Le poids potentiel de la diaspora algérienne dans l’élection présidentielle française 2022

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Hakim Allouche

En France, on estime plus de 1,4 million le poids électoral de la diaspora algérienne binationale. Ce potentiel pourrait sûrement peser dans la prochaine élection présidentielle 2022. On se rappelle les résultats de l’élection présidentielle 2017. En effet, il manquait à François FILLON, le candidat des républicains, près de 500000 voix pour se qualifier au 2ème tour. À l’image du vote des Cubains américains faisant élire Trump en Floride en 2016, est-ce que celui de la communauté franco-algérienne pourrait être autant décisif dans le prochain scrutin présidentiel en France en 2022 ?

Le poids potentiel de la diaspora algérienne dans l’élection présidentielle française 2022 :En France, il est compliqué de connaître le chiffre exact de la population d’origine algérienne puisque la loi française n’autorise pas l’État à recueillir de statistiques sur l’origine ethnique. On trouve des sources diverses traitant de cette question qui tentent d’estimer approximativement le poids de celle-ci à l’étranger notamment en France. Il est peut-être utile de se rappeler, lors d’une interview à la chaîne internationale France 24, samedi 4 juillet 2020, le président algérien désigné Abdelmadjid Tebboune a déclaré qu’il y a plus de 6 millions d’Algériens qui vivent en France en disant qu’ils « peuvent emmener quelque chose là-bas et ici ».

On s’interroge du degré d’exagération de cette estimation avançant un tel chiffre comme un atout peut-être lors de négociation pour les dirigeants algériens tentant d’en tirer avantage dans les échanges diplomatiques ? L’utilisation de cette échelle de masse, dont le chiffre reste à vérifier, serait plutôt vaine pour Alger en optant, d’autant plus, d’activer ce levier potentiel comme un moyen de pression dans ses relations avec Paris. Cette démarche risque de produire à fortiori l’inverse de l’effet escompté. On trouve une réponse à cette déclaration dans une étude (publiée en ligne 18 octobre 2021) réalisée sur l’immigration des Algériens [1] par l’Observatoire de l’immigration et de la démographie (OID), fondé en 2020, par un groupe de hauts fonctionnaires et de membres de la société civile (entrepreneurs ou simples citoyens) laquelle montre que la France abrite une diaspora algérienne de 2,6 millions de personnes au minimum, dont 846 000 immigrés stricto sensu (les plus nombreux parmi toutes les nationalités représentées). Par conséquent, on constate que le chiffre annoncé par le chef de l’Etat Algérien représente plus que le double de l’estimation calculée par cette étude. C’est un énorme écart !

On reprend la définition utilisée par cette étude l’OID, disant que la diaspora algérienne inclut les immigrés algériens, leurs enfants et petits-enfants nés sur le sol français (dont un certain nombre dispose de la nationalité française, avec ou sans binationalité. Ce qui nous intéresse dans la présente réflexion est la population immigrée binationale (algérienne et française) qui a évidemment le droit de voter en France. Lors du forum du journal El Moudjahid consacré à la commémoration du massacre des Algériens le 17 octobre 1961, Antar Daoud, l’ambassadeur d’Algérie en France, a déclaré en date du mercredi 13 octobre 2021 : « Il est inadmissible que l’Algérie, qui possède la plus grande communauté étrangère en France avec 18 consulats, ne puisse pas constituer un levier de commande pour intervenir non seulement dans la politique algérienne, mais aussi au niveau de la politique française » Dans un contexte de tensions diplomatiques, l’ambassadeur rapatrié quelques semaines auparavant en Algérie, a appelé clairement les ressortissants installés en France à intervenir dans la politique de l’Hexagone. À la suite de cette déclaration, on peut bien s’interroger sur l’influence qu’a le diplomate algérien sur sa communauté en France. Est-ce que cet appel sera réellement entendu ?

Monsieur l’ambassadeur a certainement raison de mettre de l’avant le poids de la diaspora algérienne. Néanmoins, il faut se rendre à l’évidence que ce représentant de l’État algérien n’a pas l’image, comme jadis, garantissant en quelques sortes la main mise sur sa communauté. Il fut un temps accueillir en Algérie officiellement les candidats à l’élection présidentielle française, à quelques mois de l’échéance, était comme une tradition courante depuis Jacques Chirac à Emanuel Macron passant par Nicholas Sarkozy, François Hollande, …etc. C’est une façon de les plébisciter par le régime algérien en donnant indirectement la consigne de vote et en multipliant les efforts pour que le soutien, tant espéré, soit suivi par la diaspora algérienne en France.

Depuis l’avènement de la révolution pacifique 22 février 2019, il y a un divorce net entre cette diaspora et le régime en place. Pour preuve, le taux de participation à l’étranger lors des dernières législatives algériennes du 12 juin 2021 est très bas, moins de 5%. Le boycott massif historique de la diaspora algérienne est un indicateur du rejet total contestant plus que jamais la légitimité du pouvoir en place. Depuis cette crise politique, où le peuple s’était soulevé pour exiger le changement radical et l’instauration d’un État de droit, on appréhende plus l’effet indésirable qui pourrait être provoqué par les autorités algériennes face à leur communauté à l’étranger. Le meilleur exemple à citer est lors de la commémoration dimanche 17 octobre 2021 des 60 ans du massacre des Algériens commis 17 octobre 1961, avec la candidate à la présidentielle 2022, choisie par le parti socialiste, Anne Hidalgo au côté du consul général d’Algérie à Paris. Ce moment de recueillement a été vivement hué par la diaspora présente massivement en s’indignant de la répression tyrannique subie par le peuple algérien à l’intérieur du pays. À titre indicatif, en date du 4 novembre 2021, on compte malheureusement 229 détenus d’opinion et politique avec une durée cumulée de détention atteignant 87 ans [2].

La maire de Paris Anne Hidalgo, candidate à la présidentielle 2022, a certainement commis une erreur d’appréciation stratégique importante, qui pourrait être payée cash, surtout au début de campagne électorale en prenant le risque de s’afficher du côté des autorités algériennes dont l’image est ternie notamment depuis le déclenchement de la révolution pacifique à ce jour. À l’opposé, Emmanuel Macron, le chef de l’État français, qui a tenu des propos, le 30 septembre 2021, critiquant le « système politico-militaire » de l’Algérie reconnaissant explicitement la légitimité politique des revendications du Hirak peut être favorable à son image. Effectivement, lors de la dernière marche, organisée à Paris en date du 31/10/2021, rassemblant plus de 25000 citoyens algériens en France, à l’occasion de commémoration du 1er novembre 1954, on n’a pas entendu des slogans hostiles à Macron contrairement aux précédentes manifestations du Hirak à Paris.

La confirmation de la grisaille affichée actuellement par la France lâchant le régime algérien en place serait une position qui permettrait de gagner des voix précieuses du côté de la diaspora algérienne laquelle est mobilisée, des mois et des mois, dénonçant la politique totalitaire du pouvoir algérien. Il faut noter que celles-ci s’additionnent aux voix idéologiques aussi bien de gauche que de droite. L’exemple de Mourad, un jeune cadre binational franco-algérien militant engagé du mouvement protestataire « Hirak », rencontré lors d’un rassemblement récent de la diaspora algérienne, organisé comme chaque dimanche à la place République à Paris, concernant ses intentions de vote lors des prochaines présidentielles en France, peut-être révélateur d’une tendance générale et massive. Mourad, qui est idéologiquement plutôt de gauche, a exprimé clairement son intention de voter pour le candidat même de droite qui aurait à condition des positions de soutien avec la révolution pacifique du peuple algérien refusant toute connivence avec le pouvoir illégitime algérien en place.

Dans un contexte de tension entre l’Algérie et la France, il est intéressant de s’interroger si l’Algérie veut la défaite d’Emmanuel Macron ? À ce propos, on cite l’extrait de l’article de Mussa Acher en date du 18 octobre 2021 publié sur le site (www.slate.fr ) [3] « Près de deux semaines après la déclaration d’Emmanuel Macron, dans laquelle il portait l’estocade au pouvoir algérien qu’il décrivait comme «fatigué» et parlait du président Abdelmadjid Tebboune comme l’otage d’un système politico-militaire «dur», la tension entre les deux pays est loin de s’estomper….le statu quo risque de perdurer au moins jusqu’à la fin de l’élection présidentielle française, en avril 2022. Car il apparaît clair que, pour Emmanuel Macron, c’est une question de cap qu’il doit maintenir envers son électorat potentiel, le temps d’une campagne. Une fois réélu, il sera plus aisé pour lui de revenir à de meilleurs sentiments »Estimation du poids électoral de la diaspora algérienne binationale en France :Par cette analyse, on tente d’estimer le poids électoral de la diaspora algérienne en France. On additionne donc les immigrés qui ont pu devenir français avec les ressortissants français nés en France qui ont des origines algériennes (seconde et troisième génération).Il y a près de de 400000 Algériens qui ont acquis la nationalité française entre 1998 et 2016 (naturalisation et mariage) selon le rapport de la direction des étrangers du ministère français de l’Intérieur de mois janvier 2017[4].

On peut raisonnablement supposer qu’il y au moins 600000 Algériens binationaux (naturalisation et mariage) sur un total de 2,5 millions de Français par acquisition nés hors de France.Un indice de l’ampleur plus large des populations concernées est édité par l’INSEE : en 2019, sur les 7,6 millions de personnes nées en France d’au moins un parent immigré (parfois dénommées « seconde génération »), 1,2 million étaient d’origine algérienne [5]. En ce qui concerne les petits-enfants d’immigrés algériens (« troisième génération »), la démographe Michèle Tribalat estimait leur nombre à 563 000 en 2011[6] – un volume ayant sans doute augmenté depuis dix ans.On peut donc calculer la somme des ressortissants français nés en France qui ont des origines algériennes (seconde et troisième génération) pour trouver un total environ 1,8 millions de personnes.

On suppose qu’ils votent comme les autres français, ce qui fait autour 900000 votants avec un redressement utilisant la proportion des votants de la population totale française. Les naturalisés en général votent très fortement avec hypothèse que leur taux de participation est à 90%. Effectivement, on considère qu’ils sont majoritaires d’exercer leur droit de vote qui est une façon d’exercer pleinement la citoyenneté. On trouve ainsi 540000 électeurs. On calcule finalement le poids de la diaspora algérienne dans l’élection en France qui représente plus de 1,4 million.

Il est intéressant de remémorer des résultats globaux en nombre de voix du premier tour de l’élection présidentielle 2017 en France : Emmanuel MACRON (8657326) ; Marine LE PEN (7679493) ; François FILLON (7213797) et Jean-Luc MÉLENCON (7060885) De ces résultats, on déduit qu’il manquait à FILLON près de 500000 voix pour se qualifier au 2ème tour.On se rappelle aussi en 2016, parmi la dizaine d’Etats clés qui faisant l’objet de toutes les attentions durant l’élection présidentielle américaine, la Floride qui avait une place de choix. La donne était simple : une défaite de Donald Trump dans cet Etat, le candidat républicain hypothéquait très sérieusement ses chances d’être élu président.

Le vote des Cubains américains était incontestablement décisif faisant élire Trump en Floride. En conclusion, rester figée dans l’idée : « En général les Français d’origine maghrébine ont un taux de participation très faible dans les élections » est une approche biaisée singulièrement pour la diaspora algérienne, mobilisée depuis plus de deux ans en France. Cet élan changerait cette donne en considérant que la prochaine présidentielle française 2022 sera comme une vraie opportunité politique à saisir. 1,4 million comme poids de la diaspora algérienne binationale est vraiment à retenir car ce potentiel pourrait peser significativement sur ce scrutin. Les voix de celle-ci s’additionnent aux autres en dépassant le clivage idéologique « droite-gauche » et en optant certainement pour le candidat caractérisé par une variable déterminante qui réside dans la position la plus critique à l’égard du régime d’Alger, très impopulaire depuis la révolution pacifique rejeté massivement aussi bien par les algériens de l’intérieur que de l’extérieur.

Références :

(1)https://observatoire-immigration.fr/limmigration-des…/

(2)https://www.facebook.com/107296698203875/posts/209426511324226/

(3)http://www.slate.fr/…/algerie-defaite-macron-diplomatie…

(4)https://www.algerie-eco.com/…/immigration-pres-de-400…/

(5)INSEE, Origine géographique des descendants d’immigrés: https://www.insee.fr/fr/statistiques/4186761#tableau-figure1

(6)Michèle Tribalat, Une estimation des populations d’origine étrangère en France en 2011, 2015 : https://journals.openedition.org/eps/6073

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