Édition du
26 May 2018

Lettre ouverte à l’opinion nationale et universitaire

Nouvelle violation des libertés académiques à l’université Alger 3

El Watan le 16.12.17

Le comité d’organisation d’une journée d’études m’a invité à présenter une conférence sur la sociologie des élections en Algérie, ce jeudi 14 décembre 2017 à la faculté des sciences politiques et des relations internationales, Alger 3.

Je fus surpris, mercredi au soir, d’apprendre par le biais d’un des organisateurs que ladite journée d’études était annulée, en raison de la situation que connaît l’université ces derniers  jours. Je n’ai pas douté une seconde des motifs évoqués pour cette annulation, jusqu’à jeudi matin. Je découvre alors que la  manifestation avait bel et bien lieu, et que seule ma présence avait été annulée, car constituant une gêne pour le directeur de l’université. Une gêne occasionnée par mes «positions politiques dans l’opposition».

Cette violation criante des libertés académiques n’est pas la première du genre dans cette université. En juin dernier, l’administration avait déjà abusé de son pouvoir contre une doctorante, en refusant de lui remettre son diplôme de doctorat, et en exigeant d’elle de censurer son texte, sous des prétextes sécuritaires et politiques inventés. Ce même abus de pouvoir a également visé des enseignants, victimes d’une agression menée par des étudiants au sein même de l’enceinte universitaire dans laquelle ma conférence a été interdite.

Les enseignants et enseignantes ne peuvent plus garder le silence face à ces atteintes répétées aux libertés académiques au sein de l’enceinte universitaire. Ils ont le droit, ainsi que l’ensemble de l’opinion publique, de connaître les tenants et les aboutissants de ce qui se déroule en termes d’abus de pouvoir, de répression et de mépris des valeurs de l’université en Algérie.

Aussi, les autorités publiques et à leur tête la présidence de la République, le chef du gouvernement et le ministre de l’Enseignement supérieur, sont-elles vivement invitées à s’exprimer sur ce type d’agissements afin d’informer l’opinion publique. Ces agissements qui se sont enracinés à l’université Alger 3 font-ils partie d’une politique officielle mise en œuvre pour imposer le fait accompli à la famille universitaire réduite à une grande précarité ?

Ou sont-ils des «dérapages», des «fautes», commis par des gestionnaires convaincus qu’ils sont protégés, considérant que leurs agissements dont ils s’enorgueillissent auprès des responsables les préservent et préserveront leurs intérêts individuels au sein de l’université. Si ces agissements, de plus en plus graves, font partie d’une politique nationale ciblant les libertés académiques, le citoyen et l’universitaire sont en droit de le savoir pour préparer la défense de ce qui reste de la réputation de l’université algérienne. Car l’université est une partie de la réputation et des libertés de tous les Algériens.

En revanche, si ces agissements sont le résultat d’une «faute et d’agissements individuels», la famille universitaire est alors en droit de recevoir les assurances claires et rapides de la part des plus hauts responsables  au niveau national et au niveau de l’université, qui montrent clairement leur rejet et leur condamnation sans équivoque de ces procédés répétés à l’université. Ces assurances passent par la levée de la couverture administrative et politique dont bénéficient les responsables coupables d’agissements qui n’honorent ni l’Algérie ni ses universités.

Nacer Djabi

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4 Commentaires sur cet article

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  • Rezig
    16 décembre 2017 at 19 h 37 min - Reply

    Pourquoi vous n’aviez pas réagi docteur Djabi quand les enseignants de l’université d’Alger 3 ont été agressé au sein même de l’université ?! Ou faut il que l’on réagi seulement quant on est au milieu d’une agression qui est pour vous et plusieurs autres enseignants morale. Sachez que je vous soutien dans votre lettre mais je blâme son retard. Cordialement votre.




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  • Dria
    16 décembre 2017 at 21 h 02 min - Reply

    Bien dit y’a Sahbi, y en a marre chal ta3ya tkhabi, ce recteur et ses doyens semblent jouir non pas d’une protection mais d’une liberté total d’action, ça se comprend c’est l’Université du journalisme et de la communication et ds sciences boulitiques , le 4 ème et le vrai pouvoir wella betalna, s’ils mettent quelqu’un de propre et juste a vous d’imaginer le produit en quelque année de bonne gouvernance de cette université.

    J’espère que les enseignants seront solidaires devant cet énième dépassement et qu’ils seront à la hauteur de la mission qu’ils représentent, faite le ménage et c’est toute la société qui vous suivra , bon courage et ne baisser surtout pas les bras, l’opinion publique vous observe et vous soutient.




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  • Tewfiknabil
    17 décembre 2017 at 14 h 23 min - Reply

    C’est pour cette raison et bien d’autres que l’université algérienne sombre dans la décadence la plus totale. Le premier devoir de l’Université est de porter l’étendard du savoir et de la liberté de s’exprimer sur tous les sujets sans exception. Elle ne doit jamais être le porte-parole de quelque obédience que ce soit et encore plus s’il s’agit de véhiculer la propagande et l’idéologie du pouvoir en place. Les pouvoirs passeront, les savoirs demeurent.




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  • hdidouane
    8 janvier 2018 at 13 h 40 min - Reply

    ce n’est pas un problème des algériens mais bel et bien d’un système francophone d’enseignement faux. tous les pays francophones sont dans cet état contrairement au système anglosaxons qui reste pas le meilleur mais disant le plus proche du naturel.
    au canada le quebec et l’ontario sont cote a cote. un coté est dans l’archaïsme et l’autre dans le moderne. entre nous disant le franchement si les francophone,es adoptent le systeme anglo saxon combien d’enseignant vont devoir rester dans le système francophone?? car le système francophone est basé sur la théorie, et le système anglosaxon est basé sur le terrain..entre nous si tu rassemble tous les pays francophone pour faire le trie tu obtient une dizaine d’enseignants qui savent se qui se passe sur le terrain. c’est cela la conclusion amère a avaler point c’est tout. le reste n’est que parlote fi dachra le systeme français c’est l’ideologique la physique idéologique c’est la théorie  »supposant que » le fer est Or calculer la vitesse du spine numero 10 …depuis 2000 ans les francophones calculent…




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