Édition du
23 October 2017

Ces pays où la planche à billets a tourné au drame

TSA

Le gouvernement Ouyahia a décidé d’amender la loi sur la monnaie et le crédit afin d’introduire le financement non conventionnel au profit du Trésor public. Avec cette réforme, la Banque d’Algérie sera notamment autorisée « à prêter directement au Trésor public, afin de permettre à ce dernier de financer les déficits du budget de l’État et de financer la dette publique interne ».

En d’autres termes, la Banque d’Algérie va recourir au processus de création monétaire, connu également sous l’expression « faire tourner la planche à billets ». Naturellement, l’idée d’imprimer de l’argent pour couvrir les déficits a suscité l’inquiétude et les critiques de nombreux experts et économistes. Ces derniers ont principalement mis en garde contre le risque d’une inflation importante, voire même d’une hyperinflation, que risque de subir l’Algérie si la planche à billets venait à être actionnée sans contrepartie de création de richesses.

En réponse aux critiques, le premier ministre Ahmed Ouyahia a affirmé que son gouvernement « ne va rien inventer » en faisant recours à la planche à billets. Effectivement, plusieurs pays ont eu recours au financement non conventionnel, l’assouplissement quantitatif ou tout autre terme désignant l’usage de la planche à billets. Des pays développés se trouvent dans la liste, parmi lesquels les États-Unis qui n’ont pas eu à subir de conséquences néfastes de son usage. Ces pays néanmoins sont créateurs de richesses, ce qui n’est pas le cas de l’Algérie, où le gouvernement veut utiliser le financement non conventionnel. Il faut donc chercher une analogie auprès d’autres pays.

L’exemple du Venezuela 

L’exemple le plus récent et le plus proche de la situation algérienne est le Venezuela, dont l’économie s’est effondrée en même temps qu’une grave crise politique s’est installée. Le Venezuela, comme l’Algérie, tire l’écrasante majorité (96%) de ses ressources de l’exportation du pétrole. La chute drastique des cours du pétrole en 2014 a eu comme résultat de voir le gouvernement du président vénézuélien Nicolas Maduro instruire la banque centrale vénézuélienne de faire tourner la planche à billets.

Conséquence : la valeur du bolivar, monnaie officielle du pays, s’effondre au marché parallèle. Alors que 20 dollars américains valaient 629 bolivars en 2013, ce même montant valait 1521 bolivars en 2014, puis 13.648 en 2015 et 20.216 bolivars en 2016. Le bolivar s’effondre encore plus en 2017, puisqu’il faut cette année 195.755 bolivars pour 20 dollars.

Malgré la chute de la valeur du bolivar, l’État vénézuélien continue de maintenir le taux de change officiel artificiellement bas, à raison de dix bolivars pour un dollar américain. L’écart très important entre le marché officiel et parallèle a permis l’émergence de la « bolibourgeoisie », des affairistes proches du pouvoir ayant accès aux réserves de change qui profitent pour surfacturer les importations afin de les revendre au marché noir à un taux avantageux. Entre temps, les pénuries alimentaires et de médicaments sont devenues parties intégrantes du quotidien des vénézuéliens.

Zimbabwe : des brouettes remplies de billets pour une baguette

L’autre exemple de la tournure dramatique de l’usage de la planche à billets par un pays provient du Zimbabwe, pays du sud-est de l’Afrique, lui également riche en ressources naturelles. Robert Mugabe, 93 ans aujourd’hui, règne sur le Zimbabwe depuis 37 ans dans ce qui semble être à ne plus douter une présidence à vie. Dès l’an 2000, Mugabe a fait tourner sans interruption la planche à billets dans l’optique d’endiguer une grave crise économique qu’il a lui-même enclenchée en confisquant les terres agricoles des propriétaires blancs pour les donner aux proches du pouvoir, pour la plupart sans aucune expérience dans le domaine. Cela a eu pour conséquence la chute drastique des exportations.

L’abus de la planche à billets a causé la perte totale de la confiance de la population en le dollar zimbabwéen, menant à une hyperinflation aux proportions historiques. Le pic est atteint en 2008 avec une inflation estimée à 500 milliards de pourcent. Des brouettes remplies de billets de banque de centaines de milliards de dollars zimbabwéens étaient alors nécessaires pour acheter ne serait-ce qu’une baguette de pain.

Dans un pays où 80% de l’économie est informelle, les zimbabwéens ont alors d’eux-mêmes arrêté d’utiliser leur monnaie nationale, privilégiant le dollar américain ou le rand, monnaie du voisin sud-africain. Constatant l’échec absolu de leur politique, le gouvernement du Zimbabwe autorise en 2009 l’utilisation officielle de devises étrangères, et finit par démonétiser, c’est-à-dire tuer, sa monnaie en 2015.

La banque centrale du Zimbabwe propose alors de racheter aux citoyens leurs dollars zimbabwéens restants à un hallucinant taux de 1 dollar américain pour 250 millions de milliards de dollars zimbabwéens. Si le taux d’inflation s’est calmé depuis la fin du dollar zimbabwéen, la crise économique est quant à elle durable au Zimbabwe. Si elle continue d’affecter les couches les plus fragiles, la caste proche du pouvoir continue à vivre dans le luxe et l’aisance. À 93 ans, Robert Mugabe demeure en effet toujours au pouvoir jusqu’à ce jour.


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8 Commentaires sur cet article

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  • fatma
    25 septembre 2017 at 22 h 39 min - Reply

    Je commence à croire que nous sommes le peuple le plus arriéré au monde et pire encore le peuple le plus inconscient de la planète terre. Comment en effet tout une nation de 40 millions d’habitants avec ses universitaires, ses cadres, ses professeurs, ses journalistes et surtout ses économistes et analystes financiers, toute cette population de moutons dociles se fait berner sans broncher et sans dire un mot sur les dernières inepties du premier ministre, c’est tout de même incroyable et irrationnel.
    A l’exception d’une petite poignet de citoyens qui tentent d’alerter l’opinion publique sur les dangers que ces prédateurs font courir à notre pays, personne ne dit mot, personne ne comprend de quoi il s’agit, personne ne cherche à comprendre, c’est à croire que nous vivons mentalement encore à l’âge de la pierre. Pendant que ces bandits sont entrain de nous rouler dans la farine comme des sardines à faire frire, ils nous donnent des sujets pour nous occuper comme la Besmalla dans les livres scolaires, comme on donne la sucette à un bébé.
    De deux choses l’une :
    Soit, nous sommes tous bêtes et dans ce cas arrêtons au moins de dépenser notre argent dans ces garderies pour adultes appelées toute honte bue universités, et ayons la sagesse et le courage de déclarer notre incompétence en donnant le pays en location aux Japonais, Chinois ou Allemands s’ils veulent bien accepter ce marché inédit.
    Soit ceux qui savent comment s’en sortir se taisent par peur, lâcheté ou égoïsme, ils tentent au contraire de tirer profit de l’ignorance de leurs compatriotes pour bénéficier des miettes que leurs jettent ces prédateurs et dans ce cas là c’est pire que l’option précédente, car le comma sera généralisé et entretenu par ceux-là même qui sont sensés éveiller les consciences.
    Tout le monde sait que le recours à la planche à billets génère une perte de valeur de la monnaie et conséquemment augmentation de l’inflation et du chômage.
    On sait qu’on peut plus ou moins lutter contre l’inflation en diminuant la masse monétaire en circulation (augmentation des taux d’intérêts), mais ceci a pour conséquence immédiate de freiner l’investissement et donc de limiter la création d’emplois nouveau ce qui fait que les nouveaux arrivants sur le marche du travail seront des chômeurs.
    On sait aussi qu’on peut dans certains cas (dans les pays développés) injecter de l’argent lorsque l’économie est grippée, c’est-à-dire en cas de récession afin d’encourager la consommation. Mais ceci se fait, dans les économies ou pays qui sont capables de produire tout absolument tout mais qui on des problèmes épisodiques. C’est donc une technique qui permet de redynamiser l’économie, en plus si on prend l’exemple des Etats-Unis, lorsque ce pays utilise la planche à billets, il exporte de facto l’inflation à l’étranger puisque tous les pays du monde sont détenteurs de dollars américains, sans compter le fait que lorsque le dollar baisse à cause de cet action les USA vont exporter d’avantage car leur monnaie va paraitre faible par rapport autres monnaies.
    Il n’en est pas du tout de même pour nous, au contraire, puisque nous n’exportons rien à part le pétrole dont le prix est fixé ailleurs et en dollars et sur lequel notre dinar n’a aucun impact.
    Le seul bénéficiaire dans cette affaire, c’est le gouvernement qui trouve de l’argent gratuitement pour payer les fonctionnaires qui ne produisent absolument rien. Mais ces fonctionnaires vont se présenter sur le marcher pour faire leurs achats et bonjour l’inflation. Par ailleurs, le recours à la planche à billets va faire chuter inévitablement le dinar, par conséquent les prix à l’import vont donc augmenter d’où une nouvelle inflation importée, sur ces prix déjà surélevés il faudra calculer les droits de douanes et la TVA soit augmentation en chaine.
    Par ailleurs le gouvernement utilise déjà et depuis longtemps l’astuce qui consiste à faire glisser le dinar. La Banque d’Algérie dépréciait régulièrement le dinar depuis plus de deux, alors que nous avons en plus 100 milliards de dollars placés à l’étranger sans compter les réserves en or et les recettes régulières en devises. Ces glissements du dinar assurent des recettes supplémentaires sans mérite aucun au gouvernement. En effet, il suffit de baisser la valeur de notre monnaie et le tour est joué, nous comptabiliserons plus de dinars à chaque entrée de devises.
    Un exemple simple lorsque l’euro valait 90 Dinars, une recette de 10 milliards d’euros était comptabilisée pour 900 milliards de dinars, aujourd’hui la même recette rapporte au gouvernement 1 340 milliards de dinars, soit 440 milliards de dinars de plus et sans rien faire pourvu que ça dure. Ils peuvent donc payer les gens avec de fausses recettes, ce qui engendre encore et encore de l’inflation.
    Quand est-ce qu’ils vont s’arrêter ? je ne sais pas, peut-être qu’Ils attendent que le pays coule complètement pour fuir avec armes à l’étranger.




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    • Rédaction LQA
      25 septembre 2017 at 22 h 47 min - Reply

      J’ai publié votre commentaire comme article sous le titre : « Quand est-ce qu’ils vont s’arrêter » ?
      Merci pour votre pertinente contribution.




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  • Abdellah Chebbah
    25 septembre 2017 at 22 h 46 min - Reply

    Monsieur Ouyahia, l’homme aux sales besogne va manger cette fois-ci un plat empoisonné. S’il avait du courage, des nerfs d’acier et un peut d’empathie pour ce peuple , il aurait pensé au tourisme dont il réfutait la faisabilité pour une question de meurs, pourquoi ne s’attaque t-il pas à Saidani, Bouchareb et consorts qui ont acheté des supers appartements sur les Champs Élysées à des prix que seul un bandit de grands chemins peut se permettre, pourquoi ne réduirait-il pas le salaire des députés, des hauts cadres de l’état, pourquoi ne s’attaque t-il pas aux oligarques qui ont ruiné ce pays et ont mis l’argent du peuple dans des paradis fiscaux, pourquoi ne revoie t-il pas le salaire des faux moudjahidines. Il veut que le peuple paye pour ces déboires. Vous avez été longtemps responsable. Vous avez semé la vent, vous allez récolter la tempête.

    Allah Yehfadna.




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  • Amagday
    26 septembre 2017 at 17 h 50 min - Reply

    Ouyahia le démagogue peut tricher avec les algériens en racontant des bobards,mais il ne peut pas tricher en économie car celle-ci est une science exacte.Les réformettes et les slogans creux ne suffiront pas sauver un système obscurantiste qui repose sur la force brute et la rente.La carotte et le bâton sont les deux piliers du système moribond et agonisant.Des piliers fragiles qui,ne tiendront pas éternellement.Le drame c’est qu’il n y a pas d’alternative démocratique au système archaïque et despotique en place.C’est le saut dans l’inconnu qui nous attends,car les apprenti-dictateurs ont fait le vide autour d’eux.




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  • baklawa
    26 septembre 2017 at 22 h 30 min - Reply

    imagine une baguette de pin a 5000 DA, un poulet a 25000 DA, une douzaine de dioul au moi de ramadan 2018 a 12500DA….




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  • Hamoud
    30 septembre 2017 at 16 h 40 min - Reply

    Instructif exposé sur le tour de passe passe cynique que compte (ou peut-être a déjà entrepris en douce) la gouvernance algérienne.




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  • Salim
    1 octobre 2017 at 22 h 27 min - Reply

    mon Dieu ! il reparle même du gaz de schiste ! sortons à la rue ! ripostons ! on a peur de la misère qui se profile rampante à l’horizon! eux ils ont assuré leurs arrières et ils iront vivre avec notre argent, déjà dans leurs poches, chez eux ailleurs, et nous????????????????????




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  • mourad
    2 octobre 2017 at 13 h 01 min - Reply

    que des postures, ou oracles de nos malheurs a venir, on nous dit qu’on va droit au mur depuis 1962, le mur reculerait-il ?




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