Édition du
18 August 2017

Quand nos jeunes sont forcés à l’exil !

Quand on regarde ces jeunes qui rêvent tous de quitter l’Algérie, qui veulent s’en évader de mille manières, la pire d’entre elles, ils volent une barque pourrie ou empruntent de l’argent à une agence de l’Ansej et prennent la mer en direction de l’étranger, on peut s’interroger sur ce sentiment de dégoût qui frappe l’esprit des Algériens.
Ce sentiment d’abandon qui se dépense en attente, en inquiétude et en… errance. Mais le «Système» est-il à ce point aveugle et sans cœur pour ne pas voir ce gâchis humain tout près de ses portes?
Laisser fuir ou mourir ces «pousses d’espoir» que les autres nations du monde espèrent pourtant tant avoir? Regarder passivement certains parents qui portent éternellement le deuil de leur progéniture noyée dans la Méditerranée? Et puis, nos responsables peuvent-ils fuir indéfiniment la vérité, en considérant cette errance-là comme un phénomène normal?
Non, il est grand temps d’agir pour endiguer cet exode massif de notre jeunesse et encourager un véritable développement local de nature à l’attirer vers son pays, revitaliser son patriotisme.
Car l’exil, comme le dit si bien le poète turc Nazim Hikmet, est un dur métier. Il peut plonger au cœur du désespoir, surtout s’il n’est pas une option mais une obligation ! Quitter les siens pour améliorer ses conditions d’existence, rechercher dans l’ailleurs un brin d’humanité et une société bienveillante, à l’écoute et prête à aider est quelquefois une aventure promptement punie par des regrets.
Des regrets qui dessèchent toutes les joies de vivre au premier faux pas. Mais pourquoi l’Algérie délaisse-t-elle ses propres enfants de cette façon si ingrate? Pourquoi ne pense-t-elle pas ou, du moins très peu, à leur avenir?
A quand la fin du mépris de cette nomenklatura sénile envers la jeunesse? Je pense en écrivant ces dernières lignes aux milliers de diplômés chômeurs parfois hautement qualifiés qui, pour résorber l’humiliation d’être sans emploi dans une société devenue ces derniers temps trop individualiste, matérialiste, désolidarisée et moins tolérante, ont décidé de prendre le large et suivre la vague des partants.
D’autant qu’ils ne supportent plus de se glisser, avec peur et surtout hypocrisie, dans les interstices du monde des rentiers corrompus ni ne veulent subir le cauchemar de la marginalisation et de la bureaucratie qui les enroule, morts enragés, dans un silence forcé. De même, ne croient-ils jamais à aucune voie du salut, à part celle d’une plainte triste qui les emporte dans ses nuages vers le territoire incertain de l’exil.
De guerre lasse, nos jeunes ne songent qu’à répondre aux appels d’air d’une diaspora qui est, elle aussi, hélas, peu mobilisée, dispersée, sans assise !
A force de s’exiler d’elle-même et cesser de jouer son rôle de mère et de tutrice, l’Algérie s’est transformée en une usine de déprimés, d’exilés et… de harraga.
Kamal Guerroua

Nombre de lectures : 1255
UN COMMENTAIRE

LAISSER UN COMMENTAIRE

*

*

  • Boumed
    24 juin 2017 at 8 h 19 min - Reply

    A force de s’exiler d’elle-même et cesser de jouer son rôle de mère et de tutrice, l’Algérie s’est transformée en une usine de déprimés, d’exilés et… de harraga.
    Je ne retiens que le dernier mot: harrage, ça rime avec hagara.

    C’est l’évasion de cette prison à ciel ouvert qu’est devenu l’Algérie.

    La seule solution, c’est le ménage par le vide cette nomenclature de vieillards qui ont le pouvoir entre les mains depuis 1/2 siècle déjà.




    3
  • Congrès du Changement Démocratique