Édition du
23 July 2018

L’AMERICAN WAR MACHINE LA MAIN DE L’ETRANGER OU SIMPLE EPOUVANTAIL ?

 

 

  Ils étaient près de trois mille invités au Forum Economique Mondial de Davos. Chefs d’Etat, de gouvernements, patrons de multinationales, banquiers, institutions financières (BM, FMI), Organisation mondiale du Commerce (OMC), mais aussi des ONG etc…Tous ce beau monde utilisait ce cadre d’échange pour communiquer, s’informer, lier des contacts etc…

Dans ce cadre, l’ancien patron de Wendel (2009-2017) Frédéric Lemoine expliquait comment ses discussions avec le ministre de l’économie du Rwanda l’avaient amené à investir en Afrique (IHS holding en 2012, Saham au Maroc en 2013, SGI Africa en 2016 et Tsebo Solutions group en 2016).

 

En ouvrant la séance des interventions publiques le mardi 23 janvier 2018, le premier ministre indien a fait campagne pour ‘‘Invest India’’. Il est évident que cette posture fut celle que tous les chefs d’Etat et de gouvernement présents au Forum ont totalement assumée, chacun s’efforçant de présenter les meilleures opportunités possibles en vue d’attirer vers son pays les capitaux et les investissements.

Pour son premier Davos et clôturant les interventions, le président US a mené une véritable opération de séduction en direction des entreprises disant que le moment n’a jamais été aussi favorable pour investir aux Etats-Unis. « Les Etats-Unis sont l’endroit pour faire des affaires, donc venez aux Etats-Unis », Il a également défendu la monnaie américaine en déclarant « l’économie américaine va bien et le dollar doit refléter cette bonne santé. Je suis pour un dollar fort ». Par ailleurs il a invité une quinzaine de dirigeants de multinationales européennes à diner en vue de sensibiliser ces derniers et les convaincre à investir aux USA.

 

La situation de l’économie et des finances algériennes fut qualifiée ‘‘d’enfer’’ par le premier ministre lors de la présentation de son programme à l’APN, et la valeur du dinar serait plus proche de la cotation du marché parallèle que de sa valeur officielle vient tout récemment d’avouer le ministre du commerce. Pour ce dernier, ‘‘il y a le feu en la demeure’’.  Qui plus que l’Algérie avait donc tant besoin de ce cadre (Davos) pour tenter de séduire et intéresser les grandes firmes internationales à au moins regarder en direction de notre pays ? Il semblerait pourtant que les investissements étrangers ne constituent en réalité nullement un souci pour l’exécutif algérien puisque et depuis cette même tribune du ‘‘world economic forum’’, le ministre algérien des affaires étrangères n’avait pas trouvé mieux que de discourir sur ‘‘l’expérience algérienne dans la lutte contre le radicalisme’’.

L’intervention, totalement déconnectée du contexte et des grandes préoccupations algériennes de l’heure, semblait irréelle. Ce n’était absolument ni l’endroit ni le moment de faire étalage, devant cet ‘‘over world’’, de toute la misère de la diplomatie algérienne confinée depuis plus de deux décades à rabâcher sur tous les toits du monde son expérience dans la lutte contre le terrorisme. En traitant du radicalisme religieux, notre diplomatie croyait peut-être ce faisant faire étalage de son update. Ce radicalisme, source du passage à l’acte terroriste à en croire des grands spécialistes autoproclamés est traité par le Docteur KEVIN BARNETT dans son livre intitulé ‘‘WE ARE NOT CHARLIE’’. Les interventions militaires en Côte d’Ivoire, en Centre Afrique, au Tchad, au Niger au Burkina ou au Mali pour ce qui concerne l’Afrique, mais tout autant en Afghanistan, en Irak, en Syrie, en Libye ou au Yémen avaient et continuent d’avoir besoin d’être justifiées auprès des opinions des pays agresseurs en particulier et internationale d’une manière générale. Pour ce faire, et à en croire le docteur Barnett, les attentats terroristes qui eurent lieu en Europe auraient été dans leur immense majorité pour ne pas dire dans leur quasi-totalité des opérations ‘‘false flag’’ pour imputation au compte du terrorisme islamiste.

                         PETER DALE SCOTT dans son livre intitulé ‘‘The road to 9/11.Wealth, Empire and the future of america’’ rapportait que Dick Cheney et Donald Rumsfeld ont cosignés en 2000 une étude majeure élaborée par le PNAC et intitulée Rebuilding America’s Defense. Il était dit que les changements de politiques préconisés (par l’étude en question) seraient difficiles à appliquer dans l’immédiat, en l’absence d’un évènement catastrophique et catalyseur, comme un nouveau Pearl Harbor : L’idée majeure à laquelle s’associait et se partageait les membres du PNAC se résumait à seul un évènement qui provoquerait un traumatisme de l’ampleur de Pearl Harbor pourrait faire accepter et ensuite entrainer l’opinion américaine a cautionner un engagement offensif de la direction politique.

Pour Peter Dale Scott, Webster G.Tarpley, Bob Woodward ou Thierry Meyssan, entre beaucoup d’autres, le 11 septembre fut cet évènement fabriqué, ce traumatisme type Pearl Harbor qui allait justifier auprès de l’opinion US et mondiale la guerre contre le terrorisme. Une guerre qui, selon un très haut responsable américain en 2002 soit quelques mois avant l’agression contre l’Irak, serait, ‘‘Une guerre qui allait durer deux générations et qui commencera en Irak…’’. Il n’est cependant rien dit de l’endroit où elle finira.

En réponse à un journaliste qui lui demandait si les USA « ne regrettaient pas d’avoir soutenu le fondamentalisme islamique qui a donné des armes et des conseils aux futures terroristes » (El Qaeda. NDLR), Zbigniew Brzezinski, conseiller à la sécurité nationale sous Jimmy Carter répondait, « Qu’est ce qui est plus important, quelques musulmans surexcités ou…. La fin de la guerre froide ?» Ceci pour dire que le terrorisme et le radicalisme, bien entendu religieux, intrinsèquement ne pèsent rien et ne constituent en réalité que le faire valoir d’une vaste machination destinée à concrétiser un projet de domination mondiale par ‘‘le new empire’’.

‘‘Full Spectrum dominance’’ fut le maitre mot du ‘‘joint-vision 2020’’, ce plan directeur du département de la défense américaine pour le futur, avalisé le 30 mai 2000 pour le Pentagone par le chef d’Etat-major des armées US, le général John M.Shalikashvili.

Cet article n’ambitionne aucunement, comme il ne peut constituer le cadre idoine pour traiter convenablement du couple radicalisme-terrorisme islamique, il y a lieu de lire en ce sens les écrits des auteurs que nous avons cité plus haut et de consulter les documents intitulés Northwoods et celui du PNAC (Project for New American Century) pour s’en convaincre. ‘‘L’opération Northwoods est un projet d’opérations militaires clandestines sous fausse bannière destinées à manipuler l’opinion publique’’ (Wikipédia) et la préparer à l’invasion de Cuba. Il est clairement signifié dans ledit document, ‘‘l’assassinat d’américains à imputer aux cubains’’.

En ce qui nous concerne, nous nous suffisons simplement à essayer de saisir le module incitatif, la direction et le sens du vecteur Algérie qui depuis l’arrivé le mois d’Aout 2017 de la nouvelle équipe à la fonction de ‘‘Direction’’, le pays donne l’impression d’être totalement soul, presque irresponsable dans sa soumission aux prétendants à l’hégémonie du monde. Il est tout à fait légitime pour tout Algérien de s’interroger sur le ou les objectifs poursuivis par la diplomatie algérienne à travers cette déclaration de Davos si ce n’est grossièrement d’informer le ‘‘supra monde’’ que sous le vent, notre pays s’est courbé.

On perçoit en effet très mal les tenants et aboutissants ou les dividendes escomptés en poursuivant ce suivisme politique et économique aveugle dont l’histoire récente a montré la face cachée. Volonté de garder indéfiniment le Pouvoir ?  Pour autant, nous tenons expressément à rappeler la manière faste avec laquelle fut reçu le chef de l’Etat libyen avec sa tente à Paris, puis le sort funeste qui lui fut réservé par ses mêmes hôtes en octobre 2011 sans aucun état d’âme malgré toutes ses largesses. Rappelons aussi la manière dont fut reçu le Président Syrien dans la même ville le 10 décembre 2010. « Au cours d’un déjeuner de travail avec Nicolas Sarkozy, jeudi à l’Élysée, annonçait la presse française, les deux dirigeants aborderont les grands enjeux régionaux ». Prémonition ? Trois mois plus tard, soit à partir du 15 mars 2011 date du début de l’insurrection populaire en Syrie, Paris s’engageait totalement contre le pouvoir syrien, en fait maillon faible des enjeux régionaux en question. Dans cette guerre qui ‘‘va durer deux décennies’’, qui a bien commencé en Irak conformément aux prévisions, Paris ne constitue pas plus qu’un allié pour ne pas dire un sous-traitant de l’american war machine. Elle serait chargée de mener principalement la campagne africaine sous supervision des mentors (des troupes américaines sont au Mali, en Libye …). Le fondement de cette campagne meurtrière et ce qu’elle charrie, réside dans la volonté du projet ‘‘suprématie globale’’ qui traduit un type de folie propre aux empires. Cette vraie guerre contre une ‘‘terreur fabriquée’’ ne vise pas moins le contrôle des ressources énergétiques, minières et matières premières essentielles du monde avec pour objectif stratégique majeur la volonté d’affaiblir l’URSS et la Chine. Alexandre de Marenches ex patron du SDECE français disait « la lutte pour le contrôle des matières premières, le contrôle psychologique des populations par les médias, les Eglises, l’enseignement, la désinformation sous toutes ses formes, telle est la guerre planétaire en cours sous nos yeux…»

Contrôler les matières premières d’un pays c’est au préalable et avant tout dominer ce pays. Les Karzai, Maliki, Talabani, Haftar et beaucoup d’autres grands dirigeants arabes en exercice ne seraient en sommes que des prévôts au service du full spectrum dominance.

Pour autant, sauver l’Algérie revient à réunir un large front populaire autour d’un candidat unique, dans le cadre des prochaines élections présidentielles, qui aurait pour principale mission d’affranchir le pays de la tutelle française pour les uns, un candidat unique pour redresser le pays pour les autres. La démarche dégage une impression fortement simpliste pour ne point dire éventuellement hautement manipulatrice. La problématique algérienne, à la fois profonde et complexe possède sa propre dynamique. Elle serait systémique au même titre du reste que la corruption par exemple. Un simple changement de président ne changerait en rien à l’ordre des choses, comme il serait d’ailleurs et de toutes les façons totalement impensable pour ne pas dire débile de prétendre remettre en cause à travers un processus électoral profondément dévoyé la candidature désignée du système.

En dehors d’indices relativement sérieux en notre possession, mais qui ne peuvent quand même en aucun cas amener à conclure avec certitude, il serait peut-être plus utile de s’intéresser à la nature des ambitions que nourrit l’american war machine envers notre pays, tout comme il serait encore plus judicieux de percer le programme de mise en œuvre de cette guerre de 60 ans. Cependant, et nonobstant ces données d’accès difficile, un regard rapide en direction des pays en guerre fait apparaitre très vite que les concernés sont tous des pays musulmans et que ces pays en deuxième lieu, à savoir l’Irak, la Libye, la Syrie, le Yémen, la Tunisie ou l’Egypte avaient également en commun, ce syndrome des dictatures, cette dichotomie majeure entre les dirigeants et leurs populations. Ce talon d’Achille ou cette fragilité des pouvoirs, offrait par ailleurs cette grande faille ou ce portail largement ouvert à toutes les manipulations, provocations, intrusions, violations. .… et enfin domination.

 

Très important de constater par ailleurs que Paris ne pouvait rien faire pour sauver l’ami tunisien Benali par exemple en proie à la grogne populaire. Les USA n’ont pas permis à l’ami Moubarak contrairement à Sissi d’user de la force pour se maintenir. Pourtant, bien que totalement soumis, Benali ou Moubarak furent sacrifiés à l’autel d’une stratégie globale qui ne s’embarrasse point de sentiments. Pour avoir usé et abusé du pouvoir les deux dictateurs étaient rejetés par leur population propre et rendaient ce faisant leur régime instable à terme lorsque le besoin des prétendants à la gérance du monde résidait dans une autocratie certes, mais une autocratie populiste, plus ou moins acceptée par la société pour espérer une relative stabilité. A elle seule, la soumission, même entière ne suffit pas, d’où ce besoin des dictateurs et cette importance accordée à la participation populaire aux scrutins.

Faisons aussi remarquer que tous les cadeaux qu’un pays pourrait offrir directement ou ‘‘en assouplissant ses lois pour attractivité’’ en direction de l’empire ou ses lieutenants, ne changeraient rien au plan directeur de la machine de guerre. Dans ce cadre, Khadija Mohsen-Finau, chercheuse à l’Institut français des relations internationales, spécialiste du Maghreb estimait que «La guerre en Irak a effrayé le colonel Kadhafi, qui craignait d’être le prochain sur la liste ». La signature entre la France et la Libye de Kadhafi de contrats d’armement et des accords de coopération en matière de défense et de nucléaire civil avec en prime dit-on le financement d’une campagne électorale présidentielle traduit en effet cette crainte. Cet effet racket, même légal, se prétendait être corrupteur du côté des donateurs. Il ne changea quand même et en définitif rien à l’ordre de bataille de l’empire. Cet exemple du comportement de feu le leader libyen démontre on ne peut mieux que ni la repentance ni les largesses ne peuvent trouver grâce auprès d’une logique dominatrice tout à fait établie et qui n’accepte point les recours. Offrir donc du travail à Peugeot comme avant lui à Renault et bien avant à Alstom, se soumettre au désirât du Medef, octroyer gaz et pétrole de schiste aux majors n’atténuera en rien le planning du programme. Ce n’est donc absolument et en aucun cas dans le ‘‘hands up’’ que se trouve le salut.                   

                         ‘‘L’Iran est la plus grande priorité, mais l’Irak est plus faible’’ disait un responsable américain. L’Irak fut envahi en premier. L’Iran, est toujours l’axe du mal, mais en premier furent lancées les campagnes libyenne, syrienne, Yéménite et la tentative de putsch sur la Turquie n’est pas en reste. Il est donc utile, nécessaire et légitime de s’interroger sur ce qui constitue cette protection ou cette force iranienne qui continue à tenir en respect toute l’animosité de la war-machine, partant que ce pays est très loin de soutenir la comparaison sur le plan militaire, technologique, économique etc… Au même titre que pour la Turquie, dont l’échec du coup d’état fut en grande partie l’œuvre du peuple Turc, la puissance iranienne réside simplement dans la symbiose qui existe, quoi que l’on dise, entre les dirigeants et la majorité de la population dans ce pays. Une liaison covalente qui tente cependant d’être brisée. Si cette légitimité est d’une façon ou d’une autre mise à mal, l’Iran quel que soit la force de son armée deviendra un état faible susceptible de se transformer en une prévôté au même titre que celles déjà installées ou en cours d’installation.

Force donc est de constater que de nos jours, et en sus de la stabilité interne, la cohésion de la société constitue également ce rempart inébranlable contre les velléités malfaisantes externes. La force et son corollaire la sécurité trouve leurs ressorts à l’intérieur de la nation.

Cependant, la cohésion de la société étant requise pour les régimes soumis (cas Benali ou Moubarak) ou souverains (cas Erdogan ou Rohani), les descendants du million et demi de martyrs ne s’avanceront que dans le discernement et en toute clarté. En aucune façon ils ne succomberont à la manipulation médiatique ou à celle de thuriféraires engagés destinés à faire légitimer une prévôté. L’histoire du monde rappelle par ailleurs que conjuguer oppression et privation a toujours constitué l’ingrédient majeur dans l’amorce des révolutions quels que soient les conditions de surveillance et de contrôle des populations. De gros périls sont à craindre en dessous de cette surface ou l’agitation éparse actuelle est catalysée par une autosuffisance malveillante et une incompétence, dont la matrice peut être moins dans le savoir que dans l’absence du savoir-faire.

Notre destin est entre nos mains, la question est de savoir comment l’assumer ? Pour aller dans le sens de ce grand responsable de la révolution algérienne : Confiez la sécurité du pays au peuple, il saura en étancher les fissures, les brèches et le plus à même d’assumer la résistance.

 

Djeddou Mayara

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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2 Commentaires sur cet article

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  • Algérien éveillé
    14 février 2018 at 14 h 49 min - Reply

    « Confiez la révolution au peuple,oui,il saura l’embrasser,et avec plaisir »!
    Mais ce peuple mahgour et trahi par ses propres dirigeants depuis plus de de 50 ans,il en a trop sur le cœur et ne marchera jamais dans la combine,la manipulation des seigneurs de l’action psychologique!




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  • salim
    18 février 2018 at 17 h 20 min - Reply

    Qui a enseigné à l’ensemble de l’humanité qu’il est possible de tuer, de voler des terres, d’exproprier des familles entières, de bafouer les résolutions de l’ONU sans être inquiété? le sionisme l’impunité est mondialement criminogène. Signé Hani Ramadan.




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