Le bilan des dernières législatives algériennes: plus de 250 détenu-e-s d’opinion ; un rejet massif et unanime jamais enregistré depuis l’indépendance.

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Hakim Allouche

 Au lendemain des élections législatives, la cartographie des détenu-e-s d’opinion et politiques montre que la durée cumulée avoisine un seuil cruel de 40 ans avec un nombre accablant de 250 emprisonné-es.

D’une semaine à une autre, les données représentées alertent sur une réalité de terreur grave subie par les activistes politiques à l’échelle nationale. Les 04 wilayas qui sont le plus touchées par ordre descendant en nombre des détenus: Alger(90) ; Sétif(33) ; Boumerdes (19) et Skikda (12).

La capitale devenue comme une cible qui se distingue nettement comme la région la plus réprimée enregistrant le nombre le plus élevé des détenus occupant une part de 40% du total et atteignant 11 années en durée de détention cumulée. Des cartographies hebdomadaires confirment clairement une oppression bien planifiée en mettant en place un dispositif des forces de l’ordre pour lesquels le haut commandement fixe un objectif quantitatif effrayant.

Sans aucun doute, il y a un plan défini par avance par les hautes autorités en place en réponse au mouvement insurrectionnel pacifique confirmant la thèse que la répression est un élément structurant pour le gérer en procédant à des interpellations, des arrestations violentes, … suivies par tout un processus d’instrumentalisation de la justice. Cela n’est ni approximatif ni dû au simple hasard. En effet, on parvient à prévoir les deux indicateurs de la répression (nombre des détenus et la durée cumulée de détention) avec précision évaluant une marge d’erreur très acceptable inférieure à 5 %.

On peut remarquer que la machine répressive atteint un pic constaté lors de ces dernières semaines des législatives du 12 juin 2021 au rythme moyen des incarcérations: 50 détenu-e-s incarcéré-e-s/semaine. Cette répression accentuée n’est pas la première. Celle-ci est observée au moment de l’élection présidentielle, au référendum et vient d’être confirmée lors de ces dernières législatives. Si cette cadence affreuse des arrestations est maintenue d’ici un mois, on pourrait atteindre malheureusement une durée de détention de 60 ans en incarcérant près de 400 personnes.

Depuis la révolution février 2019, on constate qu’à chaque action politique algérienne d’envergure, les hautes autorités suivent un modèle répressif bien défini. Finalement, le processus de légitimation du régime algérien est un échec total qui n’a fait qu’aggraver la crise politique en ayant comme résultat final le boycott et rejet massif des législatives (0 votants à Tizi Ouzou et Bejaia; moins de 5 % dans la diaspora et sans doute un très faible pourcentage de participation pour le reste du territoire national, malgré le bourrage des urnes) avec un bilan d’une détérioration accablante de la situation des libertés individuelles et collectives (plus de 250 détenu-e-s ) Toutes ces étapes ratées du pouvoir en place laissent tous les indicateurs (socio-économique, sanitaire, financier,…) de plus en plus dans le rouge signalant la précarité, l’incertitude, la colère,… et le saut vers l’inconnu. La mise en échec du pouvoir n’était possible que grâce à la résilience de la révolution pacifique. Il est vitale de préserver la mobilisation des vendredis comme un rapport de force en faveur du mouvement Hirak, Tagrawla.

Il faut reconnaître que cette stratégie est nécessaire mais pas suffisante. En effet, il reste énormément à faire pour consolider la mobilisation en encourageant l’émergence d’un certain nombre de figures symboliques du paysage politique du Hirak.

La diaspora est vue de l’intérieur avec beaucoup d’espoir. Notre communauté à l’étranger doit continuer sa contribution de valeur en multipliant des actions diverses. À ce propos, il y a lieu de noter qu’une grande marche citoyenne à Paris sera organisée, le dimanche 4 juillet 2021 au départ de la Place de la République vers la Place de la Nation. Soyons toutes et tous au Rendez-vous ! Ce mouvement insurrectionnel est formidable par tant de caractère positif: le pacifisme, la fraternité, la solidarité, la diversité et la tolérance. Mais, cet élan populaire doit avoir, envers lui-même, un degré d’exigence supplémentaire en favorisant d’ouvrir le champs à la concertation et à l’écoute active de tous les courants politiques existants ayant des idéologies diverses et parfois contradictoires.

Le Hirak doit constamment innover en trouvant d’autres moyens d’expression pour maintenir la pression. Le défi de la conscience collective citoyenne est de prendre son destin en main avec responsabilité en parvenant en somme à mettre en place une feuille de route consensuelle sûre, claire et gagnante.

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