DDA EL MOUHOUB : UNE LEÇON DE VIE

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1992
Abbes Hamadene

Dda El Mouhoub est parti, mais derrière lui se dresse l’histoire d’un homme unique qui restera l’un des orgueils de notre temps et de notre pays.

Sa vie personnelle et son parcours militant sont une œuvre riche et élevée, faite de convictions, d’humilité, de courage, de dignité et de bonté.

DE LA LUTTE CONTRE LE COLONIALISME A LA LUTTE CONTRE LA DICTATURE

Dda El Mouhoub a un parcours digne de faire l’objet d’une biographie héroïque. Un héroïsme moral et physique qui se traduit par le sacrifice entier pour un idéal : réhabiliter la souveraineté populaire confisquée depuis l’indépendance et rétablir le peuple algérien dans sa dignité.

Dda El Mouhoub fait partie de ces moudjahidines qui, au lendemain de la guerre de libération, font le choix de continuer le combat contre le clan d’Oudjda qui s’est emparé du pouvoir par la force et trahi la révolution en imposant un système despotique.

C’est ainsi qu’il s’engage dans le FFS dès son lancement en septembre 1963 aux côtés de Hocine Ait Ahmed et de centaines d’authentiques maquisards issus de toutes les régions du pays.

En 1965, il partage la cellule pendant une année avec un certain Ali Mecili dans la prison d’Oran. Avec une quarantaine d’autres détenus, il apprend à lire et à écrire grâce à Mecili, sur une planche récupérée dans un coin de la cour de la prison.

L’INLASSABLE COMBATTANT DE LA LIBERTE ET LA DEMOCRATIE

Après sa sortie de prison, il connait les affres de l’exil et ses traumatismes. Il n’existe de plus grande douleur au monde que la séparation forcée avec les siens et la terre natale pour laquelle on s’est battu.

Malgré l’exil, Dda El Mouhoub consacre sa vie à combattre, avec une formidable et constante énergie, la grande injustice faite au peuple algérien par le pouvoir dictatorial.

L’inlassable activité de Dda El Mouhoub le fait côtoyer des militants algériens de tous bords, mais aussi des militants des causes justes de différents pays.

Avec Dda El Mouhoub, on comprend que la vérité ne s’apprend pas dans les livres. Lui qui n’est jamais allé à l’école a su profiter de ses fréquentations pour acquérir une admirable culture politique.

Affaibli par plusieurs maladies et contre les recommandations de ses médecins, Dda El Mouhoub n’hésite pas à se déplacer aux rassemblements du Hirak pour encourager les jeunes à continuer le combat initié par leurs ainés.

Toute sa vie n’a été qu’un combat pour la vérité et la justice. Un immense idéalisme habitait cet homme : maintenir vivant l’esprit d’entente entre tous les Algériens qui ont en commun l’impérissable désir de libérer le peuple après avoir libéré le pays.

UN HOMME AU SERVICE DES AUTRES

Si on essaie de décrire ce valeureux et atypique militant, les mots fidélité, abnégation, générosité et dévouement tournent en boucle.

Humaniste dans l’âme, Dda El Mouhoub a toujours été disponible pour initier et organiser des actions de solidarité pour ceux qui en avaient besoin. Pour lui, il n’était de grandeur dans l’engagement que lorsque la parole se transforme en acte.

Un tel don de soi unique et exemplaire lui valait l’affection et le respect de tous ceux qui l’ont côtoyé.

Sa gentillesse, sa jovialité et son altruisme lui ouvrèrent de nombreuses portes. Il ne s’est pourtant jamais servi de cette notoriété pour régler des problèmes personnels, mais pour aider les autres : étudiants précaires, sans-papiers, travailleurs immigrés, chômeurs. Il agissait ainsi alors que lui-même était dans une situation sociale très modeste.

DDA EL MOUHOUB : L’HOMME AU CHARISME LÉGENDAIRE

En termes de valeurs humaines , rien ou peu de choses ont manqué à cet homme d’exception.

Un homme altruiste, d’une générosité débordante, d’une honnêteté sans faille, d’une candeur admirable, incapable de haine ou de rancoeur, toujours plein de tendresse pour les autres, toujours égal dans l’humeur, toujours aimable et attentionné.

Son charisme, sa franchise et sa spontanéité donnaient à toute personne qui l’approchait une irrésistible envie de lui parler, de le connaître et de l’aimer.

Dans ses relations avec les autres, les barrières générationnelles, sociales et intellectuelles s’évanouissaient pour laisser la place, toute la place, à la seule dimension humaine.

C’est ainsi qu’il a toujours compté parmi ses contacts , des citoyens ordinaires, des commerçants, des militants de la démocratie ou de la culture berbère, des défenseurs des droits de l’homme, des syndicalistes, de grands avocats, des journalistes, des universitaires, des professeurs en médecine.

SOUVENIRS ET RENCONTRES

Je me souviendrai à jamais de cette chaleureuse accolade, sous mon regard ébahi, entre lui et Pierre Bourdieu. Dda El Mouhoub qui n’a jamais connu les bancs de l’école et Bourdieu, un intellectuel de dimension mondiale considéré comme l’un des plus grands penseurs dans l’histoire moderne.

Je me souviendrai toujours de ce moment saisissant alors que Dda El Mouhoub et moi nous trouvions dans les locaux de la Ligue des droits de l’Homme à Paris, un homme d’un certain âge, l’ayant reconnu, s’est levé pour l’accueillir d’une longue et amicale poignée de mains. C’était l’Amiral Antoine Sanguinetti, grand héros de la résistance française et figure emblématique de la ligue des droits de l’homme.

Je me souviendrai toujours de ces bons moments de rigolade passés en compagnie de notre grand poète et dramaturge Mohia , au cours desquels Dda El Mouhoub se laissait emporter par des éclats de rire retentissants.

Je me souviendrai à jamais de ce jour lorsqu’il m’a proposé d’aller rencontrer Si Lakhdar Bouregâa qu’il connaissait depuis septembre 1963 (date de naissance du FFS), ce fut pour moi une chance qu’il me paraissait impensable de laisser échapper ; le monde est tellement pauvre en figures véritablement exemplaires.

Je me souviendrai à jamais et avec grande émotion, de ses retrouvailles avec Ait Ahmed, à chaque fois imprégnées de la même franche et sincère cordialité, d’un immuable et mutuel respect, d’une émouvante tendresse et d’une solide complicité forgée par des décennies de lutte commune.

Ce sont ces souvenirs et tant d’autres qui vont m’aider à apaiser la douleur de la séparation .

Adieu Dda El Mouhoub, repose en paix « l’ancien ».

Sgunfu Di talwit

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