يومية الجزائر
Édition du
3 April 2020

ALGERIE : L’IMAGINAIRE D’UNE NATION

Le Prince rêve qu’il est Prince;
Et de cette manière illusoire;
Vit et règne avec l’emprise souveraine;
Toutes les acclamations qui l’entourent et qui résonnent;
Nées de l’air, elles ne sont qu’air avec des ailes;
Et en cendres dans un destin lugubre;
La mort dissout son orgueil et son état.
Qui voudrait d’une couronne à prendre;
Voyant qu’il doit se réveiller;
Dans le rêve au-delà des portes de la mort.

Pedro Calderon de la Barca – Homme de Lettres Ibérique (1600-1681)

Toute société, en tant qu’elle est une totalité agencée, invente des significations qui lui donnent sa cohérence et permettent de définir ses particularités, gouvernant ainsi ses accès au monde, si l’on peut dire, en permettant aux hommes de trouver un sens, en structurant les espoirs et les peurs qu’ils l’y consument.
Ces mêmes significations indiquent en outre ce qui est juste et ce qu’il convient de faire ou non : adorer Dieu et suivre ses prescriptions, accumuler du capital, jouir sans entrave, ou lutter pour l’émancipation de tous.

La société algérienne ne fait pas exception à cet énoncé.

Deux événements historiques majeurs : la chute de Grenade et l’invasion française peuvent être vue comme éléments structurants de l’imaginaire algérien. Agissant sur l’inconscient collectif, ces deux évènements ont provoqué chez l’Algérien un complexe d’infériorité par rapport à l’Occident.

Ce complexe fut entretenu par le discours colonial à travers un lexique choisi. Le même discours se produit encore dans la parole à l’adresse des Maghrébins.

Dès lors, et quelle que soit sa thématique ou son contexte de production, depuis sa naissance à nos jours, l’effort intellectuel algérien semble se limiter à cette dimension de contre-discours pour tenter de désinfecter un imaginaire fissuré et se le réapproprier pour l’utiliser comme valeur dialogique dans les discours qui agitent la société algérienne.

Pour une grande partie de nos citoyennes et citoyens, l’Algérie reste un rêve non réalisé, un exil, et un amour contrarié pour cette terre dont le socle imaginaire reste à construire.

Du déchirement, entre arabophones et francophones lorsque s’amplifie la Guerre d’indépendance, laissant deviner une issue de séparation. De l’exil, intérieur, et extérieur quand Algérie indépendante arriva et qui soufra cruellement d’une l’intelligentsia éclairée pouvant lui donner avant toute autre chose un projet sociétal.

De cet amour contrarié, les Algériens reprochent au pouvoir d’avoir vu en eux qu’une masse sans voix et sans dire dans leur destin ? Relégués comme étrangers dans leur propre pays. Une grande ambivalence persiste donc à propos d’Algérie.
D’un côté, il y a un pouvoir qui sait évoquer l’Algérie que lui seul prétend connaître sa singularité et sa sensualité ; de l’autre, il y a l’Algérien dépositaire de l’imaginaire national et dépourvu de liberté d’expression sur son devenir.

Enfin une élite intellectuelle polarisée et qui diverge grandement sur la définition des modalités des grilles de lecture des strates sociales du pays. Car elle-même est incapable de s’émanciper des résidus historiques et idéologiques.

Si l’histoire n’est plus vue comme un processus continu, mais plus plutôt comme un ensemble de discontinuités, l’élite doit accepter l’héritage historique tel qu’il est.

Penser l’Algérie est d’abord un débat qui ne doit avancer que dans l’apaisement. Il doit être l’emblème de la pluralité des sens de l’histoire, des bifurcations possibles d’une société plurielle.

Cette démarche doit être cultivée dans la conscience des jeunes Algériens d’aujourd’hui, tout comme cet Eveil National a intérêt à se réapproprier toute la richesse intérieure de ce peuple à travers les courants divers du nationalisme algérien.

L’Algérie se cherche, fouille dans les plis de sa mémoire les commencements d’une tragédie, d’une guerre, et décide de n’être pas prisonnière des antagonismes qui se déchirent.

Personne ne doit donc, être accusé de traîtrise dans les camps qui s’opposent. Car à l’intersection des points de vue, ceux qui veulent se réapproprier une terre qui est la leur à l’origine, et ceux qui considèrent que cette terre leur appartient désormais, l’imaginaire annonce ce que peut être la position d’un intellectuel : dans l’implication passionnée, ne pas renoncer à la probité, dans l’engagement sincère, tout en se montrant lucide.

Tout cela pour dire en finalité, que pour rétablir l’imaginaire de notre nation, au cœur de ce Eveil National qui boucle sa 53eme semaine, les Algériennes et les Algériens doivent en tout temps avoir l’impératif d’additionner leurs espoirs au lieu d’opposer leurs peurs.

Khaled Boulaziz


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3 Commentaires sur cet articles

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  • Dria
    11 février 2020 at 8:45 - Reply

    @ Khaled Boulaziz

    Vous dites “Deux événements historiques majeurs:la chute de Grenade et l’invasion française peuvent être vue comme éléments structurants de l’imaginaire algérien”. Personellement, c’est entre ces deux événements que mon imaginaire se perd; plus exactement avec le retounement de Aroudj Barberousse contre Salim Toumi, son élimination et la disparition tragique de son épouse Samira. Représentant le vol du rêve de la nation algérienne à ses début (équivalent à l’usurpation de 1962). S’ensuit la naissance d’un pouvoir déspotique avec ces militaires turcs appeller en rescousse. Les sauveurs présumés furent des potentats au pouvoir. Leurs intrigues de palais, leurs assassinats au sommet pour régner, leurs mépris du peuple algérien qui n’avait aucun regard ni pouvoir pour gérer ou décider de son quotidien. Seule cette caste régner sur le dos du peuple qui n’exister que pour payer les taxes, dimes et amendes de tout genre, et à qui on faisait appel en cas de mobilisation pour des conflits.
    En dehors des résidus historiques et idéologiques et dans un climats des plus apaisés, il faut se rendre compte qu’il existe bel et bien un “gang de généraux” à l’image des
    Janissaires. Un gang qui a hérité de ce mode de gouvernence en piratant le peuple algérien et en le soumettant pire que lors du régne des turcs. Comment ne pas parler de traîtrise quand on a à faire à l’épisode du “Val de grâce” du “gaz de schist”, à tous ces généraux qui se reconnaissent dans des Chakib Khelil et des Ould Kaddour …. des néo-Harkis qui se prennent pour des Deys. Ils ne vallent pas un simple soldat janissaire car au fond ces derniers servait leur patrie et la “grande porte”. Contrairement aux nôtres qui tout en mettant l’Algérie à genoux, ils se font passer pour les dignes héritiers de notre glôrieuse ANP et descendant de ses martyrs.
    il ne s”agit nullement d’un imaginaire, mais c’est la dure réalité qui s’offre à nous avec un dernier acte confirmé par leur revue d'”el djeich” sous entendu (l’inkichari) et la trouvaille du siécle une niéme “constitution ” Pour se donner une nouvelle virginité et une légitimité impossible. User de ce subterfuge n’épate que ceux qui tourne dans leur sphére et qui ont peur de perdre leurs privilléges avec le départ de ce pouvoir. Le peuple lui a compris depuis longtemps que la légitimité, la constituion c’est la “loi”et que comme “la loi est au dessus de tous” or en Algérie la LOI c’est “eux” cette poignée de “généraux ripoux” et le “TOUS” c’est nous ,le reste de la population. Donc dans leur logique “eux” seront toujours au dessus de “nous”.

    “Se réapproprier toute la richesse intérieure de ce peuple à travers les courants divers du nationalisme algérien”. Oui, c’est possible et faisable avec une condition sinéquanone le départ en retraite du “gang”. L’ histoire du “risquillage” et du “coq enlevé” c’est pour tourné en dérision ce pouvoir en fin de régne qui ne veut pas voir la réalité en face. Une réalité qui se confirmera bientôt avec la victoire de ce peuple contre ces oppresseurs. Rien n’arrêtera la vérité comme rien n’arretera le “tsunami populaire” qui fera disparaitre les “indus” occupants des “Taggarins” et libérer l’armée et le peuple, afin de se reconciller avec le passé et le futur ET VIVRE DIGNEMENT DANS UNE ALGÉRIE PLURIÉLLE ÉMANCIPE ET TOLÉRANTE. VIVE LE HIRAK

    • Dria
      11 février 2020 at 8:51 - Reply

      Sans sombrer dans l”anachronisme, ne pas confondre les turcs de la régence d’Alger avec les turcs sous le régne d’erdogan et de la turquie moderne.

  • oop
    12 février 2020 at 2:44 - Reply

    Pareil pour moi : mon imaginaire se perd quand se Emir Abdelkader avec l’armée francaise de l’époque, planifie et attaque El Hadj ahmade bey de Constantine…et don aider a livrer notre ville qui fut une ville civilisé à des délinquants à l’image de ce qu’elle est actuellement marre des larbins…

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