Édition du
21 November 2017

Cheikh Tahar Ait Aldjet

Hamid TAHRI.
Journaliste

A notre respectable ami Cheikh Tahar Ait Aldjet,
Il savait manier le pistolet et le verbe car il était moudjahid et enseignant. Je l’ai connu en 1973 lorsqu’il était prof d’arabe alors que j’exerçais en qualité de « pion » au lycée Amara Rachid aux côtés de Khalef Abdelkrim, Said Sadi, Ghettas Slimane ,Halet Rachid,Khiar Rachid, Kherrat Yacine, Balaska ainsi que les regrettés Benallegue Mahieddine ,Boubekeur Abdelaziz, Hamimid Nadir, que dieu ait leurs âmes.
Le clin d’œil au Cheikh s’est imposé en ces jours bénis à la veille de l’Aid el adha et où si Tahar nous revient à la TV en sa qualité de membre de la commission des fetwas et on a toujours plaisir à le revoir avec son large sourire candide. Entamant ses 101 ans en fevrier dernier ,l’enfant de Tamokra a eu un parcours flamboyant et une très belle histoire d’élévation intellectuelle,spirituelle et patriotique. Ses sourires d’enfant illuminent régulièrement son visage angélique avec sa barbe blanche qui lui donne l’air d’un vieil ermite mystique. Toujours égal à lui même ,fidèle à ses principes Cheikh Tahar comme l’a souligné mon ami le professeur Ait Belkacem Mourad :  » est de ces chênes qui ne tombent que foudroyés « . Homme paisible qui plonge dans ses méditations Tahar a aussi fait le coup de feu pendant la guerre de libération ,tout en s’érigeant en médiateur pour régler les différends, s’appuyant sur sa large culture en théologie et droit musulman mais aussi sur sa clairvoyance. Tahar est un disciple de Ait Djer, un des fondateurs du mouvement des Oulémas ,cautionné par Benbadis en personne. Ses études achevées à Tunis, Si Tahar retourne à Tamokra près d’Akbou. La Zaouia qu’il avait laissée en ruines est prospère. Mais notre cheikh se heurtera à l’hostilité du caïd Si Cherif Ouelhad qui lui tiendra rigueur et l’isolera. La Zaouia s’est vite transformée en PC des moudjahidine. Krim,Amirouche,Abane et Mohamedi Said dit Si Nacer y ont fait plusieurs passages. Lorsque en 1956,l’ennemi s’en est rendu compte,il l’a de nouveau bombardée. « Même les fûts d’huile ne furent pas épargnés » se désole Si Tahar qui a été conseiller d’Amirouche en matière de droit musulman. Il se souvient d’un désaccord lors de la grève des 8 jours. « On a vécu un véritable dilemme. Sortir où ne pas sortir ? Le peuple était entre le marteau et l’enclume. S’il ne sortait pas ,il pouvait s’attendre au pire. Alors certains villageois sont allés voir Hmimi,chef de l’ALN dans cette région pour lui dire que la grève a surtout ses effets dans les villes et qu’ils devaient protéger leurs champs. Il n’a rien voulu entendre en appliquant strictement les ordres du FLN: »J’ai fini par le convaincre en prenant la responsabilité de mon acte, j’ai appris par la suite que le colonel Amirouche pour lequel j’ai une grande estime me rejoignait dans ma démarche ». SiTahar fut ensuite chargé par le colonel d’aller compléter la formation à Tunis des étudiants algériens qui y résident et ceux que le Cheikh a emmenés avec lui. « On aura besoin d’eux,demain lorsqu’on arrachera l’indépendance » avait projeté Amirouche. « Le lendemain on a pris, à travers les maquis, la direction de Tunis qu’on a ralliée à pied au bout de 31 jours ! On a failli être les victimes du conflit opposant les dirigeants de la wilaya une ». A Tunis ,parmi les jeunes : Kamel Abderrahim,Hocine Benmaalem,Mohamed Tahar Bouzghoub,Gaher et d’autres qui occuperont de hautes fonctions à l’indépendance. De Tunis , SiTahar est appelé par le GPRA dans son QG à Tripoli en Libye. En 1962 notre cheikh a préféré la noblesse de l’enseignement aux turpitudes de la politique, il prend sa retraite en 1979. De Moutaqaaid il devient Moutaaqid après son rappel par son élève Mouloud Kacem alors ministre des Awqafs. Mais il y’a quelque temps ce même ministère sous la direction de Mr Aissa , piqué par je ne sais quelle mouche avait bloqué inexplicablement la maigre rétribution de notre Cheikh. Les réactions de colère et d’indignation qui s’en sont suivies ont permis de dépasser cet épisode ubuesque et scandaleux !
De plus ,ces derniers mois ,la rumeur a donné Si Tahar pour Mort ! Des esprits malveillants ont propagé cette funeste nouvelle. Pourquoi souhaiter la Mort ? Sommes nous devenus à ce point adeptes de projets macabres et sataniques se nourrissant de haine , d’intolérance et de violence. Pourquoi en est on arrivés là? Les psychanalystes pourront peut être nous éclairer… Comment donc l’Algérien est il arrivé à se détester et haïr la chose la plus précieuse que dieu nous a donnée : La vie qu’il faudra cependant assumer pleinement dans la liberté, dignité, la tolérance ,la justice, l’amour de l’autre. Toutes ces valeurs sont hélas brimées par un systeme coupé de la réalité ,autoritaire ,autiste et adepte de la fuite en-avant ! Avant de terminer, je voudrais vous faire part de ma reconnaissance envers SiTahar qui m’a fait l’honneur d’intégrer le portrait écrit en français que je lui ai consacré dans les colonnes d’Elwatan, dans son livre autobiographique édité dernièrement en langue arabe. Ainsi donc la langue d’AlMoutannabi côtoie allègrement et sans complexe celle de Molière n’en déplaise aux extrémistes de tous bords.


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UN COMMENTAIRE

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  • mahindad
    31 août 2017 at 18 h 45 min - Reply

    Cheikh Tahar est peut-être le dernier ou l’un des derniers dont la baraka profite au pays.




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  • Congrès du Changement Démocratique