Édition du
18 August 2017

Sauver l’Institut National Supérieur d’Agronomie d’El Harrach

Avertissement au lecteur. Ce billet consacré à l’INA d’El-harrach n’a pas la prétention de glorifier la période coloniale. Issu de ce prestigieux Institut qui a eu ses moments de gloire, même après l’indépendance, je sais pertinemment que je n’aurai jamais eu accès aux formations qu’il dispensait sans notre indépendance chèrement acquise. Il n’en demeure pas moins que cet Institut a une histoire. Et que nos jeunes agronomes formés ou en devenir ont le droit de la connaître. C’est l’objet de cette modeste contribution illustrée.
– J’ai un frère et un cousin ainsi qu’un voisin qui furent à l’INA. Pour mon frère je crois que sa dernière année là-bas fut en 1995 !
– Ouff, je croyais que tu allais nous dire que tu en es un ancien, toi-même…
Ce qui m’aurait surpris : j’ai toujours cru que tu n’as pas dépassé l’école primaire.
héhéhé
– Aïe ! Ca fait mal un alligator quand sa mord yaw ! Non, moi je n’étudie pas la « filaha » (Agronomie) : mrgreen: Je suis trop « sophistiqué » pour ca 😉
Cet échange, anecdotique, puisé sur la toile, fait partie des très nombreuses discussions, souvent passionnées, relatives à l’Institut National Agronomique d’El-Harrach (INA) devenue Ecole Nationale Supérieure Agronomique – ENSA- depuis décembre 2005.
L’ENSA est une des plus anciennes Ecoles d’agriculture d’Algérie. Fondée en 1905, elle a traversé de multiples évolutions tant sur le plan de son statut que sur le plan des contenus de formation qu’elle proposait. Elle s’étendait alors sur une superficie de plus de 200 ha dont 25 consacrés aux bâtiments de l’Ecole qui comportait aussi un internat et des « fermes pédagogiques ».
Fermée en 1914 à cause de la guerre, elle ouvra de nouveau ses portes en 1919 après la fin de la Guerre en proposant de nouveaux départements et laboratoires, un internat agrandi et devient ainsi l’Institut Agricole d’Algérie (IAA).
Après la seconde Guerre mondiale, l’IAA est assimilée aux grandes Ecoles d’ingénieurs agronomes au même titre que Grignon, Rennes ou Montpellier en devenant Ecole Nationale d’Agriculture d’Alger – ENAA-. On en profita pour élever le « niveau d’admission » au concours d’entrée.
Parmi les départements les plus productifs et rayonnant du pourtour méditerranéen, se distinguaient ceux :
– de la Zootechnie avec ses annexes au Kroubs pour l’élevage des bovins, à Tadmait pour l’élevage du mouton à Tiaret pour la jumenterie.
– d’Horticulture avec ses annexes à Zeralda
– de Chimie et d’oenologie avec comme annexe une cave expérimentale de 3000 hectolitres de vin.
En pleine guerre de libération, en 1960, l’Ecole devint – déjà !- Ecole Nationale Supérieure Agronomique d’Alger – ENSA – , statut décidé par un décret de juin 1961 mais d’où sont exclus de fait les algériens.
Après l’indépendance, l’Institut ouvrit ses portes aux premières promotions de bacheliers algériens pour une formation qui durait trois années et qui s’achevait par l’obtention du diplôme de l’Institut Agricole d’Algérie, fournissant ainsi les premiers cadres agronomes au pays.
C’est en 1968 que la durée de formation a été rallongée d’une année passant à quatre ans et une nouvelle dénomination : Institut National Agronomique.
Suite à la réforme de l’enseignement supérieur de 1971 menée par feu Mohamed Seddik Benyahia, l’INA va voir son programme de formation d’ingénieurs agronomes porté à 10 semestres dont 6 semestres de tronc commun et 4 semestres de spécialisation.
Ce qui le distinguait à cette époque de l’Institut de Technologie de Mostaganem – ITA- qui lui, sous tutelle du ministère de l’agriculture, formait des « ingénieurs d’application » en quatre ans alors que l’INA formait des « ingénieurs de conception « en cinq ans.
Cette semestrialisation avec son corollaire, la modularisation des enseignements, a été étendue à l’ensemble du système universitaire.
De 1971 à ce jour, et au gré des multiples réformes qu’il a subies, l’Institut a pris divers dénominations INA, ENASA, INA (sic) ,ENSA.
L’arabisation démagogique des programmes – non appliquée faute de cadres formés et surtout de moyens pédagogiques- a contribué grandement à la descente aux enfers de l’INA. De même que cette politique irréfléchie a divisé artificiellement la société en « arabisants » et « francisants » créant ainsi un climat social des plus exécrables. On n’arabise pas sans avoir identifier, au préalable, les conditions de réussite d’une réforme, fusse t-elle en rapport avec le recouvrement de notre identité nationale. Une des missions de l’INA est de former des cadres aptes à s’investir dans la réduction de notre scandaleuse dépendance alimentaire vis-à-vis de l’étranger. Cet objectif devrait participer également au recouvrement de notre dignité nationale, car un pays qui n’est pas autosuffisant sur le plan alimentaire ne peut se targuer de pays libre.
La mise en place, en 1972, des 300 heures obligatoires d’enseignement d’arabe en 6 semestres avec une épreuve éliminatoire pour cette unité constitutive du diplôme, aurait pu suffire dans un premier temps avant de généraliser la langue arabe à tout le cursus universitaire, mais en offrant les moyens adéquats tant au niveau de la formation des enseignants que ceux liés à la pédagogie notamment en matière de documentation. Parce que cette exigence n’a pas été respectée, ni l’INA, ni les autres universités n’ont jamais réussi à arabiser totalement les formations techniques et se sont démenées comme elles pouvaient dans ce contexte de « ni-ni » : « ni français, ni arabe… enseigne comme tu peux » !
La mise en place du système LMD, à l’INA comme ailleurs, et sans aucune concertation, a également contribué à la dégradation du climat général de ce fleuron de l’enseignement agronomique en Algérie. Ce système, totalement importé d’Europe sans les moyens nécessaires qu’il nécessite, a été mis en place plus pour la gestion des flux d’étudiants que d’une réelle politique visant à améliorer la qualité des enseignements et surtout l’insertion professionnelle des étudiants.
Sans verser dans la nostalgie, force est de reconnaître que l’INA, comme l’ITA de Mostaganem, ont formé des cadres de très bon niveau qui ont fait leurs preuves aussi bien en Algérie qu’ailleurs dans le monde. Le nombre d’ingénieurs formés par l’INA est passé d’une demi-douzaine à l’indépendance à plus de 7000 aujourd’hui. Des dizaines de cadres supérieurs et des ministres sont issus de cet Institut.
L’INA a également formé des cadres de pays d’Afrique noire dont certains sont devenus ministres dans leurs pays respectifs.
Au-delà des problèmes soulevés plus haut, l’INA a également subie des luttes internes entre clans qui ont pourri la vie de l’établissement. On se souvient tous de l’affaire de cet enseignant accusé de détournement de matériel pédagogique, blanchi par la justice et qui a eu tout le mal pour réintégrer son poste. Comme on se souvient de l’affaire de la destruction d’une partie du jardin botanique projetée par Cosider pour les besoins de la construction du métro d’Alger. Dans les deux situations, le MESRS est peu intervenu laissant les enseignants divisés se débattre seuls, dans ces problèmes.
Toutes ces constats ont contribué à la régression de cet établissement. Pour preuve la qualité des échanges entre les étudiants actuels de cet Institut sur les réseaux sociaux, en particulier lorsqu’il s’agit de solliciter de la documentation. Il est fréquent de voir ce genre de demande « SVP cherche des cours sur la conservation des fourrages » sans préciser pour quel niveau et pour quel objectif, alors qu’une simple recherche sur Internet pourrait satisfaire cette demande comme bien d’autres. Comme il suffit de parcourir les derniers mémoires des étudiants pour se rendre compte de la qualité de la formation qui a largement été affectée par l’irresponsabilité de certains.
La direction actuelle de l’ENSA tente, non sans difficultés, de faire redorer le blason de cet établissement et rétablir un climat propice bénéfique aussi bien aux équipes pédagogiques qu’aux étudiants.
Le MESRS gagnerait à rendre à cette Ecole, comme aux autres grandes Ecoles (Polytechnique, EPAU, ENV…) l’aura qui était la leur pendant des années. Sans parler des autres universités…

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5 Commentaires sur cet article

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  • Un Enseignant
    3 juillet 2017 at 20 h 41 min - Reply

    Vous ne dites aucun mot sur les trois enseignants sanctionnés pour avoir dénoncé les dérogations et les incriptions au doctorant sans concours!




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    • Rédaction LQA
      3 juillet 2017 at 20 h 56 min - Reply

      Adressez-nous leurs dossiers et leurs témoignages et nous les publierons volontiers pour dénoncer ces multiples forfaitures des administrations universitaires.




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      • Youcef L’Asnami
        3 juillet 2017 at 21 h 01 min - Reply

        Je n’ai jamais douté un seul instant de la volonté de LQA de dénoncer les injustices d’où qu’elles viennent. Cependant toute accusation doit être fondée afin d’éviter les diffamations. Quand il y a conflit il faut à mon humble avis écouter toutes les parties concernées et leur donner librement la parole. C’est ainsi que l’on pourra progresser dans le recherche de la vérité et la dénonciation des abus.




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    • Youcef L’Asnami
      3 juillet 2017 at 20 h 57 min - Reply

      Je ne suis pas sur place pour être au courant de tout. J’ai juste rappelé le climat malsain qui prévaut dans cet Institut. Et j’ai émis le vœu que les choses s’améliorent. Toute injustice doit être dénoncée dès lors qu’elle est prouvée. L’objet du billet est juste de donner quelques points de repères aux jeunes qui ne connaissent pas l’histoire de cette grande Ecole. Hada Makane ! Merci pour votre intérêt. Cordialement. Youcef L’Asnami




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  • bouziane ammar
    13 juillet 2017 at 13 h 29 min - Reply

    à mon avis :
    l’institut dieu merci est tjrs là en tant qu’institution ou établissement
    mais ce qui va garantir sa pérénité c’est plutot la nature et la qualité de formation que va dispenser aux étudiants qui doit etre à tout temps en adéquation avec le développement humain, en ce sens que le coté pédagogique doit etre adapté aux réalités du terrain et aux besoins réels de la société notamment en matière de développement rural et agricole.
    le cadre sortant de l’INA doit etre en mesure de répondre à la demande en cadres par l’état te les entreprises – agricoles et agro industrielles- et à meme de créer sa propre entreprise.
    la formation doit etre axée sur les nouvelles sciences particilièrement en économie , c’est indispensable , le reste des informations est facilement accecible sur internet.
    merci j’espère ne pas me tromper.




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