Édition du
14 December 2017

Définition et comportement des hypocrites

 

 première partie

Par Tahar Gaïd

 

Ensuite, la sourate a été prolixe en parlant des attributs des hypocrites. Elle a détaillé leur comportement dans treize versets, chacun d’eux décrit un aspect, au nombre de dix, de leur portait en employant des mots aussi exécrables qu’affreux les uns que les autres. Chacun d’eux indique l’enracinement de ces hypocrites dans l’égarement, à savoir le mensonge, la trahison, la tromperie, la perversité, la moquerie à l’égard des versets de Dieu, la corruption sur terre, l’ignorance, l’égarement, l’irrésolution et la raillerie vis-à-vis des croyants.

 

8 – Il est parmi les gens qui disent : « Nous croyons en Dieu et au jour dernier » mais ils ne sont pas croyants. Il existe une catégorie de gens qui se caractérisent par leur hypocrisie. Ils affichent extérieurement ce qui est systématiquement opposé à ce qui existe dans leur for intérieur. Ils sont musulmans par leurs langues mais leurs cœurs sont incroyants. En effet, ils affirment qu’ils tiennent pour vrai ce qui provient de Dieu. Cependant, en réalité, ce qu’ils disent n’est que mensonge. C’est que la foi n’a pas encore pénétré leurs cœurs.

            Dans la vie de ce monde, les gens sont soit croyants, soit mécréants, soit hypocrites. Il n’y a pas de troisième voie. Dès le début de la sourate, Dieu a voulu nous donner la description de toute l’humanité. Il en a déterminé trois catégories d’hommes en son sein. La première est définie par le second verset de la sourate. La deuxième est connue par les deux versets suivants. Quant aux hypocrites, leur définition s’étend sur treize versets continus car leur danger est plus dangereux pour la religion de Dieu qu’est l’Islâm. Ce sont eux qui la détruisent, du moment qu’ils prennent les croyants par traîtrise et opèrent un travail de sape et de destruction. Quant aux mécréants, nous les connaissons dès lors qu’ils annoncent publiquement leur impiété. Aussi, prenons-nous toutes les précautions à leur égard et nous mettons en garde ceux qui ne les connaissent pas. Ils ne risquent pas de nous leurrer.

Ainsi, nous prenons les hypocrites pour des croyants mais, en prenant connaissance de leurs secrets intimes, nous constatons qu’ils cachent la mécréance à leur entourage. Ils s’arment précisément de cette ignorance des gens, quant à leurs croyances religieuses, pour les poignarder dans le dos et larder la religion qu’ils pratiquent.

 

Dieu a créé en l’homme de nombreux dons. Pour qu’il vive en paix avec lui-même, il faut que ces aptitudes soient harmonieuses et non pas contradictoires. Celles du croyant sont ajustées et équilibrées parce qu’il a cru avec son cœur et sa langue a prononcé en quoi il a cru. Il n’y a donc jamais de contradiction entre les dons qui sont en lui.

 

Le mécréant vit également, à sa manière, en paix avec lui-même. En effet, il a rejeté la foi et a nié Dieu avec son cœur. Et il a  énoncé son impiété avec sa langue, sans scrupule. Mais celui qui a perdu la paix avec ses dons, c’est bien l’hypocrite. Il n’est en paix ni avec sa société ni avec lui-même. Il dit avec sa langue ce que son cœur ne partage pas. Il parle de choses qu’il n’admet pas au fonde de lui-même. Il craint que les gens découvrent son double jeu. Il vit, en réalité, dans une peur profonde, pendant que son état est provisoire. Cependant, cette contradiction restera avec lui jusqu’au dernier jour de ce monde d’illusions. Elle l’accompagnera dans l’Au-delà. Elle sera la cause de son supplice en Enfer. « Et quand ils parviendront, leurs oreilles, leurs yeux et même leurs peaux témoigneront contre eux pour dénoncer leurs agissements. * « Pourquoi témoignez-vous contre nous ? », diront-ils à leurs peaux. Et celles-ci de leur répondre : « C’est Dieu qui nous a fait parlé, comme Il fait parler toute chose. N’est-ce pas Lui qui vous a créé une première fois et vers qui vous faites maintenant retour ? » (S.41, 20 et21)

 

Donc, tous les dons de l’hypocrite s’envoleront le jour dernier. Ils ne réaliseront la paix, qu’ils aspiraient atteindre, ni dans ce monde ni dans l’autre. Sa langue témoignera contre lui. Ses deux mains témoigneront contre en lui. Sa peau témoignera contre lui. Que lui restera-t-il ? De nombreuses contradictions le séparent de Dieu. Il en est de même avec lui-même et avec sa société. Telle est le premier trait de caractère de l’hypocrite.

 

9 – Ils pensent tromper Dieu et ceux qui croient ; mais, en réalité, ils ne trompent qu’eux-mêmes, sans en avoir conscience. Ces gens, aux doubles faces, s’imaginent qu’au moyen de leurs fausses paroles, ils se joueraient de Dieu et de Ses sincères et honnêtes serviteurs. En réalité, leur ruse finira par se dévoiler. Ils se leurrent eux-mêmes alors qu’ils n’en ont pas conscience car ils ignorent que Dieu connaît le fond de leur pensée. Gare à eux ! Ils mettent en danger leurs personnes et disposent leurs âmes à la perdition.

 

            Ce verset énonce le second trait de caractère de l’hypocrite ; il indique leur imprévoyance et l’idiotie de leur mécréance. Ils espèrent, qu’avec leur double jeu, tromper Dieu. Comment un humain peut-il compter leurrer son Créateur, Seigneur des univers ?

 

Dieu connaît parfaitement Ses créatures en toutes choses. Il est au courant de ce qu’ils dissimulent dans leurs entrailles. Aucun secret ne lui échappe. Il connaît même ce qui se trouve au-delà du secret ? Mais existe-il une chose au-dessous de cet inconnu ? En effet, le secret c’est ce que nous dévoilons uniquement à une seule tierce personne. C’est comme s’il était  connu par deux individus. Au-dessous de ce qui a été soufflé à un confident, il reste ce qui a été gardé en soi-même et qui ne sera nullement communiqué à quiconque. Il demeurera toujours celé dans le coeur sans jamais être divulgué. Mais aucun fait, si hermétique soit-il, ne se dérobe devant la Vigilance de l’Omniscient. « Que tu élèves ma voix ou non, Il connaît tous les secrets et même les pensées les plus intimes. » (S.20, 7)

Il n’existe pas une créature qui puisse tromper son Créateur. Mais l’imprudence et la négligence de certaines personnes le leur font croire. Dans de tels contextes, il n’y a aucune paix entre eux et Di. Au contraire, il ne peut naître que colère et exécration.

 

Enveloppés de leur mensonge et leur sournoiserie, les hypocrites s’imaginent tromper également les croyants car ils disent devant eux ce qu’ils ne pensent pas réellement. Cependant, cette tromperie est une misère de l’homme sans Dieu, du moment qu’ils vivent dans une crainte permanente. L’angoisse, d’être dévoilés, les perturbe. En effet, lorsqu’ils tiennent des conciliabules entre eux, ils s’assurent préalablement qu’aucun croyant n’écoute leurs divagations et qu’aucun ne pénètre inopinément dans leurs cercles. Sans en prendre conscience, la peur emplit leurs cœurs. Au milieu des croyants, chacun d’eux craint qu’une parole lui échappe et révèle son hypocrisie et sa mécréance.

 

C’est ainsi qu’il n’y a aucune paix entre les hypocrites et les croyants. Quant à Dieu, Il n’ignore pas leurs faux comportements. Il avertit les fidèles qu’il peut les dénoncer d’une manière ou d’une autre, d’un part et que d’autre part, ils sont reconnaissables par, entre autres, l’ambiguïté et les contradictions de leurs propos. « Si Nous le voulions, Nous te les monterions sous leur vrai visage. D’ailleurs, tu peux les reconnaître à leurs traits et au ton ambigu de leurs propos. Dieu connaît si bien ce que vous faites. » (S.47, 30).

 

A l’époque du Prophète (s), les hypocrites venaient le voir et, devant lui, ils témoignaient de sa sincérité et de la véracité de ses communications. Ils disaient ainsi une vérité à laquelle ils ne croyaient pas. C’est dire qu’ils mentaient au moment même où ils énonçaient une évidence et une certitude. « Lorsque les hypocrites viennent te voir, ils déclarent : « Nous témoignons que tu es l’Envoyé de Dieu. » Or, Dieu sait bien que tu es Son Envoyé, et Dieu est aussi Témoin que les hypocrites ne font que mentir. » (S.63, 1).

Comment donc les paroles des hypocrites peuvent-elles être véridiques et, en même temps, des menteurs ? C’est parce qu’ils disent avec leurs langues ce qui n’existe pas dans leurs cœurs. Ainsi, leurs bouches témoignent que Muhammad est le Prophète de Dieu mais leurs cœurs démentent leur affirmation. Ainsi, bien qu’’ils décrivent une réalité, ils sont néanmoins des menteurs parce qu’il y a une flagrante contradiction enter l’apparent et le voilé. Ils manquent évidemment de sincérité. En effet, cette vertu se définit par la concordance de la parole avec ce que le cœur contient. Or, les hypocrites mentent parce que leur témoignage n’exprime pas la réalité de leur organe vital, siège de la foi. Autrement dit, leurs cœurs contestent leurs paroles. C’est pourquoi, ils sont perdants en ce monde et dans l’Autre.

C’est qu’en ce monde du témoignage, chaque fois que l’hypocrite accomplit un acte de foi, Dieu sait que c’est un mensonge. Lorsqu’il chercher à mystifier le croyant, il se découvre car ils sont convaincus avoir accompli une œuvre bienfaitrice mais, en réalité, ils ne s’attirent que la perte la plus évidente et la perdition la plus éclatante.

 

            Ces deux versets expliquent le sens global de l’hypocrisie. L’hypocrite est ainsi celui dont les paroles publiques ne reflètent pas les convictions intérieures. Apparemment, c’est un homme pieux. Par ce comportement crédible, il trompe effectivement ceux qui l’écoutent. Cependant, ils pensent à tort qu’il leurre Dieu. En réalité, ils se trompe lui-même car Celui qui l’a créé est plus prés de lui que sa veine jugulaire : il connaît ce qu’ils affiche extérieurement et ce qu’il dissimule intérieurement. Autrement dit, Dieu sait que cet homme ment.

Il s’ensuit que l’hypocrite manque de sincérité. Il n’a pas le courage de dévoiler ses véritables intentions. Par contre, grâce à sa simulation, il parvient aisément à fréquenter les gens qu’ils cherchent à espionner, tant il est vrai que l’espion politique en temps de paix, comme en temps de guerre, s’inscrit dans cette catégorie.

 

A l’époque du Prophète (s), les hypocrites médinois avaient réussi à pénétrer dans les rangs des musulmans. Ils avaient, de ce fait, causé de graves préjudices à la communauté islamique. Ils continuent certainement, à notre époque, de poursuivre leurs basses besognes. Bien que le Coran nous expose dans ces versets comment les reconnaître, en dévoilant leurs natures, il n’en reste pas qu’il n’est pas toujours facile de les débusquer.

 

10 – Dans leur cœur, il y a une maladie que Dieu aggrave. Ils auront un châtiment douloureux à cause de leur démenti. Il y a dans les cœurs de ces gens, qui jouent un double jeu, la maladie du mensonge et de la conjecture. Dieu leur a ajouté l’angoisse, l’agitation, le doute et la suspicion car la mauvaise action ne peut être rétribuée que par une mauvaise action similaire et l’acte honorable ne peut que recevoir qu’un acte aussi honorable. Dieu a préparé à ces hypocrites impénitents un châtiment exemplaire dans l’Au-delà parce qu’ils ont traité de mensonge la Vérité. Ils ont aussi traité de mensonge la Parole de Dieu. Dès lors, leurs actes sont marqués par la mauvaiseté la plus infâme. Il n’y a rien d’étonnant à leur comportement puisque le mensonge est à l’origine de toutes leurs fautes infamantes.

 

Cette maladie, dont parle ce verset, n’est pas de celle qui atteint les corps. Elle s’attaque à la foi, c’est-à-dire au cœur, celui-ci étant le siège de cette foi. C’est donc une maladie dans la religion. Ce mal, dont sont atteints ces hommes, s’exprime sous forme de doute à propos de l’Islâm, et d’hypocrisie parce qu’il ne croit qu’en apparence. Dieu a ajouté une souillure à la souillure qui existait déjà, un égarement sur un autre. Il a même augmenté leur suspicion pour mieux les encrasser dans leurs errements spirituels. A la suite de quoi, les autres versets se suivent en égrenant la méchanceté de leurs actes qui dénoncent leur comportement devant les gens. Ils se montrent comme des êtres pervers. Ce sont des gens qui conjuguent l’impiété avec la dissimulation, le déguisement des propos avec la mauvaise foi dans leurs activités publics, ainsi que l’indique distinctement le verset ci-après :

 

            Le Coran nous apprend que l’hypocrite possède un cœur malade. Ce n’est pas une maladie qui nécessite une intervention chirurgicale. Elle est psychologique et, de ce fait, elle a atteint ce qu’il a d’inné en lui, a rongé son âme et a consumé sa foi. Dieu aggrave davantage ce mal. Dès lors, il ne parvient pas à comprendre la vérité, comme le malade fortement fiévreux, dont le cœur palpite faiblement, ne saisit pas  les paroles de son médecin.

C’est ainsi que l’hypocrite, s’imaginant se cramponner dans des positions imprenables, s’égarent, en vérité, profondément du droit chemin sans en avoir pleinement connaissance. D’ailleurs comment peut être conscient quelqu’un qui avance continuellement dans les profondeurs des ténèbres. Il ignore la réalité de sa situation et de son état. Dès lors qu’il n’éprouve aucun sentiment en Celui qui l’a mis au monde, il n’a aucun le désir de L’adorer. Aussi ne peut-il attendre de Lui ni soutien ni aide. L’homme riche et mécréant croit que Dieu se trouve de son côté et le conforte dans ses positions. Il perd de vue que quels quel soient les buts qu’il s’est fixés et a réussi à atteindre, il en est un, celui de la fin de sa vie, après laquelle toutes ses richesses, ses réjouissances, ses plaisirs… ne lui auront aucunement servi. C’est dire que tous ses objectifs réussis n’auront eu aucune raison sur le principal d’entre eux car il a été incapable de suivre son sillage. Aussi, pour n’avoir pas choisi la meilleure voie, c’est le dur châtiment divin qu’il trouvera au bout de ses efforts terrestres. C’est que sa vie, d’ici et de l’autre, a été minée par une contradiction profonde et fondamentale ; elle porte, d’un côté sur la richesse fondée sur un aveuglement spirituel et, d’autre part, sur la pauvreté du sort axée sur la cécité au moment de la traverser le pont du Sirât.

Dieu compare donc le contenu du cœur des hypocrites à une maladie. Or, celle-ci occasionne des douleurs. C’est dire que leur organe vital ne possède pas cette santé qui les vivifie et leur donne plus de force et de puissance. Qu’est-ce donc cette maladie ? Le cœur est atteint par une incompatibilité et un antagonisme avec tout son environnement. Il ressent ce sentiment ou cette sensation d’une vie pleine de mensonges. Cet situation lui procure une agitation psychologique dont la guérison relève de la Volonté de Dieu car la foi est le seul remède réel. « Ce Coran que Nous révélons et qui apporte aux croyants guérison et miséricorde ne fait, en réalité, qu’aggraver la ruine des méchants. » (S.17, 82)

 

Ainsi, la foi et le Coran constituent les deux formules de la guérison du cœur. Ils sont, tous les deux, éloignés de ceux des hypocrites. C’est comme si la maladie progressait avec le temps. Telle est le troisième trait caractéristique des hypocrites. Ce sont des hommes, dont le cœur malade ne s’ouvre pas à la lumière de la foi. C’est pourquoi, cet organe est si faible qu’il n’y a pas en lui la moindre force nécessaire à recevoir la connaissance de la Vérité. Il est empli d’une crainte qui lui fait se méfier de tout ce qui l’entoure. Tout malade physique ne porte en lui aucun remède à même de le renforcer. Il en est également de la maladie psychologique qui ne détient aucune puissance pour se renforcer des paroles de vérité, et de sincérité, deux qualificatifs concordants avec la nature originelle de l’homme. Aussi le châtiment des hypocrites sera-t-il le plus sévère. « Les hypocrites seront relégués au plus bas degré de l’Enfer, où ils ne pourront recevoir aucun secours. » (S.4, 145)

 

L’Idée directrice :

 

            La mise en garde contre le mensonge, l’hypocrisie et la trahison. Les effets de la trahison se retournent contre son auteur, de la même manière que la mauvaise actionne peut qu’engendrer une autre mauvaise action aussi semblable.

 

 


Nombre de lectures : 921
2 Commentaires sur cet article

LAISSER UN COMMENTAIRE

*

*

  • Ayoub Bouazza
    30 novembre 2017 at 11 h 32 min - Reply

    Sujet impeccable et un rappel des croyants et des athées aussi, il enseigne à celui qui veut s’instruire la bonté et la droiture que sollicite le créateur dans ses sujets en brebis égarées. Merci à vous Tahar Gaid pour le choix du sujet définition et comportement des hypocrites.




    1
  • hicham
    3 décembre 2017 at 16 h 38 min - Reply

    on a tous une part de responsabilité « و يخشى الله من عباده من عباده العلماء




    0
  • Congrès du Changement Démocratique