été signé avec l’entreprise turque Erciyas Celik Boru, que dirige Ahmet Kamil Erciyas, pour la fourniture de 90 km de « tubes en acier soudés en spirale avec revêtement époxy » de diamètres variant entre 800 mm et 1 400 mm. Or le fournisseur turc a surfacturé ce matériel. Sachant que la masse linéaire d’un tube rond en acier d’un diamètre de 1 200 mm est de près de 180 kg/m et que le prix de la tonne était en moyenne de 350 dollars, cela aurait dû donner un prix autour de 5,5 millions de dollars pour l’ensemble des tuyaux fournis par l’entreprise turque. C’est un peu plus de la moitié de ce qui a été payé dans le cadre de cette transaction.

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Erciyas Celik Boru a en outre optimisé les revenus de ses prestations à travers une compagnie domiciliée au Nevada, RGS Steel LLC. Une coquille vide qui sert de paravent à deux comptes, l’un dans une agence de BNP Paribas à Genève, l’autre dans une agence de Credit Europe Bank à Amsterdam. RGS Steel LLC, créée en octobre 2007 et dont le bénéficiaire économique est Ahmet Kamil Erciyas, est elle-même administrée par une coquille seychelloise, Gairns Ltd, laquelle s’était associée entre septembre 2007 et mai 2009 à une autre compagnie nichée au Nevada, Eurogranit LLC. Cette dernière, dissoute en octobre 2009, est managée depuis octobre 2007 par une autre entité seychelloise : Aldyne Ltd. Ce montage offshore, élaboré par la société suisse de services financiers Horizon Investment SA à Genève, est de nature à permettre de ventiler la différence entre le coût réel des tubes et le montant facturé.

Cette enquête de Lyas Hallas a été coordonnée par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), dont Le Mondeest partenaire, sur la base des documents « Panama papers » obtenus par la Süddeutsche Zeitung.


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7 Commentaires sur cet article

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  • Rédaction LQA
    16 mai 2017 at 19 h 13 min - Reply

    http://www.middleeasteye.net

    L’Algérie n’en finit plus d’alimenter les Panama Papers

    Le fils de l’ex-PDG du géant pétrolier algérien, un ex-candidat à la présidentielle et le chef du patronat : en trois jours, trois nouvelles personnalités algériennes ont été citées dans des articles liés aux Panama Papers

    Ali Haddad, à la tête du patronat algérien et du premier groupe privé de travaux publics, que l’on dit proche de Saïd Bouteflika, le frère du président, serait bénéficiaire d’une compagnie immatriculée aux îles Vierges britanniques (Facebook)

    16 mai 2017

    Après l’ex-ministre de l’Industrie Abdesselam Bouchouareb, le neveu de l’ex-ministre des Affaires étrangère Farid Bedjaoui, le fils de l’ancien président de la République Tewfik Bendjedid, le capitaine d’industrie Isaad Rebrab, Rym Sellal, la fille du Premier ministre, ou encore le producteur de lait en sachet Zoubir Bererhi, trois nouveaux Algériens apparaissent dans les fichiers des Panama Papers provenant des archives du cabinet panaméen Mossack Fonseca, spécialiste de la domiciliation de sociétés offshore.

    Selon les révélations publiées dans Le Monde Afrique, il s’agit de Mohamed Reda Meziane, le fils de l’ex-PDG de Sonatrach, le géant pétrolier algérien, Ali Benouari, l’ex-ministre du Trésor et ex-candidat à la présidentielle en 2014 et Ali Haddad, le chef du patronat algérien.

    Dans le cadre de l’affaire appelée « Sonatrach I », vaste scandale politico-financier aux ramifications internationales, Mohamed Reda Meziane avait été condamné à six ans de prison ferme et à une amende de 16 700 euros pour corruption et blanchiment d’argent, mais, « l’instruction n’était pas parvenue à recenser l’ensemble des biens et de l’argent présumés mal acquis par les inculpés. Or, d’après des documents obtenus dans le cadre du projet Panama Papers, il apparaît que Mohamed Reda Meziane a pu cacher au moins un compte en Suisse à la police judiciaire et aux magistrats instructeurs », peut-on lire sur le site le 14 mai.

    À LIRE : Algérie : malaise chez le géant pétrolier Sonatrach

    Lors de son audition par le juge d’instruction, Mohamed Reda Meziane avait déclaré qu’il disposait, à Paris, de trois comptes dans trois banques différentes (Barclays, Crédit lyonnais et Crédit agricole) et qu’il avait cédé son appartement parisien à ses deux enfants nés d’un premier mariage avec une Française. Mais d’après les documents obtenus « il avait ouvert un autre compte, dans une agence genevoise de Crédit suisse cette fois-ci, par le biais de la société fiduciaire Junod, Muhlstein, Lévy & Puder [JMLP] ».

    Le lendemain de ces révélations, d’autres suivent, cette fois sur Ali Benouari, autre personnalité bien connue des Algériens même si depuis 1992, il poursuit ses activités à Genève.

    Ali Benouari, ancien candidat à la présidentielle de 2014, qui avait fait de la lutte contre la corruption un des points forts de son programme, aurait caché la vente d’actions via une société offshore (Facebook)
    Les documents obtenus dans le cadre du projet des Panama Papiers mené par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) avec plus de 100 rédactions montrent qu’en janvier 2000, Ali Benouari, ancien ministre algérien délégué au Trésor, « a recouru aux services du cabinet panaméen Mossack Fonseca pour créer une compagnie offshore, Beroll Group SA, enregistrée aux îles Vierges britanniques », souline Le Monde Afrique. « Une compagnie dissoute un an et demi plus tard, le 31 octobre 2001, et destinée à servir de paravent à la cession, au profit de Khalifa Bank, des actions qu’il détenait dans le capital de Société générale Algérie (SGA), la filiale locale du groupe français Société générale. Ali Benouari ne voulait pas que cela se sache. »

    Sur sa page Facebook, Ali Benouari a accusé ces révélations d’être « cousues de fil blanc ». « Contre-vérités et mensonges sont sciemment assemblés pour donner l’impression que le grand pourfendeur de la corruption que je suis n’est, au fond, pas très différent de ceux qu’il ne cesse de dénoncer. Tous pourris, en somme, semble être le message subliminal véhiculé par cette attaque inédite. » Il a également annoncé qu’il comptait déposer plainte pour diffamation contre Le Monde.

    Enfin, ce mardi 16 mai, c’est Ali Haddad, 52 ans, patron du Forum des chefs d’entreprise, le patronat algérien, à la tête du premier groupe privé de travaux publics, qui est à son tour cité dans les Panama Papers.

    « Selon les documents et courriels obtenus par le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung et le Consortium international des journalistes d’investigation, Ali Haddad apparaît comme le bénéficiaire économique d’une compagnie enregistrée par Mossack Fonseca en novembre 2004 aux îles Vierges britanniques », affirme Le Monde Afrique. « KOGC dispose d’un compte ouvert dans une agence de la banque HSBC située dans le luxueux quartier de Knightsbridge, dans le centre de Londres. Spécialisée, selon ses statuts, dans les investissements immobiliers, KOGC est elle-même, depuis janvier 2005, l’administratrice d’une autre compagnie offshore, panaméenne. »




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  • lyes laribi
    16 mai 2017 at 22 h 11 min - Reply

    Une chansonnette sert à distraire les personnes qu’ils l’écoutent en les faisant danser.




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  • Si Tchad
    16 mai 2017 at 22 h 20 min - Reply

    Haddad qui traficote dans l’acier…il a tout volé, sauf son…nom.




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  • Dria
    16 mai 2017 at 22 h 49 min - Reply

    NO COMMENT ET DIRE QU ON ACCEPTE 120 EUROS COMME ALLOCATION TOURISTIQUE PAR AN …ON LE MÉRITE
    S ILS ONT DES OFF-SHORES CAR NOUS SOMMES DES OFF-LINES…..




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  • Alilou
    17 mai 2017 at 3 h 15 min - Reply

    J’aimerai bien lire un quelconque papier écrit par le fameux journaliste qui s’en est pris à M.Rebrab.

    Son silence est assourdissant.

    Pour ce qui est de cette degection de hedad il est devenu ce qu’il est grâce à notre lâcheté.

    Heureusement qu’il y a la mort. Il créeront tous la gueule ouverte….tous ces voleurs de richesses nationales….

    Des tartes à la nation….mais dites moi je ne suis qu’un chien algérien qui a boit en voyant la caravanes de hedad et les 80 voleurs ramer.

    Eux transferent de l’argent offshore moi je veux juste faire une partie de pêche offshore….nous n’avons pas les mêmes valeurs.

    Vous savez ce qui m’enrage est que leurs fortunes ils ne l’ont pas faite legalement…normal il y a 45 millions de sans…nous avons des mâles mais nous n’avons pas d’hommes.




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  • fatma
    17 mai 2017 at 13 h 03 min - Reply

    Nous sommes toujours choqués et scandalisés à chaque fois que nous apprenons ce genre d’arnaques qui viennent s’ajouter au drame que subit notre pays au quotidien. Mais tout compte fait ces brigands sont dans leur rôle, comme les vautours, les chacals, les crocodiles… qui se nourrissent de charogne ; sauf que ces dernières créatures jouent un rôle oh combien utile d’éboueurs, alors que nos charognards à nous, appauvrissent notre pays en le délestant de ses richesses et des ses avoirs au détriment de ses enfants. En plus ça n’en finit pas.




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  • rachid dahmani
    17 mai 2017 at 13 h 53 min - Reply

    Bonjour à tous,

    Est on naïfs à ce point? Je mettrai mes deux mains à couper que la quasi totalité des responsables mafieux qui sont passés depuis l’indépendance à nos jours ont fait pareil. Qu’ils se sont attachés les services du cabinet Fonseca. Je pense qu’il n y aura aucune surprise lorsque d’autres noms d’Algériens mafieux passé par le pouvoir seront révélés par les enquêtes de ces journalistes qui effectuent un travail remarquable. Sinon comment peut on expliquer le trou de 250 Milliards de dollars dans les caisses de l’état? j’invite tout le monde à faire l’estimation de ce montant. C’est très simple. Faites un bilan des activités du pays depuis 1971 (date de la nationalisation des hydrocarbures) à nos jours. Dressez les estimations annuelles de nos recettes (sur la base d’un volume moyen d’exportation de nos hydrocarbures et d’un prix moyen du baril de pétrole) et de nos dépenses (dépense moyenne annuelle) et faites la différence en tenant compte de nos réserves de change actuelles (100 milliards de dollars à peu près. Il vous manquera à peu près 250 Milliards de dollars dans votre bilan. Cet argent est bien parti quelque part. 250 Milliards de dollars ya boureb de quoi construire un pays tout entier. Où peut se trouver cet argent hormis dans ces sociétés en grande partie?




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