Édition du
22 July 2017

LE RÉGIME FAIT MINE D’ÊTRE SÉRIEUX : APRES LE GAG SELLAL, VOICI LE LEURRE TEBBOUNE

PAR SAAD ZIANE

Libre Algérie

Quand Abdelmadjid Tebboune, le Premier ministre d’un système absurde et en pleine dégénérescence  parle de «dialogue » et de «consensus », la première question qui vient à l’esprit : «sont-ils sérieux ? ».

La parole publique ayant été très largement déconsidérée par des manœuvres glauques et des propos d’un humour très douteux, la question est on ne peut plus légitime. Et après la question du «sérieux », vient le petit «détail » : à qui donc s’adresse Abdelmadjid Tebboune, qui se dit porteur de la parole présidentielle ?

S’adresse-t-il aux Algériens ou bien s’agit-il d’un message codé aux clans et sous clans qui constituent le régime…. à une «paix de crise » interne pour s’unir contre les contestations sociales. Une union des clans d’autant plus «souhaitée » par les tenants du régime que l’heure est, dans un mimétisme néolibéral qui renseigne sur l’impasse intellectuelle du système, à la « codification » des régressions sociales (loi sur la retraite, code du travail).

Quand M.Tebboune dit devant un sénat acquis qu’il est ouvert au « dialogue » et à la «consultation » pour un «consensus » sur les grandes questions nationales avec toutes les « composantes nationales, politiques, syndicales, académiques, et de la société civile », la question du «sérieux » se pose immédiatement.

Le «sérieux », c’est ce qui a toujours manqué dans les pratiques du régime où les mots, les idées sont toujours vidées de leur sens. Cela donne l’apparence de la démocratie mais pas la démocratie, cela donne du pluralisme verbal mais non le pluralisme effectif, cela crée le décor (avec l’appui contraint de médias tenus en laisse par la publicité publique et privée) d’une vie politique sans le politique.

Qu’est-ce qu’un Premier Ministre dans l’Algérie d’aujourd’hui après trois mandats et demi d’un président qui a coupé le lien du contrôle entre le «chef du gouvernement » et l’assemblée nationale ? Un coordonnateur de l’action du gouvernement dans le meilleur des cas mais jamais, sans mandat précis de son chef, il n’est un « politique ».

Parleur-animateur

Sa «fonction » de parleur-animateur est devenue cependant importante dans un quatrième mandat très spécifique où le président devenu un quasi-monarque n’est plus actif et ne communique plus. Ce rôle, Abdelmalek Sellal, l’assumait sur le mode «pas sérieux » qui reflétait un peu trop la réalité de la vision qu’a le régime de son rapport à la société algérienne et surtout de son incroyable mépris pour l’intelligence des Algériens.

On passe à Tebboune donc pour «faire » plus sérieux, mais pas nécessairement pour être sérieux et aller réellement dans le sens des intérêts bien compris du pays. Les risques géopolitiques majeurs qui menacent le pays – encore invoqués par le Premier ministre – imposeraient en effet de ne pas «faire semblant d’être sérieux » mais de l’être tout simplement.

Quand on recherche un consensus pour faire redémarrer la machine, cela implique qu’on fasse, avec le pays et ses forces politiques, un audit sans tabou du système et de discuter de la méthode et des étapes pour mettre en œuvre un changement qui rétablisse le «lien » perdu entre une majorité d’Algériens et ce qui fait office d’Etat.

Or, Tebboune a déjà posé les «limites » en décrétant que le gouvernement « s’éloignera de tout débat stérile ».  Cela répond déjà à la question du «sont-ils sérieux ? ». Car, ce que Tebboune – et ceux qui l’ont mandatés pour lancer l’appel au «dialogue »- considèrent comme « stérile », c’est tout simplement la question du changement de régime et de la seconde république algérienne.

On aimerait faire semblant de croire que ceux qui tiennent – très mal – la barque du pays se rendent compte des évidences politiques et qu’ils ont décidé d’écouter tous ceux qui n’en finissent pas d’alerter sur la gravité de la situation et sur les menaces sur le tissu social, mais les Algériens n’oublient pas à quel point le régime dévoie les mots et les idées.

Système occulte

En 2011, quand le régime a lancé une « commission de dialogue » dirigée par le président du Sénat Abdelkader Bensalah, feu Abdelhamid Mehri, avec l’infinie patience de celui qui suit le menteur jusqu’au pas de sa porte a accepté de la rencontrer. Et encore une fois, il a constaté, comme il s’y attendait, la diversion sur le pas de la porte du menteur. C’était dans un entretien à La Nation :

 «Depuis le début de la crise de 92 à ce jour, nous sommes devant un régime et un système de pouvoir ayant un aspect visible acceptable à travers les textes. Mais il a également une réalité autre, celle d’être un système occulte global qui dirige le pays. Quand on revendique le changement et que l’on nous donne les textes à discuter et à changer, à améliorer ou à amender, cela signifie qu’on limite les changements à la forme et que l’on ne touche pas au fondement du régime ».

Le régime est fidèle à ses habitudes. Et l’appel de Tebboune ressemble bien à une diversion qui consiste à vider de son sens les mots de «dialogue » et de «consensus » pour faire passer des politiques économiques qui vont alourdir considérablement le climat social. Ce qui est proposé – jusqu’à preuve du contraire – n’est pas d’aller vers un consensus sérieux.

Faux témoins

L’appel de Tebboune consiste à en faire des «faux témoins » d’une concertation politique et sociale qui n’existe pas. Les seules «concertations » permises par le régime sont entre ses propres clans pour faire «front » contre la société et éventuellement gérer la «succession ».  C’est un nouveau leurre qui est offert sur la place publique.

Laissons le mot de la fin à Si Abdelhamid Mehri dans le même entretien à la Nation « Une véritable réforme digne de ce nom, une réforme pour un changement de régime, requiert une conférence nationale sans exclusion politique, une plateforme consensuelle qui détermine les objectifs à atteindre, les étapes et les moyens d’exécution. A ce moment-là, on pourra commencer à travailler ensemble à asseoir cette réforme.  De toute façon, le débat approfondi qui permet à chacun de donner son avis et l’approche consensuelle sont à mon avis des étapes nécessaires pour une approche sérieuse du changement. S’il y a velléité d’imposer le fait accompli, ce n’est pas la réforme, c’est la continuation »


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9 Commentaires sur cet article

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  • Abdellah Chebbah
    10 juillet 2017 at 17 h 44 min - Reply

    Monsieur je reviens à vous car ce que vous dites est en parfaite harmonie avec ce que je pense. Nous avons besoin d’états généraux de la situation du pays. Il est primordial de se dire les choses en face sans intermédiaire. J’ai bien aimé dans le temps, pendant la décennie noire, lorsque le premier ministre Ghozali tenait des séances jusqu’à 3h du matin pour écouter les gens donné leur avis. J’ai suivi cela avec intérêt devant mon téléviseur. Ça a duré une semaine à peu près. Nous avons besoin de nous concerter, peuple et dirigeants si sérieux il y a. Je me rappelle aussi, du temps de Chadli, lorsque j’étais enseignant à l’université, que le recteur nous avait tous réunis pour discuter de ce qui se passait dans le pays.




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  • NORDINE
    10 juillet 2017 at 17 h 49 min - Reply

    Il y a mieux que ça !
    Macron n’a même pas félicité la vielle branche du mouradia à l’occasion du 5/07 …
    Savez vous pourquoi ???
    Parce qu’il connait leurs valeurs (CAD ne valent rien du tout)
    Macron sait à qui il a affaire.
    A des BIDONS !!!!!!!!!!!!!




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    • Dria
      11 juillet 2017 at 8 h 54 min - Reply

      Pire ils sont capable d’assister et de prendre part a la fête du 14 juillet, dire que certains sont déjà a Paris dans leurs somptueux appartements, qui au 18 ème qui au 16 ème, même sans invitations, ils sont là, en fidèles serviteurs de FAFA, ces bougnouls nouvelle génération aux commandes de l’Algérie avec notre bénidiction…

      A quel saint ce vouer, dire qu ‘il a suffit d’un jour de la Toussaint pour montrer qu’il n’ y avait pas dans ce pays que des sceaux et des bidons …




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  • Thiers
    10 juillet 2017 at 20 h 42 min - Reply

    Le regime joue qu un autre role.




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  • Alhif n-wen.
    11 juillet 2017 at 15 h 03 min - Reply

    Comme d’habitude les voyous du FLN de la nuit et ceux de son fils le R.N.D (moustachu !) Ont organisé ces élections pour les gagner par la triche et la manipulation des urnes…… !!!

    Ce qu’ils ignorent c’est que la démocratie ne se résume pas à l’organisation d’élections sans transparence aucune…..!!!
    La démocratie est une pratique quotidienne qui s’exprime par les fondements suivants:
    1. la laïcité.
    2. la séparation des pouvoirs.
    3. l’indépendance de la justice.
    4. le respect des libertés individuelles et collectives,
    5. L’alternance aux pouvoirs …etc….Tous ces principes sont quotidiennement bafoués par les tenants du pouvoir en Algérie….!!!




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  • water water
    12 juillet 2017 at 21 h 21 min - Reply

    Taboune, cause toujours tu m’intéresse. C’est pas moi c’est celui la
    Chacun sait où enterrer son père, la valeur qui fait la première personne du pluriel est morte ,enterrée avec de l’herbe sur la tombe.




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  • farid
    13 juillet 2017 at 18 h 07 min - Reply

    le régime mafieux clanique hégémonique raciste ne peut pas se réformer par lui meme !!!




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  • kaci Seddiki
    17 juillet 2017 at 18 h 03 min - Reply

    A mon humble avis, ce ‘nième » appel au dialogue (en réalité pour écouter Ouyahia,ou son semblable-il y en beaucoup : Sellal-Ksentini-Tebboune-…)servira surtout à ressouder les clans qui se disputent le futur dépeçage -pouvoir-une fois l’actuel locataire « délocalisé »!




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  • Si Salah
    20 juillet 2017 at 13 h 56 min - Reply

    Un petit tour de la presse « independante »:

    L’Expression « Fissures dans le front de soutien à Haddad »
    Le Soir : « Le front anti-Tebboune se fissure »
    Liberté : « Le front anti-Tebboune se disloque »
    TSA : « Le front de soutien à Ali Haddad se fissure »
    Algérie-Actualité : « Le front de soutien à Ali Haddad se fissure »
    Algeria News : « Fissures dans le front de soutien à Haddad »

    Mais dis-donc! Il faut croire que l’officier SM en charge de dresser la presse
    est en vacances et qu’il n’a fait qu’envoyer un petit « email d’orientation » aux redactions pour commander les titres de ce matin…




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  • Congrès du Changement Démocratique